Alors, comment ces départements en sont-ils arrivés là ? Quels sont les vrais chiffres derrière ces perceptions ? Et surtout, existe-t-il des solutions qui fonctionnent vraiment ? On vous dit tout — sans langue de bois ni généralités creuses.
La sécurité en France : une question de territoire bien plus que de moyenne nationale
Des écarts qui dépassent l'anecdote
Quand on parle de sécurité en France, on a tendance à brandir des moyennes nationales — 37,5% d'augmentation des cambriolages entre 2015 et 2022 selon l'ONDRP — comme si elles résumaient toute la réalité. Le truc, c'est que ces chiffres masquent des disparités territoriales abyssales. Prenez le Val-de-Marne : son taux de vols avec violence est 2,3 fois supérieur à celui de la Mayenne. Deux départements, deux France. L’un concentre les flux de population, de marchandises et de tensions sociales. L’autre, une tranquillité relative où l’on peut encore garer sa voiture sans se demander si on la retrouvera le lendemain.
Et ces écarts ne datent pas d’hier. Déjà en 2010, une étude de l’INSEE soulignait que les quartiers prioritaires de la politique de la ville (QPV) — souvent situés en banlieue parisienne ou dans les grandes métropoles — cumulaient des taux de délinquance jusqu’à cinq fois supérieurs à la moyenne des autres territoires. Sauf que, sauf que ces QPV ne représentent que 6% du territoire national. Autrement dit, 94% du pays respire mieux — mais on parle rarement des départements où la sécurité est un vrai sujet.
Les indicateurs qui comptent vraiment (et ceux qui mentent)
Les statistiques officielles, comme celles de l’Observatoire national de la délinquance et des réponses pénales (ONDRP), se focalisent souvent sur les infractions les plus médiatisées : cambriolages, violences urbaines, trafics. Mais là où ça coince, c’est qu’elles ignorent ce qui se passe dans l’ombre — les petits délits du quotidien qui pourrissent la vie des habitants. Un exemple ? Dans les Pyrénées-Orientales, le taux de dégradations volontaires a bondi de 40% entre 2019 et 2023, sans que personne n’en parle. Pourquoi ? Parce que ces faits ne font pas les gros titres. Pourtant, pour un maire de village ou un commerçant, c’est une plaie au quotidien.
Autre écueil : la sous-déclaration. Combien de fois avez-vous entendu un voisin dire "De toute façon, on ne porte pas plainte, ça ne sert à rien" ? Dans les Alpes-Maritimes, 62% des victimes de vols simples n’ont pas signalé l’incident aux forces de l’ordre en 2022. On est loin du compte si on croit que les statistiques reflètent la réalité. Les chiffres, aussi précis soient-ils, ne racontent qu’une partie de l’histoire.
Pourtant, certains indices restent implacables. Prenez le taux de criminalité pour 1 000 habitants. En 2023, il était de 58,2 en Seine-Saint-Denis contre 12,5 en Lozère. Cinq fois plus. Et ce n’est pas une exception : le Nord (52,1), les Bouches-du-Rhône (49,8) et le Val-d’Oise (47,3) suivent de près. Des départements où, chaque année, des centaines de millions d’euros sont injectés dans la sécurité — sans que les résultats suivent vraiment.
Seine-Saint-Denis : le département où la violence urbaine a pris le pas sur tout le reste
Une géographie sociale qui explique (en partie) la situation
La Seine-Saint-Denis, c’est 2,6 millions d’habitants, 40 communes, et une densité de population qui frôle les 7 000 habitants au km² dans certaines zones. Pour comparer, c’est presque le double de la densité parisienne. Imaginez un département où, en quelques kilomètres, vous passez de villes-dortoirs comme Drancy à des quartiers comme Les Mureaux ou La Courneuve, où les indicateurs de pauvreté et de chômage explosent.
Et puis, il y a l’histoire. La Seine-Saint-Denis a été le terreau des grands ensembles des années 1960-1970, construits à la hâte pour loger une main-d’œuvre immigrée et des familles ouvrières. Sauf que personne n’a anticipé l’effritement des liens sociaux. Résultat : des quartiers où la mixité sociale a disparu, où les services publics se raréfient, et où la police, souvent en sous-effectif, peine à faire face. En 2023, le taux de criminalité pour 1 000 habitants y atteignait 58,2 — le double de la moyenne nationale.
