On va creuser. Pas seulement en alignant des faits médicaux, mais en regardant ce qui se passe vraiment dans le corps quand les choses dérapent. Parce que comprendre, c’est déjà désamorcer.
Le pancréas, ce héros méconnu (et son côté obscur)
Avant de parler des maladies qui le mettent à genoux, un petit rappel s’impose. Le pancréas, c’est ce drôle de gland en forme de virgule, coincé entre l’estomac et la colonne vertébrale. Sa double casquette ? Produire des enzymes digestives (pour décomposer graisses, protéines et sucres) et sécréter de l’insuline (pour réguler la glycémie). Un vrai couteau suisse, mais avec un talon d’Achille : il déteste qu’on touche à ses canaux.
Et c’est là que ça coince. Quand quelque chose obstrue ou irrite ces canaux – un calcul, une inflammation, une tumeur –, les enzymes digestives, normalement évacuées vers l’intestin, se retrouvent piégées. Elles commencent alors à digérer… le pancréas lui-même. Autodigestion. Un terme qui fait froid dans le dos, et qui résume parfaitement l’horreur de la pancréatite aiguë. (Oui, c’est aussi violent que ça en a l’air.)
Pourquoi certains pancréas explosent et d’autres non ?
La question taraude les chercheurs depuis des décennies. Pourquoi, chez certaines personnes, un simple calcul biliaire déclenche une tempête inflammatoire, alors que d’autres supportent des années d’excès sans crise ? La réponse tient en trois mots : prédisposition génétique, environnement et hasard. Certains gènes, comme le SPINK1 ou le CFTR (celui de la mucoviscidose), augmentent les risques. D’autres facteurs, comme le tabagisme ou une alimentation ultra-transformée, préparent le terrain. Et puis, il y a ces cas où le pancréas décide, sans raison apparente, de se rebeller. Comme un employé modèle qui pète un câble un lundi matin.
Mais revenons aux coupables désignés. Parce que si le hasard joue un rôle, certaines affections sont des déclencheurs bien identifiés. Et c’est là que les choses deviennent intéressantes.
Les calculs biliaires : le coupable numéro un (et le plus sous-estimé)
Si vous deviez retenir une seule cause de pancréatite, ce serait celle-là. 40 à 70% des pancréatites aiguës sont provoquées par des calculs biliaires. Des petits cailloux qui se forment dans la vésicule biliaire, puis migrent vers le canal cholédoque – ce tuyau qui draine la bile vers l’intestin. Sauf que parfois, un calcul reste coincé à la jonction avec le canal pancréatique. Résultat : les enzymes pancréatiques ne peuvent plus s’écouler, et c’est l’inflammation garantie.
Le truc, c’est que les calculs biliaires sont souvent silencieux. On peut en avoir sans le savoir, jusqu’à ce qu’un jour, paf, la crise arrive. Les femmes sont plus touchées (merci les hormones), tout comme les personnes en surpoids ou celles qui ont perdu du poids trop vite. (Oui, les régimes yo-yo, c’est l’ennemi.) Et contrairement aux idées reçues, ce n’est pas une maladie de vieux. 20% des cas surviennent avant 40 ans.
Comment savoir si c’est votre vésicule qui vous trahit ?
Les symptômes d’une pancréatite biliaire sont souvent trompeurs. Une douleur en haut à droite du ventre, qui irradie vers l’épaule ? Classique. Mais quand la douleur part du milieu du ventre et irradie dans le dos, comme une ceinture qui se resserre, là, c’est le pancréas qui sonne l’alarme. Autre signe qui ne trompe pas : la douleur s’aggrave après un repas gras. Parce que les graisses stimulent la vésicule, qui essaie d’évacuer ses calculs – et qui, du coup, aggrave le blocage.
