Pourquoi certains auteurs accumulent-ils les lettres de refus comme d’autres collectionnent les timbres ? Est-ce une question de talent, de timing, ou simplement de chance ? Et surtout : ces rejets en disent-ils plus sur les écrivains… ou sur ceux qui les jugent ?
Le cas Saroyan : quand le rejet devient une performance artistique
William Saroyan n’a pas seulement battu des records, il en a fait une œuvre à part entière. En 1934, son recueil de nouvelles The Daring Young Man on the Flying Trapeze est refusé par tous les éditeurs new-yorkais – et ils étaient nombreux à l’époque. Le manuscrit, aujourd’hui considéré comme un classique de la littérature américaine, traînait de bureau en bureau depuis des mois. Certains éditeurs ne prenaient même pas la peine de répondre. D’autres envoyaient des lettres types, ces fameuses missives qui commencent par "Cher auteur" et finissent par "Nous ne sommes pas en mesure de…".
Saroyan, lui, a décidé de jouer avec le système. Il a commencé à compter les refus, comme on tient un journal de bord. À 100, il a ri. À 500, il a commencé à s’inquiéter. À 1 000, il a songé à abandonner. Mais à 7 000 ? Là, c’était devenu une obsession. Une performance. Une façon de prouver que le monde littéraire était aussi aléatoire qu’une loterie. Et puis, un jour, un petit éditeur indépendant de San Francisco, Random House (qui n’avait alors rien du géant qu’il est devenu), a dit oui. Le livre s’est vendu à 100 000 exemplaires en quelques mois. Saroyan est devenu une star.
Le plus ironique ? Aujourd’hui, son manuscrit original, couvert de notes et de tampons "REJETÉ", est exposé à la Bibliothèque du Congrès à Washington. Preuve que parfois, l’échec est bien plus photogénique que le succès.
Pourquoi 7 000 refus ? Les raisons d’un acharnement éditorial
Sept mille refus, c’est un chiffre qui donne le vertige. Mais comment en arrive-t-on là ? Plusieurs explications, toutes aussi frustrantes les unes que les autres :
D’abord, le style de Saroyan détonnait. Dans les années 1930, la littérature américaine était dominée par le réalisme social dur (Steinbeck, Dos Passos) ou le modernisme expérimental (Faulkner, Hemingway). Saroyan, lui, écrivait des histoires poétiques, presque naïves, sur des personnages marginaux – des clochards, des enfants, des rêveurs. Pour les éditeurs new-yorkais, habitués à des récits plus sombres, c’était trop léger. Trop "californien", aussi. (À l’époque, la côte Ouest était encore considérée comme un désert culturel.)
Ensuite, le marché du livre était saturé. La Grande Dépression avait réduit les budgets des maisons d’édition. Les éditeurs prenaient moins de risques. Ils misaient sur des valeurs sûres – des auteurs déjà établis, des genres populaires comme le polar ou la romance. Un recueil de nouvelles d’un inconnu ? Autant jouer à la roulette russe.
Enfin, et c’est peut-être le plus cruel, personne ne savait comment vendre Saroyan. Son écriture était inclassable. Trop littéraire pour le grand public, trop accessible pour les cercles avant-gardistes. Les commerciaux des maisons d’édition, dont le travail était (déjà) de "packager" les livres comme des produits, étaient perdus. Résultat : ils ont préféré dire non.
Et puis, il y a cette vérité désagréable : les éditeurs se copient entre eux. Quand un manuscrit est refusé par trois ou quatre maisons, les autres suivent, par peur de passer à côté d’un échec. C’est ce qu’on appelle l’effet de meute. Saroyan en a fait les frais. Pendant des années, son nom est devenu synonyme de "risque" dans le milieu. Un cercle vicieux.
Les autres champions du rejet : des noms que vous connaissez (sans le savoir)
Saroyan n’est pas le seul à avoir collectionné les lettres de refus comme des trophées. La liste des auteurs célèbres ayant essuyé des dizaines – voire des centaines – de "non" avant de percer est longue, et souvent surprenante. En voici quelques-uns, avec leurs histoires les plus savoureuses.
J.K. Rowling : la reine des refus (avant d’être celle des best-sellers)
Avant de devenir la première autrice milliardaire de l’histoire, J.K. Rowling a connu l’enfer des refus. Douze éditeurs ont dit non à Harry Potter à l’école des sorciers. Douze. Pas 7 000, certes, mais assez pour faire douter n’importe qui. Le plus drôle ? L’un d’eux, Bloomsbury, n’a accepté le manuscrit que parce que la fille du PDG, une enfant de 8 ans, a adoré le premier chapitre. (Preuve que parfois, les décisions éditoriales se prennent dans une chambre d’enfant.)