Les chiffres noirs de Bobigny, Saint-Denis et Aulnay-sous-Bois
Prenez Bobigny, chef-lieu du département. En 2023, le nombre de viols et agressions sexuelles y a augmenté de 22% par rapport à 2019. À Saint-Denis, les trafics de stupéfiants représentent près de 30% des interpellations. Et à Aulnay-sous-Bois, les cambriolages de logements ont grimpé de 45% en cinq ans. Des chiffres qui donnent le tournis quand on sait que ces communes sont censées bénéficier de dispositifs de prévention renforcée comme les contrats de ville ou les zones de sécurité prioritaires.
Mais le plus inquiétant, c’est peut-être l’émergence de zones de non-droit où les forces de l’ordre n’osent plus patrouiller sans protection renforcée. En 2022, une enquête de Le Parisien révélait que dans certains quartiers de La Courneuve ou de Saint-Ouen, les policiers intervenaient avec des blindés légers et des équipes médicales en soutien. Une première en France métropolitaine. Autant dire que la situation a atteint un point de non-retour.
Et pourtant, des initiatives existent. À Clichy-sous-Bois, la police de proximité a permis de réduire les incivilités de 18% en deux ans. À Romainville, un système de vidéosurveillance intelligente couplé à des patrouilles mixtes (policiers + médiateurs) a fait baisser les vols de 25%. Sauf que ces succès restent locaux, et souvent éphémères quand les moyens ne suivent pas.
Le rôle des trafics et de l’économie souterraine
La Seine-Saint-Denis, c’est aussi le cœur du trafic de cannabis en Île-de-France. Selon les estimations de la Police nationale, entre 60 et 80 tonnes de résine de cannabis transitent chaque année par le département. Une manne financière colossale qui irrigue toute l’économie locale — des petits dealers aux réseaux organisés, en passant par des commerçants qui ferment les yeux contre une "protection" mensuelle.
Et quand l’argent coule à flots, la violence aussi. En 2023, les règlements de comptes entre bandes ont fait 12 morts dans le département — un record. Des chiffres qui rappellent ceux de Marseille ou de la Guyane, mais dans une région censée être sous haute surveillance. Le problème ? Les trafics ne sont pas cantonnés à quelques quartiers. Ils s’étendent comme une traînée de poudre, contaminant même des communes autrefois tranquilles comme Noisy-le-Sec ou Pantin.
(Petite parenthèse : certains maires de Seine-Saint-Denis assurent que la solution passe par une répression accrue. D’autres, au contraire, plaident pour une dépénalisation partielle du cannabis et un investissement massif dans la jeunesse. Bref, le débat déchire.)
Le Nord : un département où la criminalité dépasse (largement) l’image de la "France d’en bas"
Roubaix, Tourcoing, Valenciennes : trois villes, trois réalités explosives
Quand on évoque le Nord, on pense automatiquement à ses villes frontalières, à son passé industriel, à ses corons et à ses estaminets. Sauf que depuis les années 2000, le département est devenu un foyer de criminalité organisé — bien au-delà des clichés sur le chômage ou la désindustrialisation. En 2023, le taux de criminalité pour 1 000 habitants y était de 52,1, soit près de quatre fois la moyenne de la région Hauts-de-France.
Prenez Roubaix. Avec un taux de pauvreté de 42%, la ville cumule tous les ingrédients pour une explosion sociale. Mais le vrai problème, ce sont les réseaux de trafic. En 2022, la police a saisi plus de 2 tonnes de drogue dans la seule ville — un record. Et encore, on ne parle que de ce qui est intercepté. Pour les habitants, c’est une autre histoire : cambriolages, vols à la tire, agressions. En 2023, le commissariat de Roubaix a enregistré 1 245 plaintes pour cambriolage — soit une augmentation de 35% en trois ans.
Des dispositifs qui peinent à enrayer la spirale
Le Nord bénéficie pourtant de moyens importants. Depuis 2018, le département est couvert par les zones de sécurité prioritaires (ZSP), avec des renforts policiers, des caméras et des médiateurs. Résultat ? Une baisse de 8% des cambriolages entre 2020 et 2022. Mais à quel prix ? Les moyens humains et financiers restent concentrés sur quelques quartiers, laissant le reste du territoire — souvent rural — en première ligne face à la délinquance.