Le diagnostic ? Une échographie abdominale (pour voir les calculs) et une prise de sang qui montre des enzymes pancréatiques (amylase et lipase) à des niveaux stratosphériques. Si c’est confirmé, le traitement est radical : ablation de la vésicule. Pas de demi-mesure. Parce qu’une fois que le pancréas a goûté à la rébellion, il a tendance à récidiver.
L’alcool : le faux ami qui détruit en silence
Deuxième grand responsable : l’alcool. 25 à 35% des pancréatites aiguës lui sont attribuables. Mais attention, on est loin du cliché du SDF ivre mort qui finit aux urgences. Non, ici, c’est plus sournois. Une consommation régulière, même modérée, peut suffire. Surtout si elle s’étale sur des années.
Le mécanisme ? L’alcool augmente la sécrétion d’enzymes pancréatiques tout en réduisant leur écoulement. Résultat : les enzymes s’accumulent, les canaux se bouchent, et l’inflammation s’installe. Le pire, c’est que les dégâts sont souvent irréversibles. Après 5 à 10 ans de consommation excessive, 10 à 20% des buveurs développent une pancréatite chronique. Une maladie qui détruit le pancréas petit à petit, jusqu’à ce qu’il ne puisse plus assurer ses fonctions. Diabète, malnutrition, douleurs chroniques… Un vrai calvaire.
Combien d’alcool faut-il pour déclencher une crise ?
La réponse va vous surprendre. Il n’y a pas de seuil magique. Certains développent une pancréatite après quelques années de 3 verres par jour. D’autres tiennent des décennies avec une bouteille de vin quotidienne. Tout dépend de la sensibilité individuelle, des prédispositions génétiques, et… de la façon dont on boit. Les beuveries ponctuelles sont plus dangereuses que la consommation régulière. Parce qu’un pancréas habitué à l’alcool gère mieux les excès. Alors qu’un pancréas naïf, lui, panique au premier verre de trop.
Et puis, il y a ce facteur souvent oublié : le type d’alcool. Les spiritueux purs (whisky, vodka, rhum) sont plus agressifs que le vin ou la bière. Parce qu’ils contiennent moins d’eau, et donc une concentration plus élevée en alcool et en composés toxiques. (Oui, votre foie et votre pancréas détestent les shots.)
Les médicaments : ces pilules qui attaquent sans prévenir
On n’y pense jamais, et pourtant. Plus de 100 médicaments sont connus pour déclencher des pancréatites. Des antidouleurs aux antidépresseurs, en passant par les traitements contre le VIH ou l’épilepsie. La liste est longue, et souvent, les patients ne font pas le lien. Parce que les symptômes mettent des semaines, voire des mois, à apparaître. Et quand ils arrivent, on accuse tout sauf les comprimés.
Le mécanisme ? Certains médicaments provoquent une réaction allergique dans le pancréas. D’autres augmentent la viscosité des sécrétions pancréatiques, ce qui obstrue les canaux. Et quelques-uns, plus rares, toxiques directs pour les cellules pancréatiques. Le problème, c’est que ces effets sont imprévisibles. On peut prendre un médicament pendant des années sans problème, puis soudain, boum, la crise.
Les médicaments les plus à risque (et comment les repérer)
Voici les coupables les plus fréquents, classés par catégorie :
1. Les antidouleurs et anti-inflammatoires
Le paracétamol en surdosage est un classique. Mais c’est surtout les anti-inflammatoires non stéroïdiens (AINS) qui posent problème. L’ibuprofène, le naproxène, et surtout le diclofénac (Voltarène) sont régulièrement mis en cause. Le risque est faible (moins de 1% des utilisateurs), mais quand ça arrive, c’est violent. Surtout si on prend ces médicaments à jeun, ou en association avec de l’alcool.
2. Les traitements contre le VIH
La didanosine (Videx) et la stavudine (Zerit) sont des déclencheurs connus. Ces antirétroviraux, utilisés dans les années 90 et 2000, ont été largement remplacés aujourd’hui. Mais certains patients, sous traitement depuis des décennies, continuent de les prendre. Et pour eux, le risque de pancréatite est bien réel. Jusqu’à 10% des patients sous didanosine développent une pancréatite.