Rowling a gardé toutes ses lettres de refus. Dans une interview, elle a raconté que l’une d’elles disait : "Les livres pour enfants ne rapportent pas assez." Une prédiction qui a dû lui faire un peu mal, avec le recul. Aujourd’hui, la saga Harry Potter a généré plus de 25 milliards de dollars – et ce n’est que le début.
Stephen King : le roi de l’horreur… et des poubelles
En 1973, Stephen King vivait dans une caravane avec sa femme et ses deux enfants. Il écrivait la nuit, après son travail dans une blanchisserie industrielle. Son premier roman, Carrie, a été refusé 30 fois. Trente. King, découragé, a fini par jeter le manuscrit à la poubelle. C’est sa femme, Tabitha, qui l’a repêché et l’a convaincu de le retenter. La suite, on la connaît : Carrie est devenu un best-seller, adapté au cinéma, et a lancé la carrière d’un des auteurs les plus prolifiques de notre époque.
King a gardé toutes ses lettres de refus. L’une d’elles disait : "Nous ne sommes pas intéressés par les histoires de science-fiction qui traitent de personnages négatifs. Elles n’ont pas de marché." (Carrie, pour rappel, est une histoire de lycéenne persécutée qui développe des pouvoirs télékinésiques. Pas exactement de la SF.)
Le plus beau dans cette histoire ? King a encadré toutes ses lettres de refus et les a accrochées dans son bureau. Aujourd’hui, elles valent probablement plus que certains de ses livres.
Marcel Proust : le rejet comme esthétique
On imagine mal Marcel Proust, aujourd’hui considéré comme l’un des plus grands écrivains français, essuyer des refus. Pourtant, Du côté de chez Swann, le premier tome de À la recherche du temps perdu, a été refusé par toutes les grandes maisons d’édition parisiennes en 1912. Gallimard, Fasquelle, Ollendorff… Personne n’en voulait. Le manuscrit était jugé trop long, trop décousu, trop "difficile". Un éditeur a même écrit : "Mon cher ami, je ne comprends pas qu’un homme puisse employer trente pages à décrire comment il se tourne et se retourne dans son lit avant de s’endormir."
Proust a fini par publier le livre à compte d’auteur, chez Grasset. Le succès a été immédiat. Aujourd’hui, À la recherche du temps perdu est considéré comme l’une des œuvres majeures du XXᵉ siècle. Et cette fameuse lettre de refus ? Elle est exposée au musée des Lettres et Manuscrits à Paris. Preuve que même les génies peuvent se tromper.
Vladimir Nabokov : quand le rejet devient une question de morale
En 1955, Vladimir Nabokov a soumis Lolita à plusieurs éditeurs américains. Tous ont refusé. Pas à cause de la qualité littéraire du roman – tout le monde reconnaissait son génie – mais à cause de son sujet : l’histoire d’un homme d’âge mûr obsédé par une jeune fille de 12 ans. Les éditeurs avaient peur des poursuites judiciaires, des scandales, des boycotts. L’un d’eux a écrit : "C’est un livre magnifique, mais nous ne pouvons pas le publier. Ce serait comme vendre de la pornographie."
Nabokov a fini par publier Lolita en France, chez Olympia Press, une maison spécialisée dans les livres érotiques. Le livre a été interdit en France, en Angleterre et aux États-Unis. Pourtant, il est devenu un classique. Aujourd’hui, Lolita est étudié dans les universités du monde entier. Et les éditeurs qui ont refusé le manuscrit ? Ils doivent encore s’en mordre les doigts.
Pourquoi certains manuscrits sont-ils refusés des centaines de fois ?
Si les histoires de Saroyan, Rowling ou Proust sont fascinantes, elles posent une question plus large : pourquoi certains livres, qui deviendront des chefs-d’œuvre, sont-ils rejetés à répétition ? La réponse tient en trois mots : timing, subjectivité, et système.
Le timing : l’art d’arriver au mauvais moment
Un livre, c’est comme un fruit. Trop tôt, il n’est pas mûr. Trop tard, il est pourri. Le timing est tout. Prenez Le Seigneur des Anneaux. Quand J.R.R. Tolkien a soumis son manuscrit à son éditeur, celui-ci a répondu : "Ce n’est pas un livre pour enfants, et ce n’est pas un livre pour adultes. Alors, pour qui est-ce ?" À l’époque, la fantasy n’existait pas comme genre littéraire. Les éditeurs ne savaient pas comment le vendre. Aujourd’hui, c’est l’un des livres les plus lus de l’histoire.
