On nous parle d'équité depuis l'école, dans les entreprises, en politique. Pourtant, quand on gratte un peu, on s'aperçoit que le concept résiste à toute définition simple. Est-ce une question de mérite ? De besoins ? De compensation historique ? Les réponses varient selon qu'on est économiste, philosophe ou parent en train de partager un gâteau. Alors plutôt que de chercher une définition parfaite, regardons à quoi ressemble l'équité quand elle prend vie – dans les salles de classe, les conseils d'administration, les algorithmes, et même dans nos têtes.
L'équité n'est pas un concept, c'est une pratique qui grince
Prenez une entreprise qui veut "faire de l'équité". Elle va commencer par des formations sur les biais inconscients, des quotas pour les postes de direction, peut-être même un logiciel pour anonymiser les CV. Tout ça part d'une bonne intention. Sauf que trois mois plus tard, les mêmes managers qui ont suivi la formation continuent de promouvoir des profils qui leur ressemblent. Les quotas ? Ils sont remplis, mais les femmes et les minorités se retrouvent cantonnées à des rôles "support" plutôt qu'à des postes stratégiques. Et le logiciel d'anonymisation ? Il a éliminé les candidats des grandes écoles parce que leurs CV étaient trop standardisés. Bref, l'équité théorique a heurté le mur de la réalité.
Le problème, c'est que l'équité ne se décrète pas. Elle se négocie, se bricole, se réinvente en permanence. Comme ces professeurs qui, dans une école de banlieue, ont remarqué que leurs élèves de sixième avaient des niveaux si disparates qu'un cours classique ne fonctionnait plus. Leur solution ? Des groupes de niveau mobiles, où les élèves changent de classe toutes les deux semaines en fonction de leurs progrès. Certains parents ont hurlé au "nivellement par le bas". Les profs, eux, ont vu des gamins qui décrochaient se remettre à travailler. Et c'est précisément là que l'équité montre son vrai visage : elle dérange toujours quelqu'un.
Quand l'équité devient un casse-tête mathématique
Les économistes adorent modéliser l'équité. Ils parlent de "justice distributive", de "fonctions d'utilité sociale", de "coûts d'opportunité". Traduction : ils essaient de calculer qui mérite quoi, et à quel prix. Sauf que les chiffres mentent souvent. Prenez le salaire minimum. En France, il est censé garantir un revenu décent. Pourtant, une étude de l'INSEE en 2022 a montré que 12% des travailleurs au SMIC vivent sous le seuil de pauvreté. Pourquoi ? Parce que le SMIC ne tient pas compte des charges de famille, des loyers qui explosent dans certaines villes, ou des frais de garde d'enfants. L'équité, ici, se heurte à une réalité têtue : ce qui est "juste" pour un célibataire à Paris ne l'est pas pour une mère solo à Roubaix.
Et puis il y a les effets pervers. Aux États-Unis, certaines universités ont mis en place des politiques d'admission "équitables" en prenant en compte le niveau socio-économique des candidats. Résultat : des étudiants issus de milieux défavorisés se retrouvent noyés dans des filières d'élite où ils n'ont pas les codes. Leurs notes chutent, leur confiance aussi. L'équité, dans ce cas, a créé une nouvelle forme d'injustice – celle de l'échec programmé. Comme le disait un doyen d'Harvard : "On a voulu corriger une inégalité en en créant une autre. Le remède était pire que le mal."
L'équité, ou l'art de se faire des ennemis
Personne n'aime se sentir lésé. Pourtant, l'équité exige souvent de désavantager certains pour avantager d'autres. Prenez les politiques de discrimination positive. En Inde, les quotas pour les castes défavorisées (les "Dalits") ont permis à des millions de personnes d'accéder à l'éducation et aux emplois publics. Mais ils ont aussi créé une nouvelle élite dalit qui, une fois en place, ne veut plus lâcher ses privilèges. Et les castes intermédiaires, qui ne bénéficient d'aucun quota ? Elles se sentent flouées. En 2019, des manifestations monstres ont éclaté dans plusieurs États, avec des étudiants brûlant des effigies du gouvernement. L'équité, ici, a allumé un incendie social.
