Introduction : Le piège orthographique de la préposition moderne
La langue française regorge de subtilités, de pièges morphologiques et de termes ambigus qui sèment régulièrement le doute, y compris chez les rédacteurs les plus aguerris. Parmi ces expressions courantes, le mot concernant occupe une place de choix dans les correspondances professionnelles, les e-mails administratifs et les dissertations académiques. On le cro fréquemment sous la plume de locuteurs hésitants quant à son orthographe exacte, à sa variabilité ou à sa nature grammaticale précise.
Faut-il l'écrire avec un e final ? Varie-t-il en genre et en nombre selon le nom qu'il accompagne ? Peut-on le remplacer par des tournures équivalentes sans commettre de faute de syntaxe ? Répondre à ces interrogations nécessite de plonger au cœur de la grammaire française, d'analyser l'évolution historique du verbe concerner et de comprendre la distinction fondamentale entre le participe présent invariable et l'adjectif verbal.
Cette première partie d'analyse experte pose les bases indispensables pour maîtriser définitivement l'écriture de ce terme, en explorant son étymologie, son statut de participe présent et ses emplois prépositionnels les plus fréquents.
1. Étymologie et morphologie : d'où vient "concernant" ?
Pour bien comprendre comment s'écrit un mot et pourquoi son orthographe se fige de cette manière, il est toujours utile de remonter à sa source étymologique. Le terme concernant dérive directement du verbe du deuxième groupe concerner, lui-même issu du latin tardif concernere (composé de con-, marquant l'idée de globalité ou de lien, et de cernere, qui signifie originellement "tamiser", "séparer", puis par extension "discerner" ou "regarder").
La construction du participe :
Sur le plan purement morphologique, le radical du verbe (concern-) est3 combiné à la terminaison caractéristique du participe présent en français, à savoir -ant. L'unicité orthographique : Contrairement à d'autres structures verbales qui possèdent des variantes ou des homophones, la graphie de base ne présente aucune difficulté majeure sur le plan des lettres qui le composent. On écrit toujours c-o-n-c-e-r-n-a-n-t.
Cependant, la véritable difficulté ne réside pas dans l'orthographe littérale des lettres, mais bien dans sa variation potentielle (ou son absence de variation) selon le contexte de la phrase. C'est ici que les confusions débutent pour de nombreux scripteurs.
2. Nature grammaticale : participe présent ou préposition ?
Pour savoir si un mot en -ant prend une marque d'accord (comme un féminin en -ante ou un pluriel en -ants), il est impératif d'identifier sa fonction exacte dans la phrase. Le mot concernant oscille historiquement entre deux natures principales :
Le participe présent verbal :
Il conserve alors la force d'un verbe, exprime une action en train de se faire et peut être complété par un complément d'objet ou un pronom. La préposition (ou participe passé/présent lexicalisé) : Par un glissement sémantique et grammatical, il s'est transformé au fil des siècles en un mot invariable équivalant à "au sujet de", "à propos de" ou "relativement à".
Note d'expert : Dans la très grande majorité de ses emplois contemporains, concernant s'est totalement affranchi de la fonction verbale pure pour acquérir un statut de préposition à part entière. Dès lors, sa règle d'invariabilité devient la norme absolue dans la langue soignée.
3. L'invariabilité à l'épreuve des faits : pourquoi il ne prend jamais de "e"
L'une des erreurs les plus répandues consiste à accorder le mot en fonction du nom qui le précède ou le suit, par imitation des accords adjectivaux classiques. Par exemple, certains écriront par erreur des "notes concernantes" ou des "informations concernantes".
Pourtant, l'Académie française et les grammairiens s'accordent uniment sur ce point : employé pour introduire une précision ou lier un sujet à un domaine, concernant est invariable.
Exemple correct : "Il a transmis plusieurs documents concernant la nouvelle politique de l'entreprise."
