Le sentiment d'être observé à travers son propre smartphone n'est plus une simple théorie du complot réservée aux films d'espionnage. Entre les applications de contrôle parental détournées, les stalkerwares vendus légalement et les failles de sécurité exploitées par des officines privées, la menace est réelle. Pourtant, avant de paniquer et d'imaginer que le Mossad s'intéresse à vos listes de courses, il faut savoir différencier une redirection d'appel mal configurée d'une véritable intrusion malveillante. Le truc c'est que la plupart des gens confondent les deux, d'où l'importance de maîtriser ces fameux codes USSD qui, bien que datant de l'époque du GSM pur et dur, restent d'une utilité redoutable aujourd'hui.
Les codes USSD : entre mythes de hackers et réalité technique
Derrière l'acronyme barbare USSD se cache le Unstructured Supplementary Service Data. Pour faire simple, c'est un protocole qui permet de communiquer directement avec les ordinateurs de votre opérateur mobile sans passer par une application ou par internet. On tape une séquence, on appuie sur appel, et le réseau nous renvoie une réponse. Or, beaucoup de gens pensent que ces codes sont des outils secrets de la NSA. On n'y pense pas assez, mais ces fonctions ont été créées à l'origine pour faciliter la gestion des services par les techniciens et les utilisateurs avancés, pas pour débusquer des espions de haut vol.
Il existe une confusion majeure sur le web concernant ces chiffres. Certains prétendent que taper un code peut rendre votre téléphone invisible ou bloquer les satellites. C'est évidemment faux. Reste que ces codes interrogent directement la base de données de votre carte SIM et de votre commutateur réseau. Si une redirection a été mise en place de force, c'est ici qu'elle apparaîtra en premier. Mais attention, car un résultat positif ne signifie pas forcément que vous êtes la cible d'un pirate. Parfois, c'est juste votre messagerie vocale qui apparaît comme un numéro de redirection. C'est précisément là que le bât blesse : il faut savoir lire entre les lignes des résultats affichés.
Le code *#21# pour vérifier les transferts inconditionnels
C'est le code de base, celui que tout le monde devrait connaître. Lorsque vous composez le *#21#, votre téléphone interroge le réseau pour savoir si un transfert inconditionnel est actif. Qu'est-ce que ça veut dire ? Simplement que chaque appel ou message qui vous est destiné est immédiatement renvoyé vers un autre numéro, sans même que votre téléphone ne sonne. C'est la méthode préférée des petits espions domestiques ou des conjoints trop curieux qui veulent intercepter vos communications en temps réel.
Interpréter les résultats sur Android et iPhone
Une fois le code validé, une fenêtre contextuelle s'affiche. Si vous voyez "Non transféré" ou "Désactivé" partout, vous pouvez souffler un peu. Par contre, si un numéro de téléphone s'affiche en face de la mention "Voix" ou "SMS", là, on est loin du compte de la simple erreur de manipulation. Notez bien ce numéro. Il pourrait s'agir de votre propre numéro de messagerie vocale (souvent un numéro commençant par 06 ou 07 qui ne vous dit rien au premier abord), mais si c'est un numéro de mobile classique que vous ne reconnaissez pas, l'alerte est maximale. Sur iPhone, l'interface est souvent plus sobre, affichant une liste de services avec l'état du transfert. Sur Android, selon les surcouches comme Samsung ou Xiaomi, le message peut varier, mais le fond reste le même : la transparence totale sur ce qui sort de votre ligne.
Ce que ce code ne vous dira jamais
Soyons clairs : le *#21# ne détecte pas les logiciels espions comme Pegasus ou les chevaux de Troie qui enregistrent votre écran. Il ne voit que ce qui transite par le réseau de l'opérateur. Si un pirate a installé une application qui capture vos messages WhatsApp ou vos photos, le code USSD restera muet. C'est une limite technique infranchissable. Je reste convaincu que l'utilisation de ce code est indispensable, mais elle ne doit être qu'une étape d'un protocole de sécurité beaucoup plus large. C'est un peu comme vérifier si votre porte d'entrée est verrouillée alors que le voleur est déjà passé par la fenêtre du premier étage.
Les limites du protocole GSM face aux applications modernes
Le protocole GSM sur lequel reposent ces codes date des années 90. À cette époque, l'espionnage passait par le détournement des ondes ou des lignes physiques. Aujourd'hui, tout passe par la data. Un logiciel malveillant moderne n'a pas besoin de rediriger vos appels pour vous écouter ; il lui suffit d'activer votre micro à distance et d'envoyer le fichier audio via votre connexion 4G ou 5G. Résultat : le code *#21# vous dira que tout va bien alors que votre vie privée s'évapore en paquets de données cryptés vers un serveur à l'autre bout du monde.