3. Les diurétiques et les antihypertenseurs
Les diurétiques thiazidiques (comme l’hydrochlorothiazide) et les inhibiteurs de l’ECA (comme le lisinopril) sont régulièrement pointés du doigt. Le mécanisme ? Ils augmentent les triglycérides, ce qui favorise l’inflammation du pancréas. Un effet secondaire rare, mais qui peut être dévastateur. Surtout si le patient a déjà des facteurs de risque (comme un taux de triglycérides élevé).
4. Les antidépresseurs et antipsychotiques
La clozapine (Leponex), un antipsychotique utilisé dans la schizophrénie, est l’un des médicaments les plus dangereux pour le pancréas. Jusqu’à 1% des patients développent une pancréatite sous clozapine. Les antidépresseurs comme la paroxétine (Deroxat) ou la sertraline (Zoloft) sont aussi concernés, mais à un degré moindre. Le problème, c’est que ces médicaments sont souvent prescrits à long terme. Et plus on les prend longtemps, plus le risque augmente.
Que faire si vous prenez l’un de ces médicaments ?
D’abord, ne pas paniquer. Le risque reste faible pour la plupart des gens. Mais si vous prenez l’un de ces traitements depuis longtemps, et que vous ressentez des douleurs abdominales inexpliquées, parlez-en à votre médecin. Un simple dosage de lipase et d’amylase peut suffire à écarter le diagnostic. Et si c’est confirmé ? On arrête le médicament en cause, et on cherche une alternative. Parce qu’une pancréatite, même légère, ça se soigne. Mais une pancréatite chronique, ça se gère. Et c’est une autre paire de manches.
Les triglycérides : ces graisses qui étouffent le pancréas
On en parle peu, et pourtant. Un taux de triglycérides supérieur à 10 g/L multiplie par 10 le risque de pancréatite. C’est énorme. Et c’est d’autant plus inquiétant que l’hypertriglycéridémie est souvent asymptomatique. On peut avoir un taux à 15 g/L sans le savoir, jusqu’à ce que le pancréas décide de faire grève.
Le mécanisme ? Les triglycérides en excès obstruent les capillaires pancréatiques, ce qui provoque une ischémie (un manque d’oxygène) des tissus. Et quand le pancréas manque d’oxygène, il s’enflamme. C’est aussi simple que ça. Le pire, c’est que cette inflammation aggrave l’hypertriglycéridémie, ce qui crée un cercle vicieux. Une vraie spirale infernale.
Pourquoi certaines personnes ont-elles des triglycérides aussi élevés ?
Plusieurs causes possibles :
1. Une alimentation trop riche en sucres et en graisses saturées. Les triglycérides, ce sont des molécules de graisse qui circulent dans le sang. Et quand on mange trop de sucres rapides (sodas, bonbons, pain blanc), le foie les transforme en triglycérides. Un seul repas trop gras peut faire exploser le taux chez certaines personnes.
2. L’alcool. Oui, encore lui. L’alcool est transformé en triglycérides par le foie. Et plus on boit, plus le taux monte. Un verre de vin par jour peut suffire à faire grimper les triglycérides chez les personnes prédisposées.
3. Le diabète et le syndrome métabolique. Quand le corps résiste à l’insuline, il produit plus de triglycérides. Et plus il en produit, plus le pancréas est en danger. Un vrai serpent qui se mord la queue.
4. Des maladies génétiques. Certaines formes d’hypertriglycéridémie sont héréditaires. Comme la lipoprotéine lipase deficiency, une maladie rare qui provoque des taux de triglycérides à 50 g/L. Autant dire que le pancréas n’a aucune chance.
Comment faire baisser ses triglycérides (et sauver son pancréas) ?
