On en parle autour d’un café, hein ?
La biche détale, le petit se fait traîner sur deux mètres dans les cailloux, et moi, je reste là, le cœur en vrac. Le gars, lui, rigole : « Ah bah ouais, il est un peu excité mon Tobby ! » Un peu excité ? Franchement, j’ai eu envie de lui dire : « Tobby, il vient de foutre la trouille du siècle à une mère et son bébé. »
Le truc, c’est que la montagne, c’est pas un parc à chiens
Attends, je suis pas contre les chiens. J’adore les chiens. J’ai grandi avec un vieux border collie, Rex — un amour, mais un chien de troupeau, donc un peu stressant en balade. Il fallait tout le temps gérer. Et tu sais quoi ? Ma sœur, elle voulait l’emmener au Parc national des Écrins l’année dernière. Hop, le garde-champêtre lui dit : « Désolé, pas de chiens. » Elle a pété un plomb. « Mais il est gentil ! Il est sage ! » Et moi, je me suis mordu les lèvres pour pas répondre : « Ouais, mais les marmottes, elles, elles s’en foutent qu’il soit gentil. »
Parce que le vrai problème, c’est que même le chien le plus sage du monde reste un prédateur aux yeux de la faune. Même s’il est en laisse, même s’il obéit. Le simple fait qu’il soit là, qu’il sente, qu’il aboie, qu’il pisse — tout ça, c’est du stress en plus pour les animaux sauvages. Et quand tu multiplies ça par des milliers de randonneurs avec leur toutou… ben la montagne, elle devient un enfer.
Les règles, elles sont là pour une raison
Prends les parcs nationaux en France : Vanoise, Mercantour, Calanques… La plupart interdisent les chiens en liberté, voire totalement sur certaines zones. Et pas juste pour les marmottes. Les chamois, les bouquetins, les oiseaux nicheurs — tout le monde en prend pour son grade.
Un pote garde-moniteur m’a expliqué ça super simplement : « Tu vois, un oiseau qui niche en altitude, il a besoin de calme total. S’il est dérangé une fois, il peut abandonner son nid. Et là, c’est deux ou trois petits qui crèvent. Et ça, à l’échelle du parc, en une saison ? Des dizaines, des centaines de pertes. »
Alors ouais, ton chien, il fait que passer. Mais si tout le monde pense comme ça, ben personne ne respecte les règles, et du coup, tout le monde fout en l’air l’équilibre. C’est le syndrome du « tout le monde le fait » — sauf que tout le monde, ça finit par faire beaucoup de monde.
Mais les chiens, ils aiment la montagne non ?
Attends, je suis d’accord. Mon oncle, lui, il part en rando tous les étés avec son berger des Pyrénées, Médor — enfin, il l’appelle « mon montagnard », très classe. Et Médor, il adore. Il grimpe comme un chamois, il barbotte dans les torrents, il dort comme un bébé. C’est mignon. Mais voilà : ils évitent les zones protégées. Ils restent sur les GR, les chemins balisés, là où c’est autorisé. Et le chien, il est toujours en laisse — même quand il a l’air de rien faire.
Parce que bon, y’a aussi les autres randonneurs. Moi, j’ai un pote claustro, mais en vrai, c’est les chiens qui le stressent. Il a eu une mauvaise expérience gamin. Du coup, quand il voit un chien en liberté qui fonce sur lui, même gentil, il panique. Et tu sais quoi ? Il a le droit de se sentir en sécurité en montagne, lui aussi. C’est un espace partagé, bordel.
Et la loi, elle dit quoi exactement ?
Alors là, c’est un peu le bazar. En France, l’interdiction des chiens dépend des territoires. Dans les parcs nationaux, c’est souvent clair : chiens interdits hors sentiers, ou interdits tout court dans les zones naturelles sensibles. Mais dans les forêts domaniales ou les réserves naturelles, ça varie. Parfois, c’est autorisé en laisse. Parfois non.
Et devine quoi ? Beaucoup de gens s’en foutent. Ils mettent un panneau, mais y’a personne pour vérifier. Du coup, les gardes, ils sont débordés. Et les chiens, ils continuent de courir partout. Moi, je me demande : si on respectait juste les règles existantes, est-ce qu’on aurait besoin de nouvelles lois ? Probablement pas.
Et si on parlait responsabilité ?
Parce que bon, je vais te dire un truc un peu chelou : j’ai déjà croisé des gens qui disaient : « De toute façon, mon chien, il obéit à 100 %. » 100 % ? Sérieux ? Même face à un lièvre qui détale à 3 mètres ? Même si un corbeau pique un truc dans ton sac ? Même si un autre chien aboie au loin ?
Non mais attends, les chiens, c’est pas des robots. C’est des animaux. Avec des instincts. Même dressés, ils peuvent péter un câble en 0,2 seconde. Et là, tu te retrouves avec une chamois blessée, un troupeau de moutons en panique, ou un vieux qui tombe en essayant d’éviter ton golden retriever surexcité.
Vu comme ça, c’est pas vraiment de la liberté, hein ? C’est de l’irresponsabilité déguisée en amour pour les animaux.
Et nous, on fait quoi du coup ?
Alors je te propose pas de laisser ton chien à la maison toute l’année. Mais peut-être juste choisir les bons endroits. Moi, j’ai une copine, elle habite à Annecy, elle va rando avec son border, Chouk. Mais elle vérifie toujours : « Est-ce que c’est autorisé ici ? En laisse ? Y’a des périodes sensibles ? » Elle va sur les sites des parcs, elle appelle parfois. Elle est relou, mais honnêtement ? C’est ce qu’il faudrait que tout le monde fasse.
Et puis, il y a des tonnes de chemins, de forêts, de collines où les chiens sont autorisés. Pourquoi vouloir absolument forcer là où c’est interdit ? La montagne, c’est pas une course au sommet, c’est aussi un lieu de respect.
En vrai, c’est une question de respect, non ?
Ouais. C’est ça. Respect de la faune. Respect des autres. Respect des lieux. Parce que sinon, on finit par tout détruire petit à petit. Et un jour, plus de marmottes, plus de chamois, plus de silence… et des chiens partout. Un peu triste, non ?
Alors la prochaine fois que tu veux monter avec ton toutou, pose-toi juste deux questions : Est-ce que c’est autorisé ? Et est-ce que ça va perturber quelqu’un — ou quelque chose — ?
Parce que franchement, on peut aimer les chiens et aimer la montagne. Mais pas en sacrifiant l’un pour l’autre.
Enfin bref. Moi, je dis ça, je dis rien. Mais si tu croises une biche avec son petit… laisse-les tranquilles. Même si ton Tobby a super envie de jouer.
