Qu’est-ce que c’est, un ASR déjà ?
Alors déjà, ASR, ça veut dire Agent de Sécurité Routière. Mais franchement, ce nom, c’est un peu pompeux. En vrai, c’est plutôt “la personne qui traîne dans les rues pour que tu te fasses pas écraser”. Ils sont là, un peu partout, surtout dans les villes moyennes ou les quartiers sensibles. Pas des flics, non. Pas des pompiers non plus. Un truc entre les deux, mais en moins lourd.
Leur boulot ? Déjà, surveiller. Mais pas comme un flic en planque. Eux, ils sont visibles. Costume souvent orange fluo, talkie-walkie à la ceinture, l’air un peu sérieux mais pas menaçant. Ils t’observent, ils voient si tu traverses au rouge, si les bus bloquent les passages piétons, si un ado fait du drift en trottinette électrique entre les voitures… Tu vois le genre.
Un œil sur la route, l’autre sur les gens
Le truc que j’ai compris après mon accident, c’est que l’ASR, c’est pas juste là pour verbaliser. Enfin, si, un peu. Mais surtout pour prévenir. Genre, ils vont pas te flasher à 51 km/h dans une zone 50. Mais s’ils te voient griller un feu, ils peuvent t’arrêter, te parler, te rappeler les règles. Parfois, ils font même signer des PV. Mais souvent, c’est du dialogue. “Vous savez que vous avez failli renverser une gamine ?” — ça fait réfléchir, tu vois.
Et c’est pas que pour les conducteurs. Moi, j’étais piéton, j’avais le droit de traverser, mais j’étais distrait, j’ai pas vu le bus. L’ASR, elle m’a dit : “Vous avez eu de la chance. Demain, peut-être pas.” Un truc bête, mais ça m’a marqué. Du coup, je regarde mieux maintenant. C’est ça, le vrai rôle : faire prendre conscience.
Le côté humain, c’est ce qui compte
Y a un truc que je trouve génial avec les ASR : ils connaissent leur quartier. Vraiment. L’ASR de Toulouse, celle qui m’a aidé, elle s’appelait Mme Diallo. Elle savait qui habitait où, quel bus arrivait en retard tous les matins, où les gamins traversaient en douce derrière l’école. Elle connaissait même le chien du boulanger, un labrador qui s’appelait Bob. Quand Bob s’échappait, elle le ramenait. Officiellement, c’était pas dans ses attributions. Mais elle le faisait. Parce que, bon, c’est aussi ça, la sécurité : prendre soin du coin où tu vis.
Elle me disait : “Moi, je suis pas là pour punir. Je suis là pour qu’on rentre tous chez nous le soir.” Tu peux pas dire ça comme ça sans que ça te touche un peu.
Et niveau légal, c’est quoi leur pouvoir ?
Ah, bonne question. Parce que bon, ils ont un talkie-walkie, un gilet, mais ils peuvent faire quoi exactement ? Alors déjà : ils ne sont pas des policiers judiciaires. Donc ils peuvent pas t’arrêter, ni perquisitionner. Mais ils ont un statut particulier. Ils sont assermentés, donc ils peuvent constater des infractions — genre stationnement gênant, traversée dangereuse, circulation sur trottoir… Et du coup, ils peuvent établir des procès-verbaux. Pas pour tout, hein. Mais pour les petites choses du quotidien qui font que la route devient un enfer.
Et surtout, ils font remonter l’info. Si y a un passage piéton sans feu, ou un carrefour où il y a trois accidents par mois, ils en parlent. Ils font des rapports. Et parfois, ça bouge. À Toulouse, grâce à Mme Diallo, ils ont mis un feu clignotant près de l’école Jean-Jaurès. Avant, les enfants traversaient en courant. Maintenant, les voitures ralentissent. Un petit truc, mais qui sauve des vies.
Et les policiers, ils pensent quoi d’eux ?
Alors là, c’est un peu le débat. Certains flics voient ça d’un bon œil. “Plus on est de fous, plus on rit”, comme ils disent. D’autres trouvent que c’est de la figuration, que ça banalise la sécurité. Moi, j’ai un pote — enfin, un pote d’un pote — qui est flic à Montpellier. Il m’a dit : “L’ASR, c’est bien tant qu’ils restent dans leur rôle. Quand ils commencent à se prendre pour nous, ça part en cacahuète.”
Je comprends son point. Mais en même temps, ils font un boulot que les flics n’ont plus le temps de faire. Trop de dossiers, trop de pression. L’ASR, lui, il peut passer 10 minutes à discuter avec un ado qui conduit sans permis. Lui expliquer, pas juste lui coller une amende. C’est de la prévention, pas de la répression. Et on en a besoin.
Et toi, tu en as croisé un récemment ?
Franchement, je te pose la question : tu te souviens la dernière fois que t’as vu un ASR ? Moi, maintenant, je les repère tout de suite. Même de loin. Ce petit gilet orange, ce regard calme, un peu fatigué parfois, mais présent. J’ai même commencé à leur parler, parfois. Un “bonjour”, un “vous faites quoi ici ?” — et souvent, ça part sur une discussion.
Y en a un à Lyon, près de la gare Part-Dieu. Il s’appelle Karim. Il m’a dit qu’il fait ça depuis 8 ans. Avant, il était agent de nettoyage. Maintenant, il dit qu’il “sert à quelque chose”. Il connaît les SDF du coin par leur prénom. Il leur donne des masques en hiver, des bouteilles d’eau en été. Officiellement, c’est pas son job. Mais il le fait. Parce que pour lui, la sécurité, c’est aussi ça : prendre soin des gens.
Alors ouais, l’ASR, c’est pas glamour. C’est pas sexy comme métier. Mais sans eux, les rues seraient un peu plus dangereuses, un peu plus froides. Ils sont là, entre l’ordre et le chaos, entre la règle et l’humain. Et parfois, c’est juste ce qu’il faut.
Enfin bref. La prochaine fois que t’en croises un, dis-lui bonjour. Ou au moins, fais pas le con en trottinette. Parce qu’il t’a vu. Et il te connaît déjà.