En France, c'est la même histoire avec les Zones d'Éducation Prioritaire (ZEP). Les établissements classés ZEP reçoivent plus de moyens, plus de profs, des classes moins chargées. Sauf que les familles aisées contournent le système en déménageant ou en inscrivant leurs enfants dans le privé. Résultat : les ZEP deviennent des ghettos scolaires où ne restent que les élèves dont les parents n'ont pas les moyens de fuir. L'équité, dans ce cas, a creusé les inégalités qu'elle était censée combattre. Comme le résumait un proviseur de Seine-Saint-Denis : "On a voulu aider les plus fragiles, et on a fini par abandonner les moyens."
Comment les algorithmes ont révélé notre hypocrisie face à l'équité
Les algorithmes ne mentent pas. Ils exécutent froidement ce qu'on leur demande de faire. Et c'est justement pour ça qu'ils sont devenus les miroirs de nos contradictions sur l'équité. Prenez les systèmes de recrutement automatisés. En 2018, Amazon a dû abandonner son outil de recrutement parce qu'il discriminait systématiquement les femmes. Pourquoi ? Parce que l'algorithme avait été entraîné sur les CV des dix dernières années – une période où les embauches en tech étaient majoritairement masculines. Il avait "appris" que les mots comme "capitaine d'équipe de football" ou "club d'échecs" étaient des marqueurs de succès, et que les CV contenant "club de danse" ou "association féminine" étaient moins prometteurs. L'équité, ici, n'était qu'un reflet déformé de nos propres préjugés.
Mais le pire, c'est quand les algorithmes font exactement ce qu'on leur demande – et que le résultat nous choque. En 2020, des chercheurs ont testé un système de notation des élèves en Chine. L'algorithme devait prédire les notes des lycéens en fonction de leurs résultats passés, de leur assiduité, et de leur comportement. Sauf qu'il a aussi intégré des données comme le temps passé sur les réseaux sociaux ou la fréquence des sorties le soir. Résultat : les élèves des milieux aisés, qui avaient des horaires plus flexibles, obtenaient de meilleures prédictions que ceux des milieux populaires, souvent obligés d'aider à la maison. Quand les parents ont découvert ça, ils ont hurlé au scandale. Pourtant, l'algorithme n'avait fait que reproduire une réalité sociale : les privilégiés ont plus de temps pour étudier. La question n'était plus "l'algorithme est-il équitable ?", mais "la société est-elle équitable ?".
Quand les machines nous obligent à choisir entre équité et efficacité
Les hôpitaux utilisent de plus en plus d'algorithmes pour allouer les lits en réanimation. En théorie, c'est une bonne idée : les machines peuvent traiter des milliers de données en temps réel et prendre des décisions plus "objectives" que les humains. Sauf que ces algorithmes doivent trancher des questions impossibles. Par exemple : faut-il privilégier un patient jeune avec de bonnes chances de survie, ou un patient plus âgé qui a des enfants à charge ? En 2021, une étude publiée dans The Lancet a montré que les algorithmes utilisés aux États-Unis favorisaient systématiquement les patients blancs par rapport aux patients noirs, même à gravité égale. Pourquoi ? Parce qu'ils utilisaient des critères comme "l'espérance de vie" ou "la qualité de vie future", qui sont biaisés par les inégalités sociales.
Et puis il y a le cas des assurances. En Europe, les compagnies utilisent des algorithmes pour calculer les primes en fonction du risque. Sauf que ces algorithmes intègrent des données comme le code postal, le métier, ou même les achats en ligne. Résultat : un ouvrier qui habite dans un quartier pauvre paiera plus cher qu'un cadre qui vit dans un quartier huppé, même s'ils ont le même profil de conduite. Les assureurs justifient ça par la "précision du risque". Les associations de consommateurs, elles, parlent de "discrimination algorithmique". Le problème, c'est que personne n'a de solution. Interdire ces critères ? Les primes exploseraient pour tout le monde. Les garder ? On accepte que l'équité soit sacrifiée sur l'autel de l'efficacité.
L'équité, ou comment rendre tout le monde mécontent
Les algorithmes nous montrent une vérité désagréable : l'équité parfaite n'existe pas. Il y a toujours un compromis à faire, un arbitrage douloureux. Prenez les systèmes de recommandation sur les plateformes de streaming. Netflix et Spotify utilisent des algorithmes pour suggérer des contenus. Sauf que ces algorithmes ont tendance à enfermer les utilisateurs dans des bulles : vous aimez le rap ? Vous n'aurez que du rap. Le problème, c'est que ça creuse les inégalités culturelles. Les artistes déjà populaires deviennent encore plus visibles, tandis que les petits groupes restent invisibles. En 2022, Spotify a tenté de corriger ça en ajoutant une dose d'aléatoire dans ses recommandations. Résultat : les utilisateurs ont râlé parce que les suggestions étaient "moins pertinentes". L'équité, ici, a heurté l'expérience utilisateur.