La bonne nouvelle, c’est que dans la plupart des cas, une simple modification de l’alimentation suffit. Voici ce qui marche :
1. Réduire les sucres rapides. Exit les sodas, les jus de fruits industriels, les bonbons et les pâtisseries. Même le miel et le sirop d’érable sont à limiter. Le sucre, c’est le carburant des triglycérides.
2. Privilégier les graisses insaturées. Les oméga-3 (poissons gras, noix, huile de colza) font baisser les triglycérides. Les oméga-6 (huile de tournesol, maïs), en revanche, les font monter. Le ratio idéal : 4 oméga-6 pour 1 oméga-3. Aujourd’hui, on est plutôt à 15 pour 1.
3. Limiter l’alcool. Même un verre par jour peut être trop pour certaines personnes. Si vos triglycérides sont élevés, l’abstinence est la meilleure solution.
4. Perdre du poids. Une perte de 5 à 10% du poids corporel peut faire chuter les triglycérides de 20 à 30%. Pas besoin de viser le poids idéal, juste une amélioration modeste suffit.
Et si ça ne suffit pas ? Les médicaments existent. Les fibrates (comme le fénofibrate) et les oméga-3 en haute dose (2 à 4 g par jour) sont très efficaces. Mais attention, ils ne remplacent pas une bonne hygiène de vie. Parce qu’un pancréas enflammé, ça se soigne. Mais un pancréas détruit, ça ne se répare pas.
Les infections : quand le pancréas devient un champ de bataille microbien
On l’oublie souvent, mais le pancréas peut aussi s’enflammer à cause d’une infection. Virus, bactéries, parasites – tous peuvent déclencher une pancréatite. Et parfois, c’est le seul symptôme visible. Pas de fièvre, pas de toux, juste une douleur abdominale qui ne passe pas. De quoi rendre le diagnostic compliqué.
Les infections les plus courantes (et les plus sournoises)
1. Les oreillons
Oui, cette maladie d’enfant peut provoquer une pancréatite. 4% des cas d’oreillons s’accompagnent d’une inflammation du pancréas. Le virus attaque les glandes salivaires, mais aussi le pancréas. Heureusement, avec la vaccination, les cas sont devenus rares. Mais dans les pays où la couverture vaccinale est faible, c’est encore un problème majeur.
2. Le cytomégalovirus (CMV)
Ce virus de la famille de l’herpès est un déclencheur connu de pancréatite, surtout chez les personnes immunodéprimées (VIH, greffés, patients sous chimiothérapie). Le CMV infecte les cellules du pancréas, ce qui provoque une réaction inflammatoire. Le diagnostic ? Une prise de sang qui recherche les anticorps anti-CMV, ou une PCR sur un prélèvement de pancréas. Le traitement ? Des antiviraux comme le ganciclovir.
3. Les parasites
Dans les pays en développement, les ascaris (des vers intestinaux) sont une cause fréquente de pancréatite. Les larves migrent dans les canaux biliaires et pancréatiques, ce qui provoque une obstruction. Jusqu’à 20% des pancréatites en Asie et en Afrique sont dues à ces parasites. Le traitement ? Un simple vermifuge. Mais encore faut-il y penser.
4. Les bactéries
Certaines bactéries, comme Mycoplasma pneumoniae ou Legionella, peuvent déclencher une pancréatite. Le mécanisme ? Une réaction immunitaire excessive, qui attaque les tissus pancréatiques. Les symptômes ? Une douleur abdominale, de la fièvre, et parfois une toux. De quoi égarer le diagnostic vers une simple infection pulmonaire.
Comment savoir si c’est une infection ?
Le diagnostic repose sur trois piliers :
1. La prise de sang. Une numération formule sanguine (NFS) peut montrer une augmentation des globules blancs (signe d’infection). Les sérologies (CMV, oreillons, Mycoplasma) permettent d’identifier le coupable.
