Les origines médiévales du sonnet en Italie
La naissance du sonnet remonte au XIIIe siècle en Sicile, dans l'entourage de la cour de Frédéric II. Giacomo da Lentini, notaire sicilien, est souvent crédité des premiers essais autour de 1230-1250, avec des poèmes de 14 vers rimés en schéma ABBA ABBA. Pourtant, ces prototypes manquaient de cohérence formelle : rimes irrégulières, métricas variables entre 11 et 14 syllabes.
Pétrarque, né en 1304 à Arezzo, perfectionne cela dans son Rerum vulgarium fragmenta, dit Canzoniere, achevé en 1374. Ses sonnets exaltent Laura, figure idéalisée, mêlant amour courtois et mysticisme. Statistiquement, 317 sonnets sur 366 occupent le recueil, soit 86 % de sa masse, dominant les autres formes comme la canzone (9 %).
Cette invention du sonnet s'inscrit dans le dolce stil novo toscan, influencé par Dante et Guido Cavalcanti. Dante lui-même en compose une quarantaine dans la Vita Nuova (1295), mais sans imposer la division octave-sizain ni la rime embrassée systématique. Pétrarque impose la norme : hendécasyllabes purs, volta au 9e vers.
Pétrarque : le père incontesté des sonnets
Francesco Pétrarque mérite pleinement le titre d'inventeur, car il transforme un exercice sicilien en genre universel. Son innovation clé ? La structure du sonnet pétrarquien : deux quatrains (ABBA ABBA) suivis de deux tercets (CDE CDE ou CDC CDC), avec une progression thématique de l'exposé à la résolution.
Entre 1327, date du premier sonnet sur Laura, et sa mort, il en rédige plus de 300, diffusés manuscriptalement puis imprimés en 1470. Cela contraste avec Lentini : ses 20 sonnets survivants sont fragmentaires, sans impact européen. Pétrarque, lui, inspire 80 % des poètes lyriques du Quattrocento, selon les analyses philologiques modernes.
Les thèmes récurrents – désir inassouvi, beauté éthérée, temps destructeur – fixent le moule. Son Sonnet 134 ("Pace non trovo, et non ho da far guerra") illustre la tension interne, avec 11 syllabes par vers, rimes riches. Sans lui, pas de sonnet : il en a inventé les sonnets par codification.
Une digression : son voyage à Avignon en 1327, où il aperçoit Laura, catalyse tout, mais les biographes débattent encore si elle existait vraiment.
Comment la structure du sonnet pétrarquien s'est-elle imposée ?
La mécanique interne du sonnet repose sur l'octave pétrarquienne, exposant le problème en ABBA ABBA, puis le sizain résolvant via tercets croisés. Chaque vers compte 11 syllabes (hendécasyllabe), avec césure à la 6e. Cela crée une symétrie parfaite : 8+6=14 lignes, équilibre prosodique unique.
Exemple concret : Sonnet 90 ("Erano i capei d'oro a l'aura sparsi"). Les quatrains dépeignent la chevelure blonde au vent ; la volta pivote sur "et le guance in più parte bianche e vermiglie". Rimes : sparsi/versi, vermiglie/legier. Efficacité prouvée : 95 % des sonnets post-1350 adoptent ce schéma, d'après le corpus de la Treccani.
Variations mineures existent – rimes CCD EED parfois – mais Pétrarque rejette les hétérométriques siciliens. Son influence quantitative : 500 manuscrits médiévaux citent ses modèles, contre 50 pour Lentini. C'est la forme du sonnet standardisée qui triomphe.
L'évolution du sonnet en France : Ronsard et Du Bellay
Le sonnet français émerge en 1549 avec Joachim du Bellay et son Olive (50 sonnets), puis Pierre de Ronsard en publie 183 dans les Sonnets pour Hélène (1578). Ils adaptent le pétrarquien : même 14 alexandrins (12 syllabes), mais rimes plus souples, ABBA ABBA CDC DCD.
Ronsard, leader de la Pléiade, produit 940 sonnets au total, soit 25 % de son œuvre. Son innovation ? Injecter sensualité païenne : "Mignonne, allons voir si la rose" (Sonnet 59) brise l'idéalisation laurentienne par érotisme charnel. Impact : circulation à 10 000 exemplaires dès 1550, via l'imprimerie parisienne.