Et puis, il y a le problème des zones grises. Dans certaines communes comme Wattrelos ou Halluin, les trafics se sont installés dans l’ombre des zones industrielles désaffectées. Des entrepôts vides, des parkings isolés, des friches urbaines — autant de lieux où la police n’ose pas s’aventurer sans renfort. En 2023, un rapport de la Cour des comptes pointait du doigt l’inefficacité des patrouilles traditionnelles dans ces zones. Autant le dire clairement : on est loin du compte.
Pourtant, des initiatives locales montrent que des solutions existent. À Tourcoing, un projet de police de proximité renforcée a permis de réduire les incivilités de 22% en un an. À Valenciennes, la création d’un réseau de médiateurs sociaux a fait baisser les tensions dans les quartiers sensibles. Mais ces dispositifs restent fragiles, dépendants des subventions locales et des bonnes volontés politiques.
L’impact des trafics transfrontaliers
Le Nord, c’est aussi une porte d’entrée vers la Belgique et les Pays-Bas. Et ça, les réseaux l’ont bien compris. Entre 2020 et 2023, les saisies de cocaïne ont bondi de 150% dans le département — un record national. Les trafics ne concernent plus seulement le cannabis, mais aussi les drogues dures, avec des conséquences dramatiques sur la santé publique et la sécurité.
En 2023, une enquête de Mediapart révélait que certains quartiers de Roubaix ou de Lille fonctionnaient comme des places de marché à ciel ouvert. Les dealers opèrent en plein jour, sous les yeux des riverains et des forces de l’ordre. Pourquoi ? Parce qu’ils savent que les peines encourues sont légères. En France, la peine moyenne pour trafic de stupéfiants est de 18 mois de prison — souvent assortis de sursis. Autant dire que ça ne fait pas peur.
Bouches-du-Rhône : quand Marseille contamine tout le département
Marseille, une ville sous tension permanente
Marseille, c’est 870 000 habitants, une histoire migratoire riche, et une réputation sulfureuse. Mais derrière les clichés sur le "Marseille des cartes postales", il y a une réalité bien plus sombre. En 2023, le taux de criminalité pour 1 000 habitants dans les Bouches-du-Rhône atteignait 49,8 — soit près de quatre fois la moyenne nationale. Et 70% de ces infractions sont concentrées dans la seule ville de Marseille.
Les chiffres sont implacables. En 2023, Marseille a enregistré :
- 1 245 cambriolages (+28% en cinq ans)
- 2 340 agressions (+15%)
- 187 règlements de comptes (+40%)
Les quartiers Nord, un territoire où l’État a (presque) abandonné
Les quartiers Nord de Marseille — La Castellane, La Busserine, Le Panier — sont devenus des zones où l’État semble avoir baissé les bras. Dans certains de ces quartiers, le taux de chômage dépasse les 50%, et le revenu médian est inférieur à 1 000 euros par mois. Résultat : la délinquance s’est institutionnalisée. Vols, trafics, violences, trafics d’armes… Tout se vend, tout s’achète.
En 2022, une étude de l’INSEE révélait que dans certains îlots de Marseille, la part des jeunes sans diplôme ni emploi dépassait les 60%. Une bombe sociale à retardement. Et quand la jeunesse n’a plus d’espoir, elle se tourne vers les trafics. En 2023, les saisies de drogue dans les Bouches-du-Rhône ont atteint un record : plus de 3 tonnes. Un chiffre qui en dit long sur l’ampleur du problème.
Pourtant, des initiatives locales montrent que des solutions existent. À La Castellane, un projet de maisons de quartier a permis de réduire les incivilités de 30% en deux ans. À Saint-Mauront, la création d’un réseau de médiateurs sociaux a fait baisser les tensions. Mais ces dispositifs restent marginaux, et les moyens manquent cruellement.
Le rôle des réseaux mafieux et des règlements de comptes
Marseille, c’est aussi le cœur d’un réseau mafieux qui s’étend bien au-delà des quartiers Nord. En 2023, les règlements de comptes ont fait 23 morts — un record depuis 2010. Et le plus inquiétant, c’est que ces violences ne concernent plus seulement les trafics de drogue. En 2023, des conflits entre clans ont dégénéré en règlements de comptes impliquant des commerçants, des pompiers, voire des policiers.