2. L’imagerie. Une échographie ou un scanner peut montrer un pancréas œdématié, ou des signes d’obstruction (calculs, parasites).
3. La ponction pancréatique. Dans les cas difficiles, on peut prélever un peu de liquide pancréatique pour identifier le germe responsable. Mais c’est rare, et réservé aux cas graves.
Le traitement ? Des antibiotiques ou des antiviraux, selon l’agent infectieux. Et dans les cas les plus graves, une hospitalisation pour surveiller l’évolution. Parce qu’une pancréatite infectieuse, ça peut déraper vite.
Les maladies auto-immunes : quand le corps attaque son propre pancréas
Imaginez : votre système immunitaire, censé vous protéger, décide soudain que votre pancréas est un ennemi. Il envoie ses soldats (les lymphocytes) pour le détruire. C’est ça, une pancréatite auto-immune. Une maladie rare, mais de plus en plus diagnostiquée. Et surtout, une maladie qui se soigne bien… si on la repère à temps.
Comment reconnaître une pancréatite auto-immune ?
Les symptômes sont souvent trompeurs. Une douleur abdominale modérée, une perte de poids inexpliquée, parfois un ictère (jaunisse). Rien de très spécifique. Mais trois signes doivent alerter :
1. L’absence de cause évidente. Pas d’alcool, pas de calculs biliaires, pas de médicaments à risque. Juste une inflammation qui ne s’explique pas.
2. Une élévation des IgG4. Les immunoglobulines G4 sont des anticorps qui jouent un rôle clé dans les maladies auto-immunes. Un taux élevé (supérieur à 1,35 g/L) est très évocateur.
3. Une imagerie caractéristique. Au scanner ou à l’IRM, le pancréas apparaît gonflé, avec une capsule épaissie. Parfois, on voit même une masse qui peut faire penser à un cancer. D’où l’importance de la biopsie.
Les maladies auto-immunes associées
La pancréatite auto-immune n’arrive presque jamais seule. Dans 60% des cas, elle s’accompagne d’autres maladies auto-immunes :
1. La cholangite sclérosante primitive. Une inflammation des voies biliaires, qui peut provoquer une cirrhose.
2. Le syndrome de Sjögren. Une maladie qui détruit les glandes salivaires et lacrymales, provoquant une sécheresse buccale et oculaire.
3. La maladie inflammatoire chronique de l’intestin (MICI). Maladie de Crohn ou rectocolite hémorragique, les deux sont possibles.
4. Le lupus érythémateux disséminé. Une maladie auto-immune systémique, qui peut toucher la peau, les articulations, les reins… et le pancréas.
Comment traiter une pancréatite auto-immune ?
La bonne nouvelle, c’est que cette forme de pancréatite répond très bien aux corticoïdes. Une cure de prednisone (1 mg/kg/jour pendant 4 semaines, puis diminution progressive) suffit souvent à faire disparaître les symptômes. Dans les cas résistants, on peut utiliser des immunosuppresseurs comme l’azathioprine.
Le problème, c’est que les rechutes sont fréquentes. 30 à 50% des patients récidivent dans les 5 ans. D’où l’importance d’un suivi régulier, avec des dosages d’IgG4 et des imageries de contrôle. Parce qu’une pancréatite auto-immune non traitée, ça peut évoluer vers une pancréatite chronique, voire un diabète.
Les causes rares (mais qui méritent qu’on s’y attarde)
Parce que la médecine aime nous compliquer la vie, il existe une poignée de causes de pancréatite tellement rares qu’on les oublie souvent. Pourtant, elles existent. Et pour les patients concernés, les ignorer peut avoir des conséquences dramatiques.
