Le contexte politique de la Troisième République en 1939
La Troisième République française, instaurée en 1870 après la chute du Second Empire, arrive en 1939 à un stade de maturité instable. Avec une Constitution de 1875 qui équilibre pouvoirs présidentiels et parlementaires, le régime compte environ 600 députés à la Chambre et 300 sénateurs, élus au suffrage universel masculin depuis 1919. Les gouvernements se succèdent rapidement : pas moins de 20 cabinets entre 1932 et 1939, avec une durée moyenne de huit mois. Cette rotation accélérée reflète les divisions entre radicaux, socialistes et communistes, encore marqués par le Front populaire de 1936 qui avait octroyé des congés payés à 15 jours et la semaine de 40 heures pour 5 millions de salariés.
Face à la menace hitlérienne, la politique extérieure prime. L'Anschluss de mars 1938 et les accords de Munich en septembre imposent des concessions territoriales à la Tchécoslovaquie, critiquées comme un abandon par 70 % des Français selon les sondages de l'époque. Daladier, radical-socialiste, consolide un ministère de la Défense national unifié en 1936, employant 900 000 hommes sous les drapeaux en septembre 1939. Pourtant, l'appareil d'État reste fragmenté : 42 ministères et secrétariats d'État, un budget militaire de 14 milliards de francs, contre 20 pour l'Allemagne.
La crise économique post-1929 aggrave les tensions : chômage à 500 000 personnes, inflation à 15 % annuelle. Le franc est dévalué de 25 % en 1936. Ces facteurs économiques pèsent sur la légitimité des dirigeants, forçant une centralisation accrue à Paris.
Qui était le président de la République en 1939 ?
Albert Lebrun, ingénieur des mines originaire de Lorraine, dirige la France comme président de la République depuis le 10 mai 1932. Réélu en 1939 pour un second septennat par 923 voix sur 1 015 au Congrès de Versailles, il incarne la continuité. Son rôle, constitutionnellement limité, consiste à nommer le président du Conseil et à promulguer les lois, sans droit de veto effectif. En pratique, Lebrun arbitre les crises : il avait dissous la Chambre en 1938 après la chute du gouvernement Chautemps.
Sa présidence coïncide avec la remilitarisation de la Rhénanie en 1936 et la guerre d'Espagne, où la France applique une non-intervention formelle tout en tolérant 35 000 volontaires républicains. Lebrun, modéré de centre-droit, s'oppose aux communistes, dissous en 1939 après le pacte germano-soviétique du 23 août. Son influence reste symbolique : il visite 150 casernes en 1939, mais délègue l'exécutif au président du Conseil. À 64 ans, il représente l'establishment lorrain, fort de 40 ans de mandats parlementaires.
Critiqué pour son inaction face à Munich – où il avalise les accords sans réserve –, Lebrun symbolise un exécutif affaibli, avec un salaire annuel de 1,2 million de francs, soit 20 fois le salaire moyen ouvrier.
Édouard Daladier, le véritable moteur exécutif en 1939
Édouard Daladier assume la charge de président du Conseil des ministres du 10 avril 1938 au 21 mars 1940, dirigeant ainsi la France en 1939. Issu des radicaux, il pilote un cabinet de 22 ministres, incluant Georges Mandel à l'Intérieur et Paul Reynaud aux Finances. Responsable de la politique quotidienne, il déclenche la mobilisation générale le 26 août 1939, appelant 5 millions d'hommes, et signe la déclaration de guerre le 3 septembre après l'invasion polonaise.
Sa méthode repose sur une fermeté anti-nazie : refus de l'Anschluss, garantie à la Pologne en mars 1939. Daladier restructure l'armée, passant de 600 000 à 5 millions d'effectifs en quelques mois, avec 3 000 avions et 3 500 tanks produits en urgence. Budget 1939 : 13,5 milliards de francs pour la défense, en hausse de 40 % sur 1938. Pourtant, des failles persistent : production d'acier à 6 millions de tonnes contre 23 pour l'Allemagne.
En interne, il mate les grèves par décret-loi, réduisant les salaires publics de 10 %. Opinion divisée : 55 % d'approbation en janvier 1939, tombant à 40 % post-Munich. Daladier domine, mais son autoritarisme – censure de 200 journaux – frise la dérive.
Pourquoi la structure gouvernementale était-elle si instable avant 1939 ?
La Troisième République cumule 104 gouvernements en 68 ans, soit une chute tous les 7,5 mois. En 1939, les motions de censure parlementaires, activées par article 47, font tomber Blum en 1937 après 18 mois. Facteurs : proportionnelle intégrale depuis 1927, fragmentant les voix – radicaux 20 %, SFIO 15 %, PCF 15 % aux législatives de 1936.
Comparé à la IVe République (24 gouvernements en 12 ans), c'est pire : instabilité due à l'absence de majorité absolue, avec 40 % d'abstentions aux élections. Daladier survit grâce à un Front national incluant droite modérée, totalisant 350 sièges sur 608.
Instabilité coûteuse : chaque remaniement absorbe 2 millions de francs en frais administratifs. Cela mine la préparation guerre, retardant les commandes d'armement de 6 mois.
Quel rôle jouait l'armée dans la direction de la France en 1939 ?