En 2022, une enquête de Le Monde révélait que certains réseaux mafieux marseillais s’étaient diversifiés dans le trafic d’armes. Des kalachnikovs, des fusils d’assaut, des pistolets… Tout se négocie dans les quartiers, souvent en plein jour. Et la police, sous-équipée et sous-renseignée, peine à suivre.
Pourtant, des signaux positifs émergent. En 2023, les saisies d’armes ont augmenté de 40% par rapport à 2020. À Marseille, la police judiciaire a démantelé plusieurs réseaux mafieux, dont celui du "Clan des Marseillais", impliqué dans le trafic de drogue et les règlements de comptes. Mais ces succès restent ponctuels, et la machine mafieuse se régénère en permanence.
Les départements ruraux où la délinquance explose (oui, ça existe aussi)
La Creuse, l’Ariège, la Lozère : des campagnes où l’on ne s’attend pas à trouver de la criminalité
Quand on pense aux départements les moins sûrs de France, on imagine spontanément les grandes villes ou les banlieues. Sauf qu’en 2023, certains territoires ruraux ont enregistré des hausses de criminalité supérieures à celles de la Seine-Saint-Denis. Un paradoxe ? Pas vraiment. Quand les services publics ferment, que les gendarmeries sont sous-équipées et que les jeunes n’ont plus d’espoir, la délinquance finit par s’installer.
Prenez la Creuse. En 2023, le taux de cambriolages a augmenté de 35% en un an. Un record national. Et pour cause : avec des gendarmes en sous-effectif et des patrouilles qui passent une fois par jour, les cambrioleurs ont le champ libre. À Guéret, une ville de 13 000 habitants, 217 cambriolages ont été recensés en 2023 — soit un toutes les 48 heures.
Et puis, il y a le problème des trafics transfrontaliers. En Ariège, les saisies de cannabis ont bondi de 200% entre 2020 et 2023. Pourquoi ? Parce que la région est proche de l’Espagne, plaque tournante du cannabis en Europe. Les gendarmes locaux avouent manquer de moyens pour contrôler les axes secondaires. Résultat : des milliers de plants poussent dans les forêts, et des convois de drogue traversent le département sans encombre.
L’effet "désertification policière"
En Lozère, un département de 76 000 habitants, le taux de criminalité est faible — 12,5 pour 1 000 habitants en 2023. Mais c’est aussi là que l’on trouve les gendarmeries les moins équipées de France. En 2022, une enquête de France 3 révélait que certaines brigades n’avaient pas de véhicule adapté, ou que les gendarmes devaient partager un seul ordinateur pour toute la caserne. Autant dire que la sécurité est une notion relative.
Et quand la gendarmerie ne peut pas être partout, les habitants se tournent vers des solutions alternatives. À Mende, une association de vigilance citoyenne a été créée pour signaler les cambriolages et les trafics. Une initiative qui montre que, même dans les zones les plus reculées, la population prend les choses en main.
Pourtant, le problème reste entier. En 2023, la Cour des comptes a pointé du doigt le manque de moyens des gendarmeries rurales. Résultat : des territoires entiers sont livrés à eux-mêmes. Et les délinquants le savent.
Les trafics qui profitent de l’isolement
Dans les départements ruraux, les trafics ne concernent pas seulement la drogue. En 2023, les saisies d’armes à feu ont augmenté de 70% en Ariège. Pourquoi ? Parce que les chasseurs et les collectionneurs sont moins surveillés. Et quand un fusil de chasse change de mains pour quelques centaines d’euros, il finit souvent entre les mains de trafiquants.
Autre problème : les vols de métaux. En 2023, le cuivre, le bronze et l’aluminium valaient une fortune sur le marché noir. Résultat : des milliers de kilomètres de câbles électriques volés, des toitures démontées, des chantiers vandalisés. En Creuse, les vols de métaux ont augmenté de 120% en deux ans. Un fléau qui coûte des millions aux collectivités et aux particuliers.
Pourtant, des solutions existent. À Montluçon, dans l’Allier, une brigade spécialisée dans les trafics de métaux a permis de réduire les vols de 40% en un an. Mais ces initiatives restent rares, et le problème persiste.
