Quand le cerveau refuse de lâcher l’affaire
Franchement, c’est chiant. Parce que tu sais que tu devrais dormir, que tu en as besoin, mais ton esprit, lui, il est en mode « je vais tout ressasser ». J’ai vécu ça pendant des mois, après mon déménagement à Lyon. Je me souviens, je tournais, je retournais, j’allumais, j’éteignais. J’étais à deux doigts d’appeler un exorciste pour qu’il chasse les pensées de ma chambre.
L’insomnie, c’est pas juste « pas dormir ». C’est une espèce de torture mentale douce. Tu es crevé, mais ton cerveau, lui, il fait une réunion d’urgence à 2h du matin. Et toi, tu es obligé d’y assister.
Et si on arrêtait d’essayer ?
Je sais, ça paraît fou. Mais écoute : plus tu te forces à dormir, plus tu t’agites. C’est comme quand tu veux attraper un chat – plus tu cours après, plus il s’enfuit. Du coup, une des premières choses que j’ai apprises, c’est : sortir du lit si tu ne dors pas après 20 minutes.
Oui, oui. Tu te lèves. Tu vas dans une autre pièce, tu t’installes dans le canapé avec une lumière douce, tu lis un truc chiant – genre un livre de jardinage ou une notice d’appareil électroménager. Pas de téléphone, pas d’écran. Le but ? Ne pas associer le lit à l’insomnie. Le lit, c’est juste pour dormir. Pas pour stresser, pas pour ruminer. Juste dormir.
J’ai testé. La première fois, j’étais sceptique. Mais après trois nuits comme ça, j’ai senti un truc changer. Mon corps a commencé à comprendre : « OK, quand je suis au lit, c’est pour dormir. Pas pour cogiter. »
La routine du soir, tu connais ?
Alors bon, on va pas se mentir : avoir une routine, ça sonne un peu chiant. « 20h : brosse à dents. 20h30 : tisane. 20h45 : lecture inspirante. » On dirait un planning de moine. Mais en vrai, ça marche.
Je m’étais mis ça en place avec l’aide de ma copine Camille, qui est psy. Elle m’a dit : « Ton cerveau a besoin de signaux. » Comme un enfant, en fait. Il faut lui dire : « Allez, on se calme, la journée est finie. »
Du coup, maintenant, vers 21h30, j’éteins les gros écrans. J’allume une petite lampe jaune dans le salon. Je me fais une tisane – valériane, tilleul, parfois un peu de camomille. Parfois j’écoute un podcast doux, pas un truc de true crime, hein. Plutôt des voix calmes qui parlent de nature ou de méditation.
Et surtout : je ne touche pas mon téléphone. Même pas pour « juste checker un truc ». Parce que tu sais ce qui se passe ? Tu checkes un truc, tu tombes sur une news chiante, tu t’énerve, et hop, retour à l’insomnie. C’est un cercle vicieux, tu connais.
Le truc que personne ne te dit : l’anxiété dort avec toi
Un jour, Camille m’a dit quelque chose qui m’a marqué : « L’insomnie, c’est rarement un problème de sommeil. C’est un problème d’apaisement. »
Et là, clac. J’ai compris. Parce que oui, j’avais peur de ne pas dormir. J’avais peur de ne pas être en forme le lendemain. J’avais peur de rater des trucs. En fait, j’étais anxieux… d’être anxieux.
Alors on a travaillé là-dessus. Pas avec des médicaments, pas tout de suite. D’abord avec des petites choses : respirations profondes, 4-7-8. Tu inspires sur 4, tu bloques sur 7, tu expires sur 8. Ça calme. Vraiment. Pas magique, mais ça aide.
J’ai aussi commencé à tenir un petit carnet. Avant de me coucher, j’écris mes trois soucis du jour. Pas pour les résoudre, juste pour les sortir de ma tête. Un peu comme vider une poche trop pleine. Après, je dis à voix basse : « Je m’en occuperai demain. » Bizarrement, ça marche.
Et le sport dans tout ça ?
Bon, je vais pas te faire un topo sur les bienfaits du sport, tu connais. Mais ce que je sais, c’est que depuis que je cours deux fois par semaine – même juste 20 minutes –, je dors mieux. Pas forcément le soir même, mais en général, mon corps est plus… fatigué. Pas épuisé, non. Fatigué de manière saine.
Par contre, attention : pas de sport après 19h. Je l’ai appris à mes dépens. Une fois, j’ai fait du vélo à 20h, super motivé. Résultat : impossible de m’endormir. Mon corps, lui, pensait que c’était l’heure de la fête.
Et si rien ne marche ?
Parce que bon, on va pas se mentir : parfois, tout ça, ça marche pas. Et c’est normal. Moi, j’ai eu une période – Noël dernier – où j’ai tout tenté. Rien. Je dormais 3h par nuit. J’étais une coquille vide.
Alors j’ai vu un médecin. Pas pour des somnifères tout de suite, mais pour discuter. Il m’a parlé de thérapie cognitivo-comportementale pour l’insomnie (TCC-I). J’ai fait six séances. C’était bizarre au début. On parlait de mes croyances sur le sommeil. « Tu crois que tu dois dormir 8h exactement ? » « Tu culpabilises si tu ne dors pas ? »
Et en vrai, oui. J’avais des règles mentales super strictes. Du coup, quand je les transgressais, je stressais encore plus. La TCC-I, c’est un peu comme désapprendre ses mauvaises habitudes. C’est long. Mais efficace.
Un dernier truc ? Sois doux avec toi-même
Parce que le truc, c’est qu’on se met une pression de ouf. « Il faut que je dorme ! » Sauf que cette pression, elle t’empêche justement de dormir.
Alors maintenant, quand je sens que la nuit va être difficile, je me dis : « OK, je vais peut-être pas dormir. Et après ? Je survivrai. » Parfois, je m’allonge, je ferme les yeux, je respire. Même si je dors pas, mon corps se repose. C’est déjà ça.
Et puis, tu sais quoi ? Le sommeil, il revient souvent quand on arrête de le courir après. Comme l’amour. Comme la joie. Comme les bons moments.
Alors si tu vis ça, si tu te retournes dans ton lit en regardant le plafond comme s’il allait te donner la réponse… prends une grande respiration. Sors du lit si tu veux. Lis un truc chiant. Écris tes pensées. Parle à quelqu’un.
Et surtout : ne reste pas seul avec ton insomnie. Parce que parfois, ce qu’il faut pour dormir, c’est juste savoir qu’on n’est pas seul à veiller.