Autre exemple : Fahrenheit 451, de Ray Bradbury. En 1953, les éditeurs trouvaient le livre trop court, trop "léger". Pourtant, c’est devenu un classique de la science-fiction. Bradbury a raconté qu’un éditeur lui avait dit : "Si vous ajoutez 20 000 mots, on en reparle." (Il a refusé.)
Le problème, c’est que les éditeurs ne voient pas toujours les tendances venir. Ils suivent le marché, ils ne le créent pas. Résultat : des livres qui auraient pu révolutionner la littérature finissent au placard, simplement parce qu’ils sont arrivés cinq ans trop tôt – ou cinq ans trop tard.
La subjectivité : l’éditeur n’est qu’un humain (avec ses biais)
Un manuscrit, c’est comme un tableau. Certains y voient un chef-d’œuvre, d’autres un gribouillis. La subjectivité joue un rôle énorme dans les rejets. Prenez La Métamorphose de Kafka. Quand il l’a soumis à un éditeur, celui-ci a répondu : "Je ne comprends pas un mot à cette histoire. Un homme qui se réveille transformé en cafard ? C’est absurde." Aujourd’hui, c’est l’une des nouvelles les plus étudiées au monde.
Autre cas : L’Attrape-cœurs, de J.D. Salinger. Le livre a été refusé par 15 éditeurs avant d’être publié. L’un d’eux a écrit : "Un adolescent qui fugue et passe deux jours à New York ? Qui ça peut bien intéresser ?" Aujourd’hui, L’Attrape-cœurs s’est vendu à plus de 65 millions d’exemplaires.
Le problème, c’est que les éditeurs ont leurs propres goûts, leurs propres peurs, leurs propres préjugés. Un manuscrit peut être refusé parce que l’éditeur a eu une mauvaise journée, parce qu’il n’aime pas les histoires qui se passent en province, ou simplement parce qu’il a déjà trop de livres sur son bureau. Et ça, personne ne vous le dira jamais.
Le système : comment l’édition broie les inconnus
L’édition n’est pas une industrie philanthropique. C’est un business. Et comme tout business, il fonctionne avec des règles qui avantagent les uns et écrasent les autres.
D’abord, les maisons d’édition misent sur des valeurs sûres. Un auteur connu a 90 % de chances d’être publié. Un inconnu ? Moins de 1 %. Les éditeurs préfèrent rééditer un vieux classique que de prendre le risque sur un nouveau talent. C’est moins cher, et ça rapporte plus.
Ensuite, les manuscrits sont lus par des stagiaires ou des assistants. Dans les grandes maisons, les premiers lecteurs sont souvent des jeunes en début de carrière, mal payés, qui n’ont pas le temps de s’attarder sur un texte. Si le premier chapitre ne les accroche pas, poubelle. Pas de deuxième chance.
Enfin, le système favorise les réseaux. Un manuscrit envoyé par un agent littéraire a 10 fois plus de chances d’être lu qu’un manuscrit envoyé par un inconnu. Pourquoi ? Parce que les agents filtrent les textes en amont. Ils savent ce que les éditeurs veulent. Les auteurs sans réseau, eux, sont condamnés à envoyer leur travail dans le vide, en espérant un miracle.
Et puis, il y a cette vérité qui dérange : les éditeurs ne savent pas toujours ce qu’ils veulent. Ils suivent des tendances, des modes, des intuitions. Parfois, ça marche. Parfois, ça rate. Et quand ça rate, c’est toujours l’auteur qui trinque.
Les lettres de refus les plus absurdes de l’histoire
Si les rejets sont douloureux, certains sont tellement ridicules qu’ils en deviennent cultes. En voici quelques-uns, qui prouvent que l’édition est aussi une loterie.
"Trop britannique pour le marché américain" (George Orwell)
En 1944, George Orwell a soumis La Ferme des animaux à plusieurs éditeurs américains. L’un d’eux a répondu : "Les histoires d’animaux, ça ne marche pas aux États-Unis. Et puis, c’est trop britannique. Les Américains n’aiment pas les allégories politiques." Aujourd’hui, La Ferme des animaux est l’un des livres les plus lus au monde. Et les Américains adorent les allégories politiques – surtout quand elles critiquent le totalitarisme.
