Les arts classiques : un héritage à comprendre avant de bousculer les codes
Pour bien saisir l'enjeu du 12ème art, je pense qu'il est essentiel de se remémorer un peu la classification traditionnelle, celle qui nous a été léguée par une histoire longue et riche. Généralement, on parle des neuf arts "majeurs", puis on y ajoute quelques autres, ce qui porte le total à onze. Vous avez bien sûr la sculpture, la peinture, l'architecture, la musique, la danse, la poésie (ou littérature), le théâtre, le cinéma (souvent considéré comme le 7ème art, c'est là que ça commence à bouger un peu dans la chronologie, mais l'idée est là), la photographie (le 8ème), la bande dessinée (le 9ème) et, pour certains, les arts numériques ou les jeux vidéo, qui parfois se partagent les dernières places ou viennent carrément après. C'est un peu comme une grande famille où chacun a trouvé sa place au fil des siècles, mais cette famille, elle est loin d'être fermée, et c'est ça qui est beau, non ? On sent bien que le monde évolue, que les techniques changent, et que la création ne s'arrête jamais à des frontières établies il y a des décennies, voire des siècles.
J'ai remarqué que chaque époque a eu ses "nouveaux" arts, des formes d'expression qui ont dû lutter pour être reconnues comme légitimes. Le cinéma, par exemple, était au début un simple divertissement de foire, avant de devenir un art à part entière, avec ses théories, ses écoles, ses chefs-d'œuvre. La bande dessinée aussi, elle a longtemps été reléguée au rang de littérature enfantine, alors qu'aujourd'hui, on reconnaît la complexité narrative et graphique de certaines œuvres. C'est dire à quel point nos perceptions peuvent évoluer, et c'est précisément ce qui rend la quête du 12ème art si passionnante à mes yeux.
Le jeu vidéo : un candidat de poids pour le 12ème art ?
Si je devais choisir un candidat sérieux pour le titre de 12ème art, personnellement, je pencherais volontiers vers le jeu vidéo. Je sais que ça peut faire tiquer certains puristes, mais je trouve qu'il cumule tellement d'éléments artistiques qu'il est difficile de l'ignorer. Pensez-y un instant : on y trouve de l'architecture (la conception des niveaux, des mondes), de la musique (des bandes-son souvent incroyables), de la littérature (des scénarios élaborés, des dialogues), du cinéma (des mises en scène, des cinématiques), de la sculpture (le design des personnages, des objets), et même de la danse ou du théâtre dans les mouvements et les expressions. Mais surtout, et c'est là que ça devient unique, il y a cette dimension d'interactivité. Le joueur n'est plus un simple spectateur, il devient acteur, co-créateur de son expérience. C'est une immersion totale, une narration participative qui, selon moi, élève vraiment le jeu vidéo au rang d'art.
J'ai eu l'occasion de voir des expositions dédiées au jeu vidéo dans des musées prestigieux, ce qui confirme un peu cette tendance. Des titres comme "The Last of Us", "Red Dead Redemption 2" ou même des jeux plus indépendants comme "Journey" ou "Gris" ne sont pas juste des divertissements ; ce sont des œuvres qui explorent des thèmes profonds, provoquent des émotions intenses et utilisent des techniques visuelles et narratives d'une grande sophistication. Cela dit, je comprends que la question de la "jouabilité" puisse parfois brouiller les pistes pour certains, mais pour moi, c'est justement cette alchimie entre narration, esthétique et interaction qui fait sa force et sa singularité artistique.
Mais alors, qu'est-ce qui définit vraiment un art ?
C'est la question à un million de dollars, n'est-ce pas ? En fait, j'ai l'impression que la définition de l'art est en constante évolution, et c'est peut-être ça, le cœur du problème quand on cherche un 12ème art. Pour moi, un art, c'est avant tout une forme d'expression humaine qui cherche à communiquer une émotion, une idée, une vision du monde, et ce, à travers un médium spécifique qui demande une certaine maîtrise technique et une sensibilité créative. Ce n'est pas juste une technique, et ce n'est pas juste une idée ; c'est l'union des deux, sublimée par une intention artistique.
On pourrait dire qu'un art doit aussi avoir une capacité à provoquer une réflexion, à émouvoir, à déranger parfois, à transformer notre perception du réel ou de l'imaginaire. Il doit y avoir une intention esthétique claire et souvent une part d'innovation. L'art, c'est ce qui nous pousse à regarder le monde différemment, à ressentir, à nous questionner. Et c'est là que je trouve que des formes comme le jeu vidéo, la bande dessinée, et même parfois certaines performances culinaires, trouvent toute leur légitimité. Elles remplissent ces critères d'une manière qui, il y a quelques décennies, aurait été inimaginable.
Pourquoi cette classification est-elle si mouvante, voire débattue ?
Le fait est que la classification des arts n'est pas une science exacte, et c'est ce qui la rend si fascinante, mais aussi si sujette à débat. Il n'y a pas d'académie mondiale de l'art qui décerne des numéros officiels, heureusement d'ailleurs ! Selon moi, cette fluidité vient de plusieurs facteurs. D'abord, la technologie ne cesse de créer de nouveaux médiums, de nouvelles façons de créer et de diffuser. Le numérique a ouvert des portes incroyables, du coup, comment ne pas intégrer ces nouvelles expressions ? Ensuite, notre société évolue, nos sensibilités changent. Ce qui était considéré comme un simple artisanat peut, avec le temps, être élevé au rang d'art, parce que notre regard sur la beauté, sur la complexité, sur l'émotion a changé. Pensez à la haute couture, par exemple, souvent à la frontière entre art et artisanat très sophistiqué.
