C’est quoi “jouer le rôle du père” aujourd’hui ?
J’ai eu cette discussion avec mon pote Karim l’autre jour. Il est père solo de deux ados, et il m’a lancé un truc qui m’a piqué : “Tu sais, parfois j’ai l’impression de jouer un rôle que la société veut me voir jouer, pas forcément celui que mes gosses attendent de moi.”
Et là… bam. Remise en question immédiate.
Le père, c’est juste un “autorité + pourvoyeur” ?
L’image classique, ouais… mais plus trop crédible
Le cliché du père “qui ramène l’argent et pose les règles”, on le connaît tous. Ça date, mais ça colle encore un peu. Moi-même, j’ai grandi avec un papa très “présent-mais-silencieux”. Il bossait beaucoup, il disait peu, et je pensais que c’était ça, un père.
Mais aujourd’hui ? Avec les familles recomposées, les coparentalités, les papas au foyer… ça devient flou. Et peut-être que c’est mieux comme ça.
Parce que le vrai “rôle”, c’est pas une fonction fixe. C’est une présence active, impliquée, sincère. Et ça, franchement, ça peut prendre mille formes.
Qui peut tenir ce rôle, en vrai ?
Le père biologique, évidemment. Mais pas que.
C’est pas une question de génétique. Bien sûr, le papa “de sang” a une place particulière. Mais j’ai vu des beaux-pères, des tontons, même des grands frères endosser ce rôle avec une tendresse et une justesse bluffantes.
Mon neveu, par exemple, a été élevé par son grand-père. Et aujourd’hui, à 20 ans, il parle de lui comme “mon père”. Parce que c’est lui qui l’a accompagné aux matches, aidé à faire ses devoirs, consolé après ses ruptures amoureuses. Et pas le géniteur disparu.
Et les mères ? Parfois, elles le font aussi.
Eh oui. Quand le père est absent (volontairement ou pas), beaucoup de mamans jonglent entre les deux rôles. Et je dis ça sans glorification ni pitié : c’est une réalité. Émotionnellement, physiquement, mentalement, elles gèrent tout.
Mais faut pas non plus leur coller l’étiquette “mère-père” comme si c’était une récompense. C’est une charge, pas un trophée. Et elles le savent trop bien.
Et si le rôle du père, c’était simplement… être là ?
Être là, pas juste “être présent”
Il y a une nuance énorme. Un père peut être là tous les jours mais émotionnellement absent. Et à l’inverse, un père séparé peut jouer un rôle hyper fort s’il est vraiment engagé dans la relation.
J’ai compris ça quand j’ai vu mon collègue Sébastien, divorcé, appeler ses filles tous les soirs sans faute, même quand il était en déplacement pro. Une fois, il s’est excusé en pleine réunion parce que l’une d’elles avait un contrôle de maths le lendemain. Il voulait lui faire réciter ses leçons. Ça, c’est “jouer le rôle du père”, et ça m’a scotché.
Pas besoin d’être parfait. Juste authentique.
C’est tentant de vouloir être “le père idéal” — fort, stable, rassurant, drôle, cultivé, sportif… mais personne n’y arrive. Et tu sais quoi ? Les enfants s’en foutent un peu. Ce qu’ils veulent, c’est un père qui écoute, qui s’excuse quand il foire, qui admet qu’il est paumé parfois.
J’ai mis longtemps à comprendre ça. J’essayais d’être une version boostée de moi-même, jusqu’au jour où ma fille m’a dit : “Tu peux arrêter de faire semblant d’être calme, je vois que t’es stressé.” Et là j’ai éclaté de rire. Parce qu’elle avait raison. Et qu’elle avait pas besoin d’un acteur, juste de son père, tel qu’il est.
Alors… qui joue ce rôle, au fond ?
Celle ou celui qui choisit de le jouer, tous les jours. Sans certitude, sans costume. Avec amour, avec maladresse parfois, avec courage souvent.
On peut débattre des modèles familiaux, des genres, des rôles sociaux… mais au final, un enfant ne demande pas un père parfait. Il demande quelqu’un qui reste, même quand c’est compliqué.
Et ça… c’est un rôle que n’importe qui peut jouer. Mais pas n’importe comment.