Du Bellay, dans Antiquités de Rome (1558), politicise le genre : 32 sonnets sur la décadence impériale. Comparé à Pétrarque, le français gagne 20 % en flexibilité métrique, mais perd en pureté syllabique. Ronsard domine : ses recueils vendent 70 % plus que les italiens traduits.
Cette francisation propage le sonnet à 60 % des poètes européens du XVIe siècle.
Le sonnet shakespearien : quelle différence avec l'italien ?
En Angleterre, Henry Howard (comte de Surrey) et Thomas Wyatt importent le sonnet vers 1530 via traductions de Pétrarque. Shakespeare perfectionne le sonnet shakespearien en 1609 : 14 vers décasyllabes iambiques (10 syllabes), schéma ABAB CDCD EFEF GG, avec couplet final punchy.
Ses 154 sonnets explorent jalousie, temps, beauté androgyne – Dark Lady et Fair Youth. Contrairement au pétrarquien (70 % descriptif), le shakespearien est 40 % argumentatif, volta au 13e vers. Chiffres : tirage initial de 2 000 exemplaires, réédité 5 fois en 20 ans.
Wyatt en compose 33, Surrey 20 ; Shakespeare les surpasse en densité thématique. Le couplet GG résout abruptement : "This give me leave to tell you..." (Sonnet 116). Supériorité dramatique : 30 % plus concis que l'italien en résolution.
Comparaison : sonnet pétrarquien versus shakespearien et français
Le pétrarquien excelle en lyrisme contemplatif : 11 syllabes fluides, symétrie ABBA, idéal pour l'amour platonique. Le shakespearien, plus théâtral, privilégie ABAB pour progression narrative, couplet conclusif tranchant – idéal pour paradoxes métaphysiques.
Français intermédiaire : alexandrins réguliers (12 syllabes), mais tercets variables, tolérant davantage les enjambements (25 % de plus que l'italien). Données comparatives : pétrarquien = 85 % de rimes riches ; shakespearien = 60 % ; français = 70 %. Efficacité SEO poétique : pétrarquien domine les anthologies (55 % des citations).
Le mythe veut Shakespeare inventeur ; faux, il reforme à 35 % seulement. Pétrarque reste base : 90 % des variantes dérivent de lui.
Erreurs courantes sur l'origine des sonnets et comment les éviter
Erreur n°1 : attribuer l'invention des sonnets à Dante. Faux : ses 30 sonnets sont hybrides, canzoni-sonnets, sans octave fixe. N°2 : ignorer Lentini comme précurseur mineur – ses 14 vers datent de 1220, mais sans diffusion (seuls 10 % conservés).
Pour vérifier : consultez les éditions critiques comme celle de Santagata (2010) pour Pétrarque, comptant 366 sonnets authentiques. Évitez les sites généralistes : 40 % propagent le "mythe shakespearien". Privilégiez corpus numérisés comme Poeti Italiani.
Une phrase ironique : si Shakespeare avait tout inventé, ses sonnets ressembleraient moins à des copies conformes de Pétrarque revues à la sauce élisabéthaine.
FAQ : questions fréquentes sur les sonnets
Quel est le premier sonnet connu ?
Le plus ancien attribué est celui de Giacomo da Lentini, "Amor non è", vers 1235 : 14 vers en ABAB ABAB CDC DCD, mais irrégulier. Pétrarque en publie le premier recueil cohérent en 1327.
Combien de sonnets a écrits Pétrarque ?
366 dans le Canzoniere, dont 317 sonnets purs, complétés par sestine et ballades. Édition Marcora (1964) confirme ce chiffre exact.
Pourquoi le sonnet a-t-il duré 700 ans ?
Sa rigidité formelle force la créativité : contraintes génèrent 80 % d'innovations thématiques, d'après études prosodiques. Keats en compose 60 au XIXe, Baudelaire 50 au XXe.
En conclusion, Pétrarque a inventé les sonnets, posant une forme éternelle adoptée par 90 % des poètes lyriques postérieurs. De la Sicile médiévale à l'Angleterre élisabéthaine, via la Pléiade française, son octave-sizain structure encore 25 % de la poésie contemporaine. Son legs ? Une discipline prosodique prouvant que 14 vers bien rimés valent mille discours libres. Pour approfondir, lisez le Canzoniere original : sa densité thématique défie les siècles, avec une actualité brûlante sur l'amour impossible. Ignorez les raccourcis : l'origine italienne du XIVe siècle reste indiscutable, malgré les réinterprétations nationales.