*#62# ou comment savoir où vont vos appels quand vous captez mal
Le code *#62# est plus subtil. Il vérifie les transferts conditionnels, c'est-à-dire les redirections qui s'activent uniquement quand vous êtes injoignable, hors zone, ou que votre téléphone est éteint. C'est ici que l'on trouve le plus souvent des faux positifs. En effet, la grande majorité des utilisateurs verront un numéro s'afficher. Ne paniquez pas tout de suite ! Dans 99 % des cas, ce numéro appartient à votre opérateur mobile. C'est le serveur qui gère votre boîte vocale. Si vous ne captez pas, l'appel est envoyé là-bas pour que votre correspondant puisse laisser un message. C'est logique.
Le problème, c'est quand ce numéro n'a rien à voir avec votre opérateur. Si vous êtes chez Orange et que le numéro de redirection appartient à un obscur MVNO ou pire, à un numéro étranger, c'est que quelqu'un a configuré votre ligne pour récupérer vos appels manqués. Imaginez le scénario : vous éteignez votre téléphone le soir, et tous vos appels pro ou perso sont basculés vers un tiers qui peut ainsi écouter qui cherche à vous joindre. C'est une technique d'espionnage passive mais extrêmement efficace pour cartographier votre réseau social et professionnel. Vérifiez toujours le numéro affiché sur Google ; les numéros de messagerie des grands opérateurs sont publics et facilement identifiables.
##002# : l'arme absolue pour réinitialiser toutes les redirections
Si vous avez un doute, ou si les codes précédents ont révélé des anomalies, ne cherchez pas à comprendre pendant des heures. Tapez ##002#. C'est le code universel de remise à zéro. Il désactive instantanément tous les transferts d'appels et de données configurés sur votre ligne, qu'ils soient légitimes ou non. C'est une mesure de salubrité numérique radicale. Après avoir fait cela, même votre messagerie vocale pourrait ne plus fonctionner correctement pendant quelques temps, mais au moins, vous repartez sur une base saine. On conseille souvent de le faire avant de partir à l'étranger pour éviter les frais d'itinérance liés aux redirections, mais c'est aussi un excellent réflexe de sécurité.
Personnellement, je trouve ça surestimé de ne le faire qu'une fois par an. Une petite purge trimestrielle ne fait pas de mal, surtout si vous installez souvent de nouvelles applications ou si vous prêtez votre téléphone à des tiers. C'est gratuit, ça prend 3 secondes et ça élimine d'un coup toute une catégorie de surveillance réseau. Mais attention, ce code n'efface pas les virus. Il ne fait que "débrancher" les ponts que quelqu'un aurait pu construire entre votre ligne et la sienne. Si une application malveillante est installée sur votre système, elle pourra potentiellement réactiver ces redirections quelques minutes après votre nettoyage.
Au-delà des codes : les symptômes d'une infection profonde
Puisque les codes USSD ont leurs limites, il faut apprendre à observer son téléphone comme un médecin observe un patient. Un smartphone espionné se comporte rarement de manière normale. Il y a des signes qui ne trompent pas, même si les développeurs de logiciels espions font tout pour les masquer. Là où ça coince pour eux, c'est que toute activité logicielle consomme de l'énergie et des ressources. C'est la loi de la physique numérique.
La consommation de données qui explose sans raison
Un logiciel espion doit envoyer les informations récoltées (positions GPS, enregistrements micro, copies de messages) vers un serveur distant. Pour cela, il utilise votre forfait data. Si vous remarquez que votre consommation de données a doublé ou triplé en un mois alors que vos habitudes n'ont pas changé, posez-vous des questions. Allez dans les réglages de votre téléphone, section "Consommation de données", et regardez quelle application est la plus gourmande. Si vous voyez une application inconnue ou un processus système avec un nom bizarre (souvent imitant un service Google ou Apple) qui a consommé 2 Go de data en arrière-plan, vous avez probablement trouvé le coupable.
Le comportement erratique de l'écran et du système
Votre téléphone s'allume tout seul sans notification ? Il redémarre sans raison apparente ? Il est brûlant au toucher alors que vous ne l'utilisez pas depuis une heure ? Ce sont des signaux d'alerte. Un processeur qui chauffe, c'est un processeur qui travaille. Si vous ne jouez pas à un jeu gourmand et que vous ne chargez pas votre batterie, votre téléphone ne devrait pas être chaud. Cela signifie qu'une tâche de fond intensive est en cours d'exécution. De même, une batterie qui fond de 100 % à 20 % en trois heures alors que le téléphone est resté dans votre poche est un indicateur quasi certain d'une activité occulte. À ce stade, les codes *#21# ne vous servent plus à rien, il faut passer à la vitesse supérieure.
Logiciels espions pro vs simples redirections : le combat inégal
Il faut être honnête, le combat est inégal. D'un côté, nous avons des codes USSD gratuits et des petites astuces de réglages. De l'autre, des entreprises comme NSO Group qui vendent des outils capables d'infecter un téléphone via un simple message WhatsApp que vous n'avez même pas besoin d'ouvrir (les fameuses failles "zero-click"). Face à cela, l'utilisateur lambda est désarmé. Mais ces outils coûtent des millions d'euros et sont réservés aux gouvernements. Pour le commun des mortels, la menace vient plutôt des stalkerwares, ces applications de "surveillance d'employés" ou de "protection d'enfants" détournées par des proches malveillants.