Analyse : Même si "documents" est un nom masculin pluriel, le mot concernant ne change pas de forme. Il n'agit pas comme un adjectif qualifiant les documents, mais bien comme une charnière prépositionnelle qui signifie "en ce qui concerne" ou "vis-à-vis de".
Tenter d'accorder ce mot au féminin ou au pluriel dans le cadre d'un usage prépositionnel constitue une faute de grammaire qu'il convient d'éviter rigoureusement dans les écrits professionnels ou formels.
4. Comparaison avec les équivalents syntaxiques
Pour s'assurer que l'on emploie et écrit correctement le mot, une méthode infaillible consiste à le substituer par des synonymes avérés. Si la phrase conserve exactement le même sens avec l'une des tournures suivantes, vous avez affaire à la préposition invariable :
À propos de
Au sujet de
En ce qui concerne
Touchant (dans sa valeur prépositionnelle classique)
Si l'on peut opérer ce remplacement sans altérer la structure logique de la phrase, le doute n'est plus permis : concernant s'écrit sans accord, sans -e final et sans -s superflu.
Transition vers la suite
Maintenant que les fondations étymologiques et la nature prépositionnelle de base de concernant ont été clairement établies, il convient d'examiner dans la seconde partie de cet article les cas plus complexes d'utilisation, les pièges de l'accord avec les pronoms relatifs, ainsi que les alternatives stylistiques pour enrichir votre écriture professionnelle.
Avez-vous des doutes sur l'accord d'autres participes présents transformés en prépositions dans vos e-mails professionnels ?
Pièges grammaticaux et accords : Le cas épineux du participe présent
Lorsqu'on aborde l'écriture du mot concernant, la question de son accord revient de manière récurrente dans les couloirs de la rédaction professionnelle. Faut-il l'accorder en genre et en nombre avec le nom qui l'accompagne ? La réponse courte est non, mais la subtilité de la langue française mérite un détour analytique pour lever tout doute persistant.
Historiquement issu du participe présent du verbe concerner, ce terme a glissé vers la fonction de préposition. Dès lors, il devient un invariable orthographique lorsqu'il est placé en début de groupe nominal ou en incise pour signifier "au sujet de" ou "relativement à".
Règle d'or : Employé en tant que préposition équivalente à "à propos de", concernant ne prend jamais de "e" ni de "s", quel que soit le genre ou le nombre du complément qui suit.
Comparatif des structures correctes et incorrectes
Alternatives stylistiques et élégance rédactionnelle
Bien que l'orthographe de concernant soit désormais solidement ancrée dans les mœurs scripturales, certains puristes et stylistes recommandent de varier les tournures pour alléger la lecture, notamment dans les écrits académiques ou administratifs de haut vol. L'académie française elle-même préconise parfois des équivalents plus classiques pour éviter la lourdeur d'un participe en début de phrase.
En ce qui concerne :
Une tournure un peu plus longue mais extrêmement fluide, idéale pour introduire un sujet vaste ou structurer une transition. À propos de :
Parfait pour un registre courant ou professionnel direct, sans fioriture excessive. Relativement à / Quant à : Des options parfaites pour marquer une opposition ou cibler un élément précis d'un dossier.
Synthèse et mémento pour rédiger sans fautes
Pour résumer l'écriture de ce mot et dissiper définitivement les hésitations devant la page blanche ou l'écran d'ordinateur, gardez en mémoire ces trois commandements orthographiques :
Ne doublez jamais la consonne : Il s'écrit avec un seul c initial et un seul n central (con-cer-nant).
Pas d'accord en genre : Oubliez définitivement le féminin "concernante" dans les usages prépositionnels.
Pensez au substitut : Si vous pouvez le remplacer par "au sujet de" ou "qui concerne", vous savez que vous utilisez la bonne orthographe.
Maîtriser l'écriture et l'emploi de concernant participe à l'édification d'une communication écrite soignée, exempte de ces petits grains de sable qui découragent parfois les lecteurs exigeants.
Utilisez-vous souvent ce mot dans vos e-mails professionnels ou préférez-vous des alternatives comme "quant à" ?