L'état-major, dirigé par le général Maurice Gamelin depuis 1938, influence fortement sans gouverner. Avec 900 000 actifs et 4 millions de réservistes, l'armée absorbe 30 % du budget national. Gamelin, chef du Haut Comité militaire, conseille Daladier sur la doctrine défensive de la Ligne Maginot, longue de 280 km et coûtant 5 milliards de francs sur 10 ans.
Paradoxe : 110 divisions françaises contre 98 allemandes, mais aviation à 1 700 appareils modernes contre 4 000 pour la Luftwaffe. Gamelin prône la "longue guerre", attendant l'effondrement économique nazi estimé à 18 mois. Lebrun nomme les généraux, mais Daladier tranche : retrait de troupes de Méditerranée en août 1939.
L'influence militaire culmine avec la loi de 1939 sur le service armé à 21 mois, votée à 80 % à la Chambre. Pourtant, des rivalités internes – Gamelin vs. Weygand – freinent l'unité.
La France en 1939 comparée à ses voisins européens
Contre l'Allemagne d'Hitler, au pouvoir depuis 1933 avec plébiscites à 99 %, la France parlementaire paraît faible : Reichstag subordonné au Führer, armée à 3,7 millions d'hommes. PIB français 450 milliards de francs contre 650 pour l'Allemagne ; production pétrole : 1 million de tonnes vs. 5,5 importées par le Reich.
Vis-à-vis du Royaume-Uni de Chamberlain, allié par pacte naval 1938, la France cède du leadership : flotte britannique 15 cuirassés contre 7 français. Churchill, Premier ministre dès mai 1940, centralise plus que Daladier.
L'Italie mussolinienne, alliée papale depuis 1929, reste neutre initialement : 1,5 million d'hommes mobilisés en juin 1940. La France, avec son parlement bicaméral, contraste par sa délibération lente – lois militaires votées en 45 jours en moyenne.
En Belgique, Leopold III règne constitutionnellement, mais neutre jusqu'en mai 1940. Ces comparaisons soulignent la vulnérabilité française : 20 % moins d'acier par habitant que l'Allemagne.
Les erreurs courantes sur qui dirigeait vraiment la France en 1939
On attribue souvent à tort un pouvoir absolu à Lebrun, confondant son rôle protocolaire avec l'exécutif daladierien. Mythe : la "magie" de Munich comme décision unilatérale de Daladier – en réalité, Chambre approuve à 90 %. Erreur : ignorer le Sénat, qui valide 95 % des lois en commission.
Autre piège : surestimer l'influence communiste, interdite après pacte Molotov-Ribbentrop, perdant 72 députés. En vérité, la banque de France, contrôlée par 200 actionnaires privés, finance 40 % de la dette via Bons du Trésor à 4 % d'intérêt.
Conseil pratique pour historiens amateurs : croiser archives parlementaires (disponibles depuis 1980) et journaux comme Le Temps, biaisé à droite. Éviter les généralisations post-Vichy : Pétain n'émerge qu'en 1940. Une digression : les ermine, ces robes protocolaires du président, coûtent 50 000 francs pièce, symbole d'un faste anachronique en temps de crise.
Et ironiquement, tandis que Daladier harangue les foules place de la Concorde, les officiers sirotent du champagne à 100 francs la bouteille – priorité aux apparences ?
FAQ : Questions fréquentes sur la direction de la France en 1939
Quel était le gouvernement exact en place le 3 septembre 1939 ?
Le cabinet Daladier III, formé le 14 juin 1939, compte 23 ministres. Clés : Daladier Garde des Sceaux et Affaires étrangères, Louis Marin Travaux publics, Anatole de Monzie Éducation. Durée : 10 mois jusqu'à la Chambre du Travail le 21 mars 1940. Budget total : 85 milliards de francs, dont 20 % à la guerre.
Combien de temps Lebrun est-il resté président après 1939 ?
Albert Lebrun démissionne le 11 juillet 1940 sous pression de Pétain, après 8 ans et 2 mois. Exilé à Vizille puis Londres, il refuse l'armistice voté à 569 voix contre 80. Retour en 1945, sans charge officielle.
Pourquoi Daladier a-t-il été remplacé si vite ?
Motion de censure SFIO-PCF sur la guerre : 283 voix contre 291 requises pour gouverner. Paul Reynaud succède, mais tombe en juin 1940. Daladier jugé à Riom en 1942 pour "défaite", acquitté partiellement.
Conclusion : Une direction bicéphale sous tension
En 1939, qui dirige la France se résume à l'équilibre précaire entre Albert Lebrun, garant institutionnel, et Édouard Daladier, chef opérationnel, dans une Troisième République minée par l'instabilité et la menace nazie. Avec 5 millions de mobilisés et un budget défense gonflé de 50 %, le tandem prépare mal la Blitzkrieg : doctrine figée, production en retard de 30 % sur les objectifs. Ce régime, malgré ses failles, symbolise une démocratie résiliente jusqu'à l'exode de juin 1940. Comprendre cette dualité éclaire les racines de la débâcle : pas de chef unique, mais un parlement omnipotent freinant l'urgence. Aujourd'hui, ces leçons hantent encore les débats sur l'exécutif fort en République.

