La transition immédiate vers le Prince Andrew et Sarah Ferguson
Le transfert de garde n'a pas été le fruit du hasard ou d'une décision testamentaire complexe. Le Prince Andrew et ses filles, les princesses Beatrice et Eugenie, avaient offert Muick et Sandy à la Reine durant les mois difficiles marqués par l'hospitalisation puis le décès du Prince Philip en 2021. Il était donc naturel, selon les codes de la famille royale britannique, que les donateurs reprennent la responsabilité des animaux. Sarah Ferguson, bien que divorcée du duc d'York depuis 1996, partage toujours la résidence de Royal Lodge et s'est imposée comme la figure de proue de cette nouvelle vie pour les canidés.
Les deux corgis ont rejoint un foyer déjà bien pourvu, intégrant une meute de cinq Norfolk Terriers. Loin de la pompe de Buckingham, leur quotidien se déroule désormais sur les 40 hectares du domaine de Windsor. Les rapports réguliers publiés par la duchesse sur les réseaux sociaux confirment que l'adaptation s'est faite sans heurts majeurs, malgré le changement radical d'environnement humain. On estime que le coût annuel d'entretien pour une telle meute, incluant les soins vétérinaires de pointe et une alimentation spécifique, dépasse largement les 10 000 livres sterling.
L'héritage de Susan et la fin de la lignée royale
Pour comprendre l'importance de savoir qui a gardé les chiens de la Reine, il faut remonter à 1944. Pour ses 18 ans, la princesse Elizabeth reçoit Susan, une femelle Pembroke Welsh Corgi. C'est le point de départ d'une dynastie qui s'étendra sur 14 générations. La Reine a personnellement supervisé l'élevage et la sélection de ses chiens pendant des décennies, refusant toutefois de continuer l'élevage après 2015 pour ne pas laisser de jeunes chiens orphelins après sa disparition. Une décision lucide qui montre que la souveraine plaçait le bien-être animal au-dessus de la tradition dynastique.
Le cas de Candy, la dernière "dorgi" (croisement entre un teckel et un corgi), mérite une attention particulière. Moins médiatisée que Muick et Sandy, elle a également été intégrée dans le cercle restreint des survivants canins. Cette race hybride, née d'une rencontre fortuite entre Tiny, le corgi de la Reine, et Pipkin, le teckel de la princesse Margaret, représentait l'aspect le plus informel et personnel de la passion canine d'Elizabeth II. La gestion de ces animaux n'est pas qu'une affaire de sentiment : elle implique une logistique rigoureuse où chaque déplacement royal intégrait une cellule dédiée au transport et au confort des chiens.
Le rôle crucial du personnel de confiance à Windsor
Si le Prince Andrew assure la garde légale, l'entretien quotidien repose sur une infrastructure de service rodée. Historiquement, deux valets, familièrement appelés "Doggie 1" et "Doggie 2", étaient assignés aux besoins immédiats des animaux. Angela Kelly, l'habilleuse et confidente de la Reine, a également joué un rôle pivot dans les derniers mois de vie de la monarque, s'assurant que les chiens conservaient leurs habitudes malgré la santé déclinante de leur maîtresse. Cette équipe de l'ombre garantissait que le régime alimentaire, composé de viande fraîche de qualité humaine (souvent du bœuf ou du poulet cuit par les chefs royaux), soit respecté à la lettre.
Le protocole entourant les corgis de la Reine Elizabeth II était presque aussi strict que celui des membres de la famille. On ne servait jamais de nourriture industrielle ; les menus étaient imprimés et les bols en argent disposés selon un ordre de préséance strict basé sur l'âge des chiens. Je pense que cette rigueur quasi militaire dans l'affection est ce qui a permis à ces chiens de vivre souvent bien au-delà de l'espérance de vie moyenne de leur race, atteignant régulièrement 14 ou 15 ans. Le suivi médical était assuré par des vétérinaires de la Royal Veterinary College, avec des bilans de santé trimestriels systématiques.
Pourquoi Charles III n'a pas récupéré les chiens ?
Une question revient souvent : pourquoi le nouveau Roi n'a-t-il pas hérité des compagnons de sa mère ? La réponse est à la fois pratique et personnelle. Le Roi Charles III et la Reine Camilla sont des fervents amateurs de Jack Russell Terriers. Ils possèdent leurs propres chiens, Beth et Bluebell, issus d'un refuge (Battersea Dogs & Cats Home). Introduire des corgis territoriaux dans une meute de terriers déjà établie dans les résidences de Clarence House ou Highgrove aurait été une source de stress inutile pour les animaux. La séparation des lignées canines permet de marquer visuellement et symboliquement le début d'un nouveau règne.