D'ailleurs, il y a aussi une dimension culturelle forte. Ce qui est considéré comme un art dans une culture ne l'est pas forcément dans une autre, ou du moins, n'a pas la même prééminence. Cela dit, cette discussion autour du 12ème art, elle est globalement assez occidentale, je trouve. Mais l'idée générale, c'est que l'art est vivant, il respire, il se transforme, et vouloir le figer dans une liste définitive serait, à mon avis, passer à côté de son essence même. C'est un peu comme essayer d'attraper le vent, ça ne marche pas vraiment.
D'autres prétendants au titre de 12ème art : la gastronomie, le parfum, la bande dessinée...
Bien sûr, le jeu vidéo n'est pas le seul à être cité quand on parle du 12ème art. Il y a d'autres candidats très sérieux, et chacun a ses arguments, ce qui rend la discussion encore plus riche. J'ai souvent entendu parler de la gastronomie, par exemple, comme un art à part entière. Et je dois dire que je comprends tout à fait pourquoi. Pensez à la création d'un plat par un grand chef : il y a la composition visuelle, les textures, les saveurs qui s'harmonisent ou se contredisent, le parfum, l'émotion que ça procure, la recherche de l'équilibre parfait. C'est une expérience sensorielle complète, qui fait appel à tous nos sens et qui demande une créativité et une technique absolument incroyables. Un plat peut raconter une histoire, évoquer un souvenir, provoquer un choc, c'est une forme d'expression qui me semble tout à fait légitime.
Le parfum est aussi un candidat fascinant. La création d'une fragrance, c'est un travail d'orfèvre, une composition abstraite d'odeurs qui, assemblées, créent une atmosphère, une émotion, une identité. C'est un art invisible, éphémère, mais d'une puissance évocatrice folle, je trouve. Et puis, la bande dessinée, comme je l'ai mentionné plus tôt, est souvent classée comme le 9ème art, mais pour certains, elle pourrait être ce fameux 12ème, si l'on considère d'autres formes comme le 10ème et le 11ème. Ce qui est sûr, c'est qu'elle a largement prouvé sa valeur artistique. En fait, ce qui est beau, c'est que cette question du 12ème art nous pousse à élargir nos horizons et à reconnaître la valeur créative là où on ne l'attendait pas forcément.
L'importance de reconnaître les nouvelles formes d'expression artistique
Pour moi, reconnaître un "nouveau" art, c'est bien plus qu'une simple étiquette ; c'est une démarche essentielle pour la vitalité culturelle et la reconnaissance des créateurs. Quand une forme d'expression est élevée au rang d'art, elle gagne en légitimité, en visibilité. Cela encourage la recherche, l'enseignement, la critique, et ouvre de nouvelles perspectives pour les artistes qui s'y dédient. Ça signifie aussi que les institutions culturelles, les musées, les écoles d'art, commencent à s'y intéresser plus sérieusement, ce qui est bénéfique pour tout le monde. Cela dit, il ne faut pas que cette reconnaissance devienne une course à l'étiquetage, où l'on cherche à tout prix à mettre un numéro sur chaque nouvelle création.
J'ai l'impression que la véritable importance réside dans la capacité à garder un esprit ouvert, à célébrer la diversité des expressions humaines. Le monde change à une vitesse folle, et les moyens de communiquer, de créer, d'émouvoir se multiplient. Si on reste figé sur des classifications anciennes, on risque de passer à côté de pépites, de ne pas comprendre les langages de demain. C'est un peu comme si on refusait d'écouter une nouvelle musique sous prétexte qu'elle ne rentre pas dans les cases que l'on connaît. Ce serait dommage, non ?
Mon humble avis sur l'avenir de cette classification
Si vous me demandez mon avis personnel, je pense qu'il n'y aura jamais de réponse unique et définitive à la question "Quel est le 12ème art ?". Et c'est peut-être ça, la beauté de la chose. Pour moi, le 12ème art est moins une catégorie spécifique qu'une invitation permanente à la réflexion sur la nature même de l'art, sur ses frontières toujours mouvantes. C'est un espace de discussion, un lieu où l'on interroge ce qui nous touche, ce qui nous fait vibrer, ce qui nous pousse à penser au-delà des conventions.
J'ai l'impression que ce douzième art est un peu un miroir de notre époque : il est multiple, il est en constante évolution, il est à la fois numérique et profondément humain, il mélange les disciplines et bouscule les certitudes. Plutôt que de chercher à le nommer une fois pour toutes, je crois qu'il est plus enrichissant de considérer que le 12ème art est cette capacité collective à toujours redéfinir, à toujours explorer, à toujours reconnaître la beauté et la créativité où qu'elles se manifestent. C'est une quête ouverte, et c'est ce qui la rend si vivante et si pertinente, n'est-ce pas ? Continuons d'ouvrir nos yeux et nos esprits, car le prochain chef-d'œuvre pourrait surgir de n'importe où.