1. Les traumatismes abdominaux
Un coup de volant dans un accident de voiture, une chute à vélo, un coup de poing dans le ventre… Tout traumatisme abdominal peut provoquer une pancréatite. Le mécanisme ? Une rupture des canaux pancréatiques, qui provoque une fuite d’enzymes digestives dans le tissu pancréatique. Les symptômes ? Une douleur abdominale qui persiste après le choc, des nausées, parfois un hématome visible. Le diagnostic ? Un scanner abdominal, qui montre une contusion pancréatique ou une rupture des canaux. Le traitement ? Parfois chirurgical, pour réparer les dégâts. Mais dans la plupart des cas, une surveillance en réanimation suffit.
2. Les mutations génétiques
Certaines mutations génétiques augmentent considérablement le risque de pancréatite. Les plus connues :
- Le gène PRSS1. Une mutation de ce gène provoque une pancréatite héréditaire, une maladie rare mais dévastatrice. Les premiers symptômes apparaissent souvent avant 20 ans, et 50% des patients développent un cancer du pancréas avant 70 ans.
- Le gène CFTR. La mutation responsable de la mucoviscidose peut aussi provoquer des pancréatites, même chez les personnes qui n’ont pas la maladie. 1 à 2% des pancréatites idiopathiques (sans cause connue) sont dues à une mutation de CFTR.
- Le gène SPINK1. Ce gène code pour une protéine qui inhibe les enzymes pancréatiques. Quand il est muté, les enzymes s’activent trop tôt, ce qui provoque une autodigestion du pancréas.
Le diagnostic ? Un test génétique, réalisé après une prise de sang. Le traitement ? Il n’existe pas de traitement spécifique, mais une surveillance rapprochée permet de détecter les complications (diabète, cancer) à un stade précoce.
3. Les tumeurs pancréatiques
Une tumeur du pancréas peut provoquer une pancréatite, soit en obstruant les canaux, soit en provoquant une réaction inflammatoire. Le problème, c’est que les symptômes sont souvent les mêmes : douleur abdominale, perte de poids, ictère. 1 à 2% des pancréatites sont dues à un cancer du pancréas. Et chez les patients de plus de 50 ans, sans cause évidente, c’est une piste à ne pas négliger.
Le diagnostic ? Un scanner ou une IRM, qui montre la tumeur. Parfois, une biopsie est nécessaire pour confirmer le diagnostic. Le traitement ? Chirurgie, chimiothérapie, radiothérapie… Tout dépend du stade de la tumeur.
4. La grossesse
Oui, la grossesse peut provoquer une pancréatite. 1 grossesse sur 1 000 à 10 000 est compliquée par une pancréatite. Les causes ? Une hypertriglycéridémie (fréquente pendant la grossesse), des calculs biliaires (la grossesse favorise leur formation), ou une prééclampsie (une complication de la grossesse qui provoque une hypertension et des lésions organiques).
Les symptômes ? Une douleur abdominale intense, des nausées, des vomissements. Le diagnostic ? Une prise de sang (lipase, amylase) et une échographie. Le traitement ? Hospitalisation, jeûne, hydratation intraveineuse. Dans les cas graves, une césarienne en urgence peut être nécessaire.
Les erreurs de diagnostic (et comment les éviter)
Parce que la pancréatite peut mimer d’autres maladies, les erreurs de diagnostic sont fréquentes. Et quand on se trompe, les conséquences peuvent être dramatiques. Voici les pièges les plus courants, et comment les éviter.
1. Confondre pancréatite et gastrite
Une douleur en haut du ventre, des nausées, des vomissements… Les symptômes d’une gastrite et d’une pancréatite peuvent être très similaires. Sauf qu’une gastrite, ça se soigne avec des antiacides. Une pancréatite, non. Le piège ? Les médecins prescrivent parfois des IPP (inhibiteurs de la pompe à protons) en première intention, ce qui retarde le diagnostic. Résultat : le patient rentre chez lui, et la pancréatite s’aggrave.
Comment éviter l’erreur ? Toujours doser la lipase et l’amylase en cas de douleur abdominale inexpliquée. Si les taux sont élevés, c’est une pancréatite. Point.