Et puis il y a le cas des réseaux sociaux. Facebook et Twitter utilisent des algorithmes pour modérer les contenus. Sauf que ces algorithmes sont souvent plus sévères avec les minorités. Par exemple, des études ont montré que les posts contenant des mots comme "noir" ou "musulman" étaient plus souvent signalés comme "haineux", même quand ils ne l'étaient pas. Pourquoi ? Parce que les algorithmes sont entraînés sur des données historiques où ces mots sont effectivement associés à des discours de haine. Le résultat, c'est que les minorités se retrouvent censurées alors qu'elles dénoncent des discriminations. Comme le disait une militante antiraciste : "On nous punit pour avoir parlé des problèmes qu'on subit. C'est l'équité à l'envers."
L'équité à l'école : quand les bonnes intentions créent des ghettos
L'école est le lieu où l'équité devrait être la plus visible. Pourtant, c'est souvent là qu'elle échoue le plus spectaculairement. Prenez la France et son système de sectorisation. En théorie, c'est équitable : chaque enfant va à l'école de son quartier. En pratique, ça crée des établissements de riches et des établissements de pauvres. À Paris, le lycée Henri-IV, dans le 5e arrondissement, affiche un taux de réussite au bac de 99%. À quelques kilomètres de là, le lycée Maurice-Ravel, dans le 20e, tourne autour de 85%. La différence ? Les familles aisées contournent la sectorisation en louant des studios près des bons lycées, ou en obtenant des dérogations pour des "motifs familiaux". Les familles modestes, elles, n'ont pas ces options.
Et ce n'est pas qu'une question de moyens. Aux États-Unis, des chercheurs ont étudié les écoles qui ont supprimé les notes. Leur idée ? Éviter que les élèves en difficulté ne décrochent. Sauf que les résultats ont été catastrophiques. Les élèves moyens se sont mis à moins travailler, et les meilleurs ont perdu toute motivation. Pourquoi ? Parce que sans notes, plus personne ne voyait la différence entre un travail excellent et un travail médiocre. Comme le disait un professeur : "On a voulu protéger les plus fragiles, et on a pénalisé tout le monde."
Le piège des pédagogies "équitables"
Les pédagogies différenciées sont à la mode. L'idée : adapter l'enseignement au niveau de chaque élève. Sauf que dans la pratique, ça donne souvent des classes où les élèves en difficulté sont mis de côté avec des exercices simplifiés, tandis que les meilleurs planchent sur des projets ambitieux. En 2019, une étude de l'OCDE a montré que les élèves issus de milieux défavorisés étaient deux fois plus susceptibles d'être orientés vers des filières professionnelles, même quand leurs résultats le permettaient. Pourquoi ? Parce que les profs, sans en avoir conscience, sous-estiment leurs capacités. Comme le résumait une enseignante : "On veut bien faire, mais on finit par reproduire les inégalités qu'on voulait combattre."
Et puis il y a les écoles qui ont tenté le "nivellement par le haut". Au Québec, certaines écoles primaires ont supprimé les redoublements et mis en place des classes multi-âges. L'idée : éviter que les élèves en difficulté ne se sentent stigmatisés. Sauf que les parents des élèves performants ont fait pression pour que leurs enfants soient regroupés dans des classes "avancées". Résultat : les classes multi-âges sont devenues des classes de rattrapage déguisées. Comme le disait un directeur d'école : "On a voulu casser les hiérarchies, et on a créé un système encore plus inégalitaire."
L'équité, ou l'art de se tromper avec les meilleures intentions
Personne ne conteste l'idée que l'école doit donner les mêmes chances à tous. Le problème, c'est que les solutions "équitables" ont souvent des effets pervers. Prenez les bourses sur critères sociaux. En France, elles sont censées aider les élèves modestes à poursuivre leurs études. Sauf que les seuils de revenus sont les mêmes partout, alors que le coût de la vie varie énormément. Un étudiant de province qui touche 500 € par mois peut vivre décemment. Un étudiant parisien, lui, sera sous le seuil de pauvreté. Résultat : les bourses favorisent les étudiants des petites villes, qui ont moins de frais, au détriment de ceux des grandes métropoles.