"Un livre sur un poisson, ça n’intéresse personne" (Herman Melville)
Quand Herman Melville a soumis Moby Dick à son éditeur, celui-ci a répondu : "Un livre de 600 pages sur un capitaine obsédé par une baleine ? Qui va lire ça ?" Melville est mort dans l’oubli. Aujourd’hui, Moby Dick est considéré comme l’un des plus grands romans américains. Et les baleines, apparemment, passionnent toujours les lecteurs.
"Les livres pour enfants ne rapportent pas" (Dr. Seuss)
En 1937, Theodor Geisel (alias Dr. Seuss) a soumis son premier livre pour enfants, And to Think That I Saw It on Mulberry Street. Il a été refusé 27 fois. L’un des éditeurs a écrit : "Les livres pour enfants, c’est un marché de niche. Ça ne rapporte rien." Aujourd’hui, Dr. Seuss est l’un des auteurs jeunesse les plus vendus de l’histoire, avec plus de 600 millions d’exemplaires écoulés.
"Trop expérimental, trop bizarre" (James Joyce)
Quand James Joyce a soumis Ulysse à un éditeur, celui-ci a répondu : "C’est illisible. Personne ne comprendra jamais ce livre." Aujourd’hui, Ulysse est étudié dans toutes les universités du monde. Et les gens qui disent ne pas le comprendre ? Ils sont légion. Mais ça fait partie du charme.
Comment survivre à 100 refus (et en tirer des leçons)
Si vous êtes écrivain, ou si vous rêvez de le devenir, les histoires de Saroyan, Rowling et consorts peuvent vous donner de l’espoir… ou vous décourager à vie. Voici quelques conseils pour transformer les rejets en carburant, et non en poison.
1. Ne prenez pas les refus personnellement (même si c’est difficile)
Un rejet, ce n’est pas un jugement sur votre talent. C’est juste l’avis d’une personne, à un moment donné. Un éditeur qui dit non aujourd’hui peut dire oui demain. Le marché change, les goûts évoluent, les tendances se renversent. Ce qui est refusé aujourd’hui peut devenir un classique demain.
Prenez l’exemple de Frank Herbert. Dune a été refusé 23 fois avant d’être publié. Aujourd’hui, c’est l’un des romans de science-fiction les plus influents de l’histoire. Si Herbert avait abandonné après le 20ᵉ refus, le monde n’aurait jamais connu Paul Atréides.
2. Apprenez à distinguer les rejets "utiles" des rejets "inutiles"
Tous les rejets ne se valent pas. Certains éditeurs prennent le temps de vous expliquer pourquoi ils disent non. D’autres se contentent d’une lettre type. Les rejets avec feedback sont des cadeaux. Ils vous permettent de progresser, de corriger vos erreurs, de peaufiner votre texte.
En revanche, les rejets sans explication ? Ils ne valent rien. Ne perdez pas votre temps à les analyser. Passez à autre chose.
3. Ne misez pas tout sur un seul manuscrit
Beaucoup d’auteurs commettent la même erreur : ils envoient un seul texte à des dizaines d’éditeurs, en espérant un miracle. C’est une stratégie perdante. Si votre manuscrit est refusé partout, c’est peut-être qu’il a besoin d’être retravaillé. Ou qu’il n’est tout simplement pas fait pour le marché traditionnel.
La solution ? Écrivez autre chose. Un nouveau roman, une nouvelle, un essai. Plus vous écrivez, plus vous progressez. Et plus vous avez de chances de tomber sur le bon éditeur, au bon moment.
4. Explorez d’autres voies que l’édition traditionnelle
Aujourd’hui, l’auto-édition n’est plus une honte. Des plateformes comme Amazon KDP, Kobo Writing Life ou Librinova permettent de publier son livre en quelques clics. Bien sûr, ce n’est pas la même chose que d’être publié par Gallimard ou Grasset. Mais c’est une façon de contourner le système, de toucher des lecteurs, et parfois, de se faire repérer par un éditeur traditionnel.
Prenez Andy Weir, l’auteur de Seul sur Mars. Il a d’abord publié son roman chapitre par chapitre sur son blog. Les lecteurs ont adoré. Une maison d’édition l’a repéré. Aujourd’hui, Seul sur Mars est un best-seller, adapté au cinéma par Ridley Scott.
5. Gardez une trace de vos rejets (pour vous en moquer plus tard)
Saroyan a gardé toutes ses lettres de refus. Rowling aussi. Pourquoi ? Parce que les rejets font partie de l’histoire. Un jour, vous pourrez les encadrer, les montrer à vos enfants, ou simplement en rire.