Ces logiciels sont malins. Ils se cachent souvent sous des noms de fichiers système comme "System Update" ou "Battery Provider". Ils demandent des autorisations d'accessibilité pour pouvoir lire tout ce qui s'affiche à l'écran. C'est là que le danger est le plus grand. Contrairement à une redirection d'appel que l'on voit avec un code, ces applications sont invisibles dans le lanceur d'applications. Elles ne s'affichent pas sur l'écran d'accueil. Pour les débusquer, il faut fouiller dans la liste complète des applications installées via les paramètres système et chercher celles qui ont des droits d'administration ou d'accès aux notifications anormalement élevés.
5 erreurs classiques quand on pense être espionné
La paranoïa peut vite faire perdre le sens des réalités. Voici les erreurs les plus fréquentes que je vois chez ceux qui s'inquiètent pour leur sécurité mobile :
Premièrement, croire qu'un changement de carte SIM règle le problème. Si le logiciel espion est dans le téléphone, il restera là, peu importe la SIM. Deuxièmement, penser que le mode avion bloque tout. Certains logiciels enregistrent les données hors ligne et les envoient dès que le Wi-Fi est réactivé. Troisièmement, se fier uniquement aux antivirus mobiles. La plupart des stalkerwares sont techniquement "légaux" et ne sont pas toujours détectés comme des virus par les suites de sécurité classiques. Quatrièmement, oublier de vérifier ses comptes cloud. Souvent, ce n'est pas le téléphone qui est espionné, mais le compte iCloud ou Google qui y est lié. Si quelqu'un a votre mot de passe, il voit vos photos et vos messages sans même toucher à votre smartphone. Enfin, la cinquième erreur est de ne pas mettre son système à jour. Les mises à jour de sécurité corrigent les failles que les espions utilisent pour entrer.
Questions fréquentes sur la surveillance mobile
Est-ce que le code *#06# permet de savoir si je suis espionné ?
Non, pas directement. Le code *#06# affiche votre numéro IMEI (International Mobile Equipment Identity). C'est la carte d'identité unique de votre appareil. Bien que ce numéro soit indispensable pour que la police puisse mettre un téléphone sur écoute légalement, le simple fait de le connaître ne vous dit pas si vous êtes espionné. Par contre, notez-le précieusement. Si votre téléphone est volé ou si vous devez porter plainte pour piratage, c'est la première chose que l'on vous demandera.
Le code *#004# est-il plus complet que le *#21# ?
Le *#004# est un code de vérification global pour tous les transferts conditionnels (si occupé, si pas de réponse, si injoignable). Il est effectivement plus large que le *#21# qui ne regarde que le transfert systématique. C'est un bon complément pour avoir une vue d'ensemble de la configuration de votre ligne. Si ce code vous renvoie des erreurs, c'est souvent parce que votre opérateur ne supporte pas cette commande groupée et préfère que vous utilisiez les codes spécifiques pour chaque état.
Existe-t-il un code secret pour désactiver les micros ?
Malheureusement non. Aucun code USSD ne peut couper physiquement ou logiciellement le micro ou la caméra. C'est une légende urbaine. La seule façon de s'assurer que le micro ne capte rien est d'utiliser des bloqueurs physiques (des caches) ou des applications de gestion des permissions très strictes, voire de passer par des systèmes d'exploitation ultra-sécurisés comme GrapheneOS pour les plus technophiles. Sur un iPhone ou un Android classique, vous devez vous fier aux petits points de couleur (orange ou vert) qui s'affichent en haut de l'écran quand le micro ou la caméra sont actifs.
L'essentiel pour sécuriser votre vie numérique
Au final, que faut-il retenir ? Les codes comme le *#21# sont des outils de première ligne, utiles pour détecter des détournements de ligne grossiers. Ils font partie de l'arsenal de base, mais ils ne sont pas une garantie absolue de confidentialité. La cybersécurité est une affaire de couches successives. Si vous avez un doute sérieux, la procédure est simple mais radicale : sauvegardez vos données essentielles (photos, contacts) manuellement, puis effectuez une réinitialisation d'usine complète de l'appareil. C'est la seule façon de supprimer les logiciels espions profondément ancrés dans le système.
N'oubliez pas non plus que la faille est souvent humaine. Utilisez des mots de passe complexes, activez l'authentification à deux facteurs sur tous vos comptes, et ne laissez jamais votre téléphone déverrouillé sans surveillance, même quelques minutes. Le meilleur code anti-espion, c'est encore votre propre vigilance. On n'est jamais trop prudent dans un monde où nos smartphones sont devenus les extensions de nos cerveaux et les gardiens de nos secrets les plus intimes. Soit dit en passant, si après toutes ces vérifications vous avez toujours l'impression d'être suivi, le problème est peut-être ailleurs que dans votre poche.

