D'où viennent vraiment les différents types de danse Hip-hop ? La vérité historique loin des clichés
Rendons à César ce qui lui appartient. Si tout le monde associe le hip-hop à New York, le truc c'est que la côte Ouest des États-Unis a joué un rôle tout aussi massif, pour ne pas dire prépondérant, dans la création des styles dits debout. On a souvent tendance à tout mélanger sous l'étiquette fourre-tout de "breakdance", terme d'ailleurs inventé par les médias et rejeté par les puristes qui préfèrent parler de B-boying. Au milieu des années 1970, alors que les blocks parties de DJ Kool Herc secouaient le Bronx, la Californie du Sud voyait émerger une culture funk parallèle d'une puissance inouïe. Le malentendu historique vient de là.
Le schisme géographique entre New York et la Californie
La confusion a la vie dure. Durant la décennie 1970-1980, deux trajectoires se croisent sans se confondre immédiatement. D'un côté, le break pur, ancré dans le sol new-yorkais, nourri de salsa, de capoeira et de claquettes. De l'autre, les danses funk californiennes, portées par des groupes mythiques comme The Electric Boogaloos à Fresno ou les Lockers à Los Angeles. Ce n'est qu'au début des années 1980, notamment grâce à la tournée de la New York City Rap Tour en 1982 en Europe, que ces univers ont été amalgamés sous la bannière unique de la culture hip-hop. Mais honnêtement, c'est flou pour le grand public.
Une explosion sociale avant d'être esthétique
Ces danses n'ont pas poussé dans des studios aux miroirs rutilants payés 25 dollars de l'heure. Elles ont émergé comme un exutoire à la violence des gangs, une alternative pacifique où la confrontation se faisait par le mouvement. Un battle durait parfois 3 minutes de pure intensité créative pour régler un conflit de territoire. À cette époque, 90% des pratiquants apprenaient sur le tas, en observant les grands frères sur le linoleum posé à même le béton.
Le Breaking, la discipline reine des fondations new-yorkaises
Le breaking est le premier des différents types de danse Hip-hop à avoir formalisé des codes stricts. Tout commence par le breakbeat, cette section rythmique d'un morceau de vinyle que les DJs prolongeaient indéfiniment. C’est là que les B-boys et B-girls entraient en scène. La structure d'un passage en breaking ne laisse aucune place au hasard, même si l'improvisation prédomine.
Le Toprock et le Downrock : les deux faces d'une même pièce
Le danseur commence toujours debout. Le toprock sert d'introduction, de démonstration de style et de musicalité face à l'adversaire. On teste le terrain. Puis, subitement, la transition s'opère vers le downrock, le travail au sol. C'est ici que la virtuosité physique éclate. Les footworks, ces jeux de jambes rapides autour du corps, exigent une dissociation musculaire que peu d'athlètes de haut niveau possèdent. Et là où ça coince pour les novices, c'est qu'ils ne voient que les acrobaties en oubliant le rythme.
Les Freezes et les Power Moves : la quête de la gravité zéro
Un bon passage se termine obligatoirement par un freeze, une pose statique, souvent sur la tête ou sur une main, qui marque la fin de la phrase musicale sur le temps fort. Entre-temps, le danseur peut exécuter des power moves, ces rotations spectaculaires comme la coupole (windmill) ou le Thomas (flare), emprunté à la gymnastique artistique. Reste que la technique pure ne vaut rien sans le "flava", cette attitude arrogante et stylée propre au Bronx. Est-ce que cela suffit pour faire un bon danseur ? Non, car sans originalité, vous êtes juste un gymnaste égaré.
Le Locking et le Popping : les géants venus de la West Coast
Quittons New York. Traversons l'Amérique pour atterrir en Californie, là où le funk régnait en maître absolu avant que les drums machines du hip-hop ne prennent le dessus. C'est ici que sont nés le locking et le popping, deux styles radicalement différents mais souvent confondus par les profanes sous le terme générique de "Smurf" en France dans les années 1980.
Le Locking, l'art du verrouillage comique créé par Don Campbell
Créé par accident par Don Campbell en 1970 à Los Angeles, le locking repose sur un concept simple : le blocage. Campbell n'arrivait pas à faire un mouvement de danse fluide et s'est arrêté net. Le public a adoré. Ce style est extraverti, joyeux, presque cartoon. Les danseurs utilisent des mouvements amples de bras, pointent le doigt vers le public (pointing) et effectuent des rotations rapides des poignets. Le costume traditionnel, avec des chaussettes rayées montantes et des chapeaux imposants, accentue ce côté théâtral. On est loin de la noirceur des ruelles du Bronx. C'est une célébration pure, une décharge d'énergie qui exige des articulations en béton armé.
Le Popping, la contraction musculaire poussée à l'extrême
Le popping, attribué à Boogaloo Sam à la fin des années 1970, repose sur une technique chirurgicale : le "pop" ou le "hit". Il s'agit d'une contraction brutale et rapide des muscles des bras, des jambes ou du torse sur le rythme de la caisse claire. Autant le dire clairement, voir un bon popper donne l'illusion visuelle d'un montage vidéo en stop-motion. Ce style intègre des sous-genres fascinants comme le boogaloo, le waving (simulant une vague traversant le corps) ou le tutting, inspiré des hiéroglyphes égyptiens avec des angles à 90 degrés. Ça change la donne par rapport au breaking, car tout se joue dans la maîtrise micrométrique du corps debout.
Comparaison des styles : pourquoi le sol et le debout se complètent
Opposer ces styles serait une erreur monumentale, une vision court-termiste de ce qu'est la culture street. Les différents types de danse Hip-hop ne s'excluent pas, ils s'enrichissent mutuellement lors des grands événements internationaux comme le Juste Debout ou le Red Bull BC One, qui rassemblent plus de 5000 spectateurs chaque année. La physicalité brute du sol répond à la sophistication conceptuelle du debout.
La gestion de l'espace et du rythme
Alors que le B-boy s'approprie l'espace horizontal dans un rayon de 3 mètres carrés au sol, le popper travaille la verticalité et l'illusionnisme optique. Les dynamiques temporelles divergent également. Le locking utilise les silences et les arrêts nets, tandis que le breaking est une accélération continue, une transe rythmique. C'est ce contraste saisissant qui fait la beauté des battles de styles mixtes. À ceci près que le danseur moderne doit aujourd'hui maîtriser au moins deux de ces disciplines pour rester compétitif sur la scène internationale.