De plus, le style de vie du Roi, marqué par des déplacements diplomatiques incessants et une gestion rigoureuse des résidences royales, s'accorde mal avec la garde de chiens qui étaient habitués à une présence quasi permanente de leur propriétaire. Les corgis sont connus pour leur tempérament affirmé et leur tendance à mordiller les talons, un trait de caractère qui nécessite une attention constante que le Prince Andrew, disposant de beaucoup plus de temps libre depuis son retrait des fonctions officielles, peut offrir sans contrainte d'agenda.
La gestion du deuil canin et le comportement animal
Les experts en comportement animal se sont penchés sur la capacité des chiens royaux à percevoir l'absence de la Reine. Lors du passage du cortège funèbre à Windsor, l'image de Muick et Sandy attendant sur le parvis a marqué les esprits. Les chiens possèdent une sensibilité olfactive et émotionnelle qui leur permet de détecter les changements hormonaux et l'absence prolongée de leur référent humain. Le choix de les confier à des visages familiers comme celui d'Andrew et Sarah était la meilleure stratégie pour limiter le syndrome d'anxiété de séparation.
Il est intéressant de noter que le bien-être des animaux royaux a été une priorité absolue pour le Palais. Des spécialistes en psychologie canine ont probablement été consultés pour faciliter la transition vers Royal Lodge. Le changement d'environnement s'accompagne souvent d'une phase de régression chez le corgi, une race particulièrement attachée à sa routine. En maintenant des horaires de promenade et de repas identiques à ceux pratiqués à Buckingham ou Balmoral, les nouveaux gardiens ont assuré une continuité psychologique indispensable à la survie de ces chiens âgés.
Combien de chiens la Reine a-t-elle eu au total ?
On estime que la Reine a possédé plus de 30 corgis et dorgis durant son règne. Tous étaient des descendants directs de Susan, à l'exception des derniers arrivés, Muick et Sandy. Cette lignée ininterrompue constitue l'un des programmes d'élevage privé les plus longs et les mieux documentés de l'histoire cynophile britannique.
Où sont enterrés les chiens de la Reine ?
La tradition veut que les chiens royaux soient enterrés à Sandringham, dans un cimetière canin créé par la Reine Victoria. Chaque chien dispose d'une petite stèle en pierre mentionnant son nom, ses dates de naissance et de décès, ainsi qu'une courte épitaphe choisie personnellement par la Reine. C'est un lieu de recueillement privé, loin des circuits touristiques.
Quel est le prix d'un corgi royal ?
La Reine n'a jamais vendu ses chiens. Elle en offrait parfois à des amis proches ou à des membres de la famille, mais aucun commerce n'était autorisé. Cependant, l'effet de mode "Royal Corgi" a fait exploser les prix sur le marché britannique, où un chiot Pembroke Welsh Corgi peut aujourd'hui se négocier entre 2 500 et 4 000 livres sterling, contre environ 600 livres il y a vingt ans.
L'impact culturel de la garde des chiens royaux
La question de savoir qui a gardé les chiens de la Reine dépasse le simple cadre de l'anecdote. Elle illustre la manière dont la monarchie gère sa propre image à travers ses animaux. Les corgis sont devenus des icônes pop, apparaissant sur des pièces de monnaie, des timbres et même dans le sketch d'ouverture des Jeux Olympiques de Londres en 2012. Leur survie et leur bon traitement après la mort de la Reine sont essentiels pour maintenir l'image d'une institution humaine et attentionnée.
Le choix du duc d'York, malgré les controverses qui l'entourent, montre que pour la Reine, la famille passait avant les considérations de relations publiques lorsqu'il s'agissait du futur de ses compagnons. C'est sans doute le seul domaine où le protocole a cédé le pas à une forme de pragmatisme domestique. Les chiens sont les derniers témoins vivants de l'intimité quotidienne d'Elizabeth II, des créatures qui ne connaissaient pas la monarque, mais simplement leur maîtresse.
En conclusion, la garde des chiens de la Reine est aujourd'hui stabilisée entre les mains du Prince Andrew et de Sarah Ferguson à Royal Lodge. Ce transfert de responsabilité assure aux derniers corgis royaux une fin de vie paisible, loin de l'agitation médiatique, tout en respectant une tradition de soins d'excellence. La lignée de Susan s'est peut-être éteinte avec Willow en 2018, mais l'ombre des corgis continuera de planer sur Windsor tant que Muick et Sandy trotteront dans les jardins du domaine, rappelant à chaque instant l'un des traits les plus attachants de la personnalité de la défunte souveraine.