Et puis, qui sait ? Peut-être qu’un jour, ces lettres vaudront de l’or. Comme celles de Proust ou de Nabokov, exposées dans les musées. Après tout, rien ne vaut une bonne revanche littéraire.
Questions fréquentes : tout ce que vous avez toujours voulu savoir sur les rejets éditoriaux
Combien de refus faut-il essuyer avant de renoncer ?
Il n’y a pas de réponse universelle. Certains auteurs abandonnent après 10 refus. D’autres, comme Saroyan, persistent pendant des années. La vraie question n’est pas "combien", mais "pourquoi". Si vous recevez des rejets avec des retours constructifs, c’est peut-être le signe qu’il faut retravailler votre texte. Si vous recevez des lettres types, c’est peut-être le signe qu’il faut changer de stratégie.
Et puis, il y a cette règle empirique : si vous n’avez pas reçu au moins 50 refus, c’est que vous n’avez pas assez essayé. L’édition est un jeu de nombres. Plus vous envoyez de manuscrits, plus vous avez de chances de tomber sur le bon éditeur, au bon moment.
Les éditeurs lisent-ils vraiment tous les manuscrits qu’ils reçoivent ?
Non. La plupart des manuscrits envoyés aux grandes maisons d’édition ne sont même pas lus. Ils sont triés par des assistants, des stagiaires, ou parfois même des algorithmes. Si votre texte ne correspond pas à ce qu’ils recherchent, il finit à la poubelle sans avoir été ouvert.
C’est pour ça qu’il est crucial de bien cibler ses envois. Avant d’envoyer votre manuscrit à une maison d’édition, renseignez-vous sur ce qu’elle publie. Si elle ne fait que des polars, ne lui envoyez pas un roman de science-fiction. Vous gagnerez du temps – et vous éviterez des rejets inutiles.
Est-ce que les rejets sont plus fréquents aujourd’hui qu’avant ?
Oui et non. Le nombre de manuscrits envoyés aux éditeurs a explosé ces dernières années, grâce à l’auto-édition et aux plateformes en ligne. Résultat : les maisons d’édition reçoivent des milliers de textes par an. La concurrence est féroce.
En revanche, les éditeurs prennent moins de risques qu’avant. Ils misent sur des auteurs déjà connus, des séries à succès, des livres "bankables". Les nouveaux talents ont plus de mal à percer. Mais ce n’est pas une fatalité. Comme le montre l’histoire de Saroyan ou de Rowling, il suffit parfois d’un seul "oui" pour changer sa vie.
Faut-il payer pour être publié ?
Non. Jamais. Si un éditeur vous demande de l’argent pour publier votre livre, fuyez. C’est une arnaque. Les maisons d’édition sérieuses paient les auteurs (en droits d’auteur), pas l’inverse.
En revanche, l’auto-édition a un coût. Si vous publiez vous-même votre livre, vous devrez payer pour la correction, la mise en page, la couverture, la promotion. Mais c’est un investissement, pas une escroquerie. Et contrairement à l’édition traditionnelle, vous gardez le contrôle sur votre œuvre.
Verdict : le rejet n’est pas une fin, mais un détour
Sept mille refus. Douze. Trente. Cent. Peu importe le nombre. Ce qui compte, ce n’est pas combien de fois on vous dit non, mais combien de fois vous dites oui à vous-même.
L’histoire de la littérature est pleine d’auteurs qui ont été rejetés, moqués, ignorés – avant de devenir des légendes. Saroyan, Rowling, Proust, King… Tous ont connu l’échec. Tous ont persisté. Et tous, un jour, ont eu leur revanche.
Alors, si vous êtes écrivain, et que vous accumulez les lettres de refus, ne désespérez pas. Un manuscrit refusé n’est pas un mauvais livre. C’est juste un livre qui n’a pas encore trouvé son public. Ou son éditeur. Ou son moment.
Et puis, il y a cette pensée réconfortante : chaque rejet vous rapproche un peu plus du "oui" qui changera tout. Parce que dans l’édition, comme dans la vie, la persévérance paie. Toujours.
Alors, à tous ceux qui ont un manuscrit dans un tiroir, et une pile de lettres de refus dans un autre : ne lâchez rien. Le monde a besoin de vos histoires. Même si les éditeurs, eux, ne le savent pas encore.
(Et si vraiment ça ne marche pas, il reste toujours l’auto-édition. Après tout, Cinquante nuances de Grey a commencé comme une fanfiction sur Internet. Preuve que parfois, les chemins les plus improbables mènent au succès.)