Et puis il y a le cas des écoles privées sous contrat. En théorie, elles doivent respecter les mêmes programmes que le public. En pratique, elles sélectionnent leurs élèves sur des critères sociaux et culturels. Une étude de l'Éducation nationale en 2021 a montré que 60% des élèves des écoles privées parisiennes venaient de milieux très favorisés, contre 20% dans le public. Pourquoi ? Parce que les familles aisées paient des cours de soutien pour que leurs enfants réussissent les tests d'entrée. Les familles modestes, elles, n'ont pas cette option. Comme le disait un sociologue : "Le privé sous contrat est devenu le dernier bastion de la reproduction sociale."
L'équité au travail : quand les quotas divisent plus qu'ils n'unissent
Les quotas sont la solution la plus visible pour promouvoir l'équité en entreprise. En Norvège, une loi impose 40% de femmes dans les conseils d'administration des grandes entreprises. Résultat : le nombre de femmes administratrices a explosé. Sauf que dix ans plus tard, les postes de direction restent majoritairement masculins. Pourquoi ? Parce que les femmes nommées dans les conseils d'administration sont souvent des profils "sûrs" – des anciennes ministres, des universitaires, des expertes – qui n'ont pas forcément l'expérience opérationnelle pour devenir PDG. Comme le disait une administratrice : "On nous a mises là pour cocher des cases, pas pour changer les choses."
En France, c'est la même histoire avec les quotas de personnes en situation de handicap. Les entreprises de plus de 20 salariés doivent employer au moins 6% de travailleurs handicapés. Sauf que beaucoup préfèrent payer une amende plutôt que de recruter. Pourquoi ? Parce que les postes adaptés coûtent cher, et que les managers ont peur des "problèmes d'intégration". Résultat : le taux d'emploi des personnes handicapées stagne autour de 3,5%. Comme le disait un DRH : "On a une loi, mais pas de volonté réelle."
Le piège des politiques "diversité et inclusion"
Les entreprises adorent parler de "diversité et inclusion". Elles organisent des séminaires, des formations, des journées de sensibilisation. Sauf que dans les faits, ces politiques servent souvent à masquer des inégalités structurelles. Prenez les "employee resource groups" (ERG), ces groupes de salariés qui se réunissent autour d'une identité commune (femmes, LGBT+, minorités ethniques). En théorie, c'est une bonne idée : donner une voix aux minorités. En pratique, ces groupes sont souvent instrumentalisés par la direction pour montrer qu'elle "fait des efforts", sans jamais remettre en cause les processus de promotion ou de rémunération.
Et puis il y a les biais inconscients. Les formations sur les biais inconscients sont devenues un business. Sauf que leur efficacité est très limitée. Une méta-analyse publiée dans Psychological Science en 2020 a montré que ces formations réduisaient les biais à court terme, mais que les effets disparaissaient au bout de quelques semaines. Pire : dans certaines entreprises, elles ont servi d'alibi pour ne rien changer aux processus de recrutement. Comme le disait un consultant en RH : "Les formations, c'est comme les régimes : ça marche tant qu'on les suit. Dès qu'on arrête, on reprend les mauvaises habitudes."
L'équité salariale, ou comment rendre tout le monde paranoïaque
L'équité salariale est un serpent de mer. En Islande, une loi oblige les entreprises à prouver qu'elles paient les hommes et les femmes de la même façon. Résultat : l'écart de salaire entre les genres est passé de 17% en 2008 à 3,5% en 2022. Sauf que cette loi a aussi créé des effets pervers. Certaines entreprises ont gelé les salaires des hommes pour ne pas avoir à augmenter ceux des femmes. D'autres ont contourné la loi en créant des postes "spéciaux" pour les hommes, avec des responsabilités floues mais des salaires élevés. Comme le disait une syndicaliste islandaise : "On a gagné sur le papier, mais dans les faits, les inégalités se sont déplacées."