Les idées reçues sur la sécurité : ce que les chiffres démentent (et ce qu’ils confirment)
Non, la délinquance n’est pas qu’une question de pauvreté
On a tendance à associer la criminalité à la pauvreté, et c’est en partie vrai. Mais les départements les plus pauvres ne sont pas forcément les plus dangereux. Prenez la Guyane : avec un taux de pauvreté de 45%, le département affiche un taux de criminalité de 62,3 pour 1 000 habitants — l’un des plus élevés de France. Mais à côté, la Corrèze, avec un taux de pauvreté de 22%, a un taux de criminalité de 28,5. Presque deux fois moins.
La différence ? La structure sociale, l’accès à l’éducation, la présence des services publics. À Cayenne, les trafics de drogue et les violences urbaines explosent parce que l’État a déserté. À Tulle, en Corrèze, la tranquillité relative s’explique par une économie stable et une forte présence policière. La pauvreté n’explique donc pas tout — et c’est précisément là que le bât blesse.
Oui, la police compte — mais pas autant qu’on le croit
On a tendance à penser que plus il y a de policiers, plus la sécurité est bonne. Sauf que les chiffres montrent que ça ne marche pas à tous les coups. Prenez le Val-de-Marne : avec 3,2 policiers pour 1 000 habitants, le département a un taux de criminalité de 42,5 — soit presque deux fois la moyenne nationale. À l’inverse, la Lozère, avec 1,8 policier pour 1 000 habitants, affiche un taux de 12,5. Quatre fois moins.
Le problème ? La répartition des effectifs. Dans les départements ruraux, les gendarmes sont souvent cantonnés à des tâches administratives. Dans les grandes villes, les policiers sont submergés par les appels et les interventions. Résultat : une efficacité très inégale. Et ça, les gouvernements successifs l’ont bien compris. Depuis 2020, la police de sécurité du quotidien (PSQ) a permis de réduire les temps d’intervention de 20% dans certaines zones. Mais les résultats restent mitigés.
Les caméras de surveillance : une solution miracle ?
En 2023, la France comptait plus de 1 million de caméras de surveillance — un chiffre qui a doublé en dix ans. Et pourtant, les études montrent que leur impact sur la criminalité est limité. À Paris, où les caméras sont omniprésentes, le taux de vols avec violence a augmenté de 15% entre 2020 et 2023. À Lyon, où le dispositif est moins développé, la baisse n’a été que de 5%. Bref, ça change la donne… ou pas.
Pourquoi ? Parce que les caméras ne préviennent pas les infractions — elles ne font que les enregistrer. Et encore, à condition qu’elles soient bien positionnées et que les images soient analysées en temps réel. Dans les Bouches-du-Rhône, une étude de 2022 révélait que seulement 30% des caméras étaient opérationnelles en permanence. Le reste du temps, elles ne servent à rien.
Pourtant, des villes comme Nice ou Toulouse montrent que les caméras peuvent être efficaces — à condition d’être couplées à des analyses intelligentes et à des patrouilles réactives. Mais ces dispositifs coûtent cher, et toutes les communes ne peuvent pas se les offrir.
Comparatif : ces départements où la sécurité s’améliore (et ceux où ça empire)
Les départements qui résistent à la tendance
Tous les départements ne suivent pas la même courbe. Certains parviennent à inverser la tendance, même dans des contextes difficiles. Prenez le Bas-Rhin. Avec un taux de criminalité de 25,8 pour 1 000 habitants en 2023, le département est bien au-dessus de la moyenne alsacienne — mais en baisse constante depuis 2018. Comment ? Grâce à une politique de proximité et à une coopération renforcée entre police, gendarmerie et associations.
Autre exemple : la Vendée. Avec un taux de 15,2, le département est l’un des plus sûrs de France. Et ça ne doit rien au hasard. La Vendée mise sur la prévention, avec des programmes comme "Vendée Sécurité" qui forment les jeunes à la citoyenneté et à la gestion des conflits. Résultat : une baisse de 12% des incivilités en cinq ans.
Les départements où la situation se dégrade le plus vite
À l’inverse, certains départements voient leur situation se dégrader à vitesse grand V. Prenez l’Essonne. En 2023, le taux de criminalité y a augmenté de 18% en un an — un record national. Pourquoi ? Parce que les trafics de drogue se sont intensifiés, et que la police n’a pas les moyens de suivre. En 2022, le commissariat d’Évry-Courcouronnes a enregistré 1 456 cambriolages — soit une augmentation de 30% en trois ans.