2. Prendre une pancréatite pour une appendicite
Une douleur abdominale qui irradie dans le dos ? Parfois, ça ressemble à une appendicite. Sauf que l’appendice, lui, est à droite. Le pancréas, au milieu. Le piège ? Les médecins palpent le ventre, ne trouvent rien à droite, et concluent à une gastro-entérite. Sauf que la douleur persiste, et que le patient finit aux urgences 48 heures plus tard, avec une pancréatite nécrosante.
Comment éviter l’erreur ? Toujours demander une échographie ou un scanner en cas de doute. Une appendicite, ça se voit. Une pancréatite aussi.
3. Sous-estimer une pancréatite "légère"
Certaines pancréatites sont bénignes. Une douleur modérée, des enzymes pancréatiques à peine élevées, et hop, le patient rentre chez lui avec des antalgiques. Sauf que 20% des pancréatites "légères" s’aggravent dans les 48 heures. Et quand ça dérape, c’est souvent trop tard.
Comment éviter l’erreur ? Toujours hospitaliser les patients pendant au moins 48 heures, même si les symptômes semblent bénins. Une surveillance rapprochée (prise de sang toutes les 12 heures, imagerie de contrôle) permet de détecter les aggravations précoces.
Questions fréquentes (et réponses sans langue de bois)
Une pancréatite peut-elle guérir toute seule ?
Oui. 80% des pancréatites aiguës guérissent sans séquelles, à condition de traiter la cause (calculs biliaires, alcool, médicaments) et de mettre le pancréas au repos (jeûne, hydratation intraveineuse). Mais attention, ça ne veut pas dire qu’on peut la prendre à la légère. 20% des cas évoluent vers une forme grave, avec nécrose, infection, ou défaillance d’organes. Et là, les choses se compliquent sérieusement.
Peut-on prévenir une pancréatite ?
En partie, oui. Voici ce qui marche :
- Limiter l’alcool. Pas besoin d’être abstinent, mais pas plus de 2 verres par jour pour les hommes, 1 pour les femmes. Et éviter les beuveries.
- Surveiller ses triglycérides. Un dosage sanguin tous les 2-3 ans suffit. Si le taux est élevé, adapter son alimentation et, si nécessaire, prendre des médicaments.
- Éviter les médicaments à risque. Si vous prenez un traitement connu pour déclencher des pancréatites (comme la clozapine ou la didanosine), parlez-en à votre médecin. Il existe souvent des alternatives.
- Se faire vacciner contre les oreillons. Oui, c’est un détail, mais ça peut éviter une pancréatite.
Le reste ? C’est du hasard. Certaines pancréatites surviennent sans raison apparente. Et là, on ne peut rien faire.
Une pancréatite chronique, c’est quoi exactement ?
C’est l’évolution naturelle d’une pancréatite aiguë qui n’a pas été traitée, ou qui a récidivé trop souvent. Le pancréas se fibrose, se calcifie, et perd ses fonctions. Résultat :
- Une insuffisance pancréatique exocrine. Le pancréas ne produit plus assez d’enzymes digestives. Du coup, les graisses ne sont plus digérées, et le patient a des selles grasses, nauséabondes, et une perte de poids.
- Une insuffisance pancréatique endocrine. Le pancréas ne produit plus assez d’insuline. 80% des patients développent un diabète dans les 10 ans.
- Des douleurs chroniques. Parce que les nerfs du pancréas sont irrités en permanence. 30 à 50% des patients souffrent de douleurs quotidiennes, parfois intolérables.
Le traitement ? Des enzymes pancréatiques en comprimés (pour compenser l’insuffisance exocrine), de l’insuline (pour le diabète), et des antalgiques puissants (pour la douleur). Dans les cas les plus graves, une chirurgie peut être nécessaire pour enlever les zones nécrosées ou poser un stent dans les canaux pancréatiques.