En France, c'est l'Index Égalité Professionnelle qui est censé garantir l'équité salariale. Les entreprises de plus de 50 salariés doivent publier un score sur 100, basé sur des critères comme l'écart de salaire, les augmentations, ou les promotions. Sauf que les entreprises trichent. Certaines gonflent artificiellement le nombre de femmes dans les postes à haute responsabilité. D'autres excluent les primes du calcul. Résultat : en 2023, 99% des entreprises françaises avaient un score supérieur à 75/100. Pourtant, l'écart de salaire entre les hommes et les femmes reste de 15%. Comme le disait une inspectrice du travail : "L'Index, c'est comme un contrôle technique : ça vérifie que la voiture roule, pas qu'elle va dans la bonne direction."
L'équité dans la ville : quand l'urbanisme creuse les inégalités
Les villes sont des laboratoires d'équité – ou d'inéquité. Prenez les transports en commun. À Paris, le métro dessert bien le centre et l'ouest de la ville, mais les banlieues est et nord sont mal loties. Résultat : les habitants de Clichy-sous-Bois mettent en moyenne 1h30 pour rejoindre le centre de Paris, contre 20 minutes pour ceux de Neuilly. La RATP justifie ça par des contraintes techniques. Les associations, elles, parlent de "racisme territorial". Comme le disait un habitant de Saint-Denis : "Ici, on est les oubliés de la République. Même les bus passent moins souvent."
Et puis il y a les politiques de mixité sociale. En France, la loi SRU impose aux communes d'avoir au moins 25% de logements sociaux. Sauf que les maires contournent la loi en construisant des HLM dans des zones isolées, loin des centres-villes. À Marseille, par exemple, les logements sociaux sont concentrés dans les quartiers nord, où le chômage dépasse 30%. Les classes moyennes, elles, fuient vers les communes voisines, où les prix de l'immobilier explosent. Comme le disait un urbaniste : "On a voulu mélanger les populations, et on a créé des ghettos de riches et des ghettos de pauvres."
Le piège des éco-quartiers "équitables"
Les éco-quartiers sont à la mode. L'idée : construire des quartiers durables, avec des logements abordables, des espaces verts, et des commerces de proximité. Sauf que dans la pratique, ces quartiers deviennent souvent des enclaves pour bobos. Prenez le quartier de la ZAC Pajol, à Paris. Il a été présenté comme un modèle de mixité sociale. Pourtant, trois ans après son inauguration, les loyers ont augmenté de 40%, et les commerces de proximité ont été remplacés par des boutiques bio et des cafés branchés. Les habitants modestes qui y vivaient ont été poussés vers la banlieue. Comme le disait un ancien habitant : "On nous a vendu de l'équité, et on a eu de la gentrification."
Et puis il y a le cas des villes qui ont tenté de limiter la voiture pour réduire les inégalités. À Barcelone, la municipalité a créé des "superblocs" – des quartiers où la voiture est bannie, et où les rues sont transformées en espaces piétons. L'idée : rendre la ville plus respirable et plus conviviale. Sauf que les habitants des quartiers populaires, qui dépendent souvent de leur voiture pour aller travailler, ont vu leurs trajets s'allonger. Les classes aisées, elles, ont les moyens de prendre les transports en commun ou de déménager près de leur travail. Comme le disait un chauffeur de taxi : "On a voulu sauver la planète, et on a pénalisé les plus pauvres."
L'équité, ou comment rendre les villes invivables pour tout le monde
Les politiques d'équité urbaine ont souvent des effets contre-productifs. Prenez les péages urbains. À Londres, le "congestion charge" a réduit la circulation de 15% et amélioré la qualité de l'air. Sauf que les habitants des banlieues, qui n'ont pas accès aux transports en commun, paient le prix fort. Une étude de l'université de Cambridge a montré que les ménages modestes dépensent en moyenne 5% de leur revenu dans les péages, contre 1% pour les ménages aisés. Comme le disait un habitant de Croydon : "On nous dit que c'est pour l'environnement, mais en réalité, c'est une taxe sur la pauvreté."
Et puis il y a le cas des villes qui ont tenté de limiter l'étalement urbain pour préserver les terres agricoles. En Suisse, certaines communes ont interdit la construction de maisons individuelles en périphérie. Résultat : les prix de l'immobilier ont explosé, et les familles modestes ont été poussées vers des logements plus petits ou plus éloignés. Comme le disait un promoteur immobilier : "On a voulu protéger la nature, et on a rendu le logement inaccessible."