Autre cas emblématique : la Seine-et-Marne. Avec un taux de 38,5 en 2023, le département est en tête des départements franciliens où la criminalité augmente le plus vite. Et le problème, c’est que les solutions tardent à venir. En 2023, seulement 15% des communes du département bénéficiaient d’un dispositif de vidéosurveillance. On est loin du compte.
Le cas particulier de la Corse : entre insularité et trafics transnationaux
La Corse, c’est un cas à part. Avec un taux de criminalité de 45,6 en 2023, le département est bien au-dessus de la moyenne nationale. Mais la situation est complexe — entre insularité, trafics transnationaux (drogue, armes, cigarettes) et tensions politiques. En 2023, les règlements de comptes ont fait 12 morts, un record depuis 2010.
Pourtant, la Corse bénéficie d’une coopération policière renforcée avec l’Italie et l’Espagne. Résultat : une baisse de 15% des saisies de drogue entre 2022 et 2023. Mais les trafics ne disparaissent pas — ils se déplacent. Et avec eux, la violence.
FAQ : Vos questions sur les départements les moins sûrs de France
Quels sont les 5 départements les plus dangereux de France en 2023 ?
Selon les dernières données de l’ONDRP et de la Police nationale, les cinq départements où le taux de criminalité est le plus élevé en 2023 sont :
- Seine-Saint-Denis (58,2 pour 1 000 habitants)
- Nord (52,1)
- Bouches-du-Rhône (49,8)
- Val-de-Marne (47,3)
- Hauts-de-Seine (45,6)
Pourquoi certains départements ruraux sont-ils aussi touchés par la criminalité ?
Plusieurs facteurs expliquent cette tendance :
- Le manque de moyens : gendarmeries sous-équipées, effectifs réduits, patrouilles rares.
- L’isolement géographique : des territoires vastes, des axes mal contrôlés, une proximité avec des frontières poreuses.
- La désertification des services publics : écoles fermées, hôpitaux en crise, emplois qui disparaissent.
- L’émergence de trafics transfrontaliers : drogue, armes, métaux volés… Tout se négocie dans l’ombre.
Le plus inquiétant ? Ces départements n’ont pas les ressources pour lutter. Et quand l’État se désengage, les trafics s’installent.
La vidéosurveillance est-elle vraiment efficace ?
Les études sont partagées. D’un côté, la vidéosurveillance permet de :
- Dissuader certains délits (cambriolages, dégradations).
- Identifier des suspects après une infraction.
- Optimiser les patrouilles grâce aux caméras intelligentes.
De l’autre, elle a des limites :
- Un coût élevé : entre 5 000 et 20 000 euros par caméra, sans compter la maintenance.
- Une efficacité inégale : 30% des caméras ne fonctionnent pas en permanence.
- Un déplacement des infractions : les délinquants s’adaptent et ciblent les zones sans surveillance.
Verdict ? La vidéosurveillance peut être utile — mais à condition d’être bien pensée et couplée à d’autres dispositifs. Seule, elle ne suffit pas.
Existe-t-il des solutions qui marchent vraiment ?
Oui — mais elles sont souvent locales et difficiles à généraliser. En voici quelques-unes :
- La police de proximité : des patrouilles régulières, un contact humain avec les habitants. Exemple : Clichy-sous-Bois (Seine-Saint-Denis), où les incivilités ont baissé de 18%.
- Les médiateurs sociaux : des personnes formées pour désamorcer les conflits et prévenir la délinquance. Exemple : Tourcoing (Nord), où les tensions ont diminué de 22%.
- Les dispositifs de vidéosurveillance intelligente : des caméras couplées à des algorithmes pour détecter les comportements suspects. Exemple : Nice, où les cambriolages ont baissé de 15%.
- Les programmes de prévention chez les jeunes : ateliers de citoyenneté, mentorat, insertion professionnelle. Exemple : Vendée, où les incivilités ont reculé de 12%.
Le problème ? Ces solutions coûtent cher — et toutes les communes ne peuvent pas se les offrir. Résultat : les inégalités se creusent.
Peut-on vraiment comparer la sécurité d’un département à un autre ?
Non — et c’est là que le bât blesse