Questions fréquentes : ce que tout le monde se demande sur l'équité
L'équité, c'est la même chose que la justice ?
Non, et c'est là que ça coince. La justice, c'est un idéal : traiter tout le monde de la même façon. L'équité, c'est une pratique : donner à chacun ce dont il a besoin pour avoir les mêmes chances. Prenez un marathon. La justice, ce serait que tout le monde parte en même temps. L'équité, ce serait donner un départ anticipé aux coureurs en situation de handicap. Sauf que dans la vraie vie, personne n'est d'accord sur qui a besoin de quoi. Comme le disait un philosophe : "L'équité, c'est la justice avec des lunettes."
Pourquoi l'équité est-elle si difficile à mettre en place ?
Parce qu'elle exige de remettre en cause des privilèges. Prenez les quotas de femmes en politique. En France, la loi impose la parité dans les listes électorales. Sauf que les partis contournent la loi en mettant des femmes en position non éligible. Résultat : l'Assemblée nationale compte 37% de femmes, mais seulement 10% des maires sont des femmes. Pourquoi ? Parce que les hommes ne veulent pas lâcher le pouvoir. Comme le disait une élue : "L'équité, c'est comme un gâteau : si certains en prennent plus, les autres en auront moins. Et personne ne veut être celui qui en prend moins."
Les algorithmes peuvent-ils rendre les décisions plus équitables ?
Oui et non. Les algorithmes peuvent éliminer certains biais humains, comme la préférence pour les candidats qui ressemblent au recruteur. Mais ils en introduisent d'autres, souvent plus difficiles à détecter. Prenez les systèmes de notation des élèves. Aux États-Unis, certains États utilisent des algorithmes pour prédire les résultats des élèves au bac. Sauf que ces algorithmes sont biaisés en faveur des élèves blancs et aisés, parce qu'ils sont entraînés sur des données historiques où ces groupes sont surreprésentés. Comme le disait une chercheuse : "Les algorithmes ne sont pas neutres. Ils reflètent les inégalités de la société qui les a créés."
Est-ce que l'équité profite vraiment aux plus défavorisés ?
Pas toujours. Prenez les politiques de discrimination positive aux États-Unis. Elles ont permis à des millions de Noirs et de Latinos d'accéder à l'université. Mais elles ont aussi créé une nouvelle élite minoritaire qui, une fois diplômée, ne retourne pas dans ses communautés d'origine. Résultat : les inégalités entre les minorités aisées et les minorités pauvres se sont creusées. Comme le disait un sociologue : "L'équité, c'est comme un ascenseur : ça permet à quelques-uns de monter, mais ça ne change pas le fait que la plupart restent en bas."
Verdict : l'équité n'est pas une solution, c'est un combat
On a passé des décennies à chercher la formule magique de l'équité. Des quotas, des algorithmes, des pédagogies différenciées, des lois anti-discrimination. Rien n'a marché parfaitement. Parce que l'équité n'est pas une recette, c'est un processus. Un processus qui exige de remettre en cause nos certitudes, nos privilèges, et même nos définitions de ce qui est "juste".
Le truc, c'est que l'équité ne se mesure pas en pourcentages ou en lois. Elle se mesure en regards croisés, en opportunités saisies, en vies qui basculent. Comme cette prof de Seine-Saint-Denis qui a convaincu une élève de passer le bac alors que toute sa famille lui disait que "c'était pas pour elle". Ou ce manager qui a promu une femme à un poste de direction alors que son CV n'était "pas assez solide". Ou ce maire qui a refusé de construire des HLM en périphérie parce que "les pauvres méritent de vivre en centre-ville, comme tout le monde".
L'équité, ce n'est pas une case à cocher. C'est une question qu'on se pose tous les jours : "Est-ce que cette décision donne à chacun une vraie chance ?" Et la réponse n'est jamais simple. Parce que la vraie équité, c'est celle qui accepte de déplaire, de déranger, de bousculer. C'est celle qui dit : "Oui, ce sera plus compliqué. Oui, certains vont râler. Mais c'est le prix à payer pour une société où personne n'est laissé de côté."
Alors la prochaine fois qu'on vous parlera d'équité, ne cherchez pas une définition. Cherchez une personne qui se bat pour elle. Parce que c'est là, et seulement là, que vous la verrez vraiment.
