Le cas Jacob Zuma ou la polygamie assumée au sommet de l'État
On ne peut pas traiter ce sujet sans s'arrêter longuement sur l'Afrique du Sud. Là-bas, la tradition zouloue permet la polygamie, et Jacob Zuma ne s'en est jamais caché, bien au contraire. Durant ses deux mandats, de 2009 à 2018, il a géré un foyer pour le moins inhabituel pour ses homologues internationaux. Jacob Zuma a été marié six fois au total et, lors de son passage à la présidence, il comptait officiellement quatre épouses à ses côtés. C'est un record de logistique protocolaire qui a souvent donné des sueurs froides aux services diplomatiques étrangers lors des visites officielles.
Une gestion protocolaire qui frise le casse-tête chinois
Imaginez un instant le bazar pour les dîners d'État. Qui doit s'asseoir à la droite du président ? Laquelle des premières dames doit accompagner le chef d'État lors d'un sommet du G20 ? Le gouvernement sud-africain avait tranché de manière assez pragmatique en instaurant un système de rotation. Chaque épouse avait son tour de garde, si l'on peut dire, pour les événements publics. On est loin du compte des standards occidentaux, et pourtant, cela fonctionnait selon une logique culturelle parfaitement intégrée par une partie de la population locale, même si la jeunesse urbaine critiquait ouvertement ce modèle coûteux pour les finances publiques.
Le coût financier d'une famille présidentielle XXL
C'est précisément là que le bât blesse. Entretenir quatre épouses et plus de 21 enfants avec l'argent du contribuable n'est pas passé inaperçu. Les chiffres donnent le tournis : le budget alloué au "Spousal Office" (le bureau des épouses) a bondi de plusieurs millions de rands durant sa présidence. Je reste convaincu que cette question de l'argent a pesé autant, sinon plus, que la question morale dans la chute de sa popularité. On ne parle pas ici de simples frais de bouche, mais de résidences sécurisées, de gardes du corps et de voyages internationaux pour une tribu entière.
Les présidents américains et la valse des remariages
Aux États-Unis, la situation est différente. Aucun président n'a eu deux femmes en même temps, car la loi est limpide sur la bigamie. Par contre, plusieurs ont eu deux épouses successives durant leur passage à la Maison-Blanche, ce qui crée une confusion fréquente dans les recherches historiques. Le cas le plus célèbre reste sans doute celui de John Tyler. En 1842, sa première femme, Letitia, meurt d'un accident vasculaire cérébral. Tyler ne reste pas veuf bien longtemps. Deux ans plus tard, en 1844, il se remarie avec Julia Gardiner, de 30 ans sa cadette. C'était la première fois qu'un président se mariait pendant qu'il était en fonction. Le scandale fut énorme à l'époque, non pas pour la légalité de l'acte, mais pour la rapidité du deuil.
Woodrow Wilson et le secret de la First Lady de l'ombre
Wilson est un autre exemple fascinant. Sa première épouse, Ellen, décède en 1914. Un an plus tard, il épouse Edith Bolling Galt. Pourquoi est-ce important ? Parce qu'Edith Wilson est souvent surnommée la "première femme présidente". Lorsque Woodrow subit une attaque cérébrale majeure en 1919, c'est elle qui filtre les dossiers, décide de qui voit le président et gère quasiment les affaires courantes. Là, on n'est plus dans le simple cadre matrimonial, on touche au pouvoir pur. Elle a littéralement pris les rênes, et honnêtement, c'est flou de savoir jusqu'où son influence s'est réellement étendue dans le Bureau ovale.
Donald Trump et la succession des mariages
On n'y pense pas assez, mais Donald Trump est l'un des rares présidents à être arrivé au pouvoir avec un CV matrimonial déjà bien rempli. Trois mariages au compteur. Si Melania était l'unique épouse officielle durant son mandat, la présence médiatique de sa première femme, Ivana, et les rumeurs persistantes sur sa vie privée ont souvent donné l'impression d'une famille éclatée mais omniprésente. Mais attention, ici on parle de mariages séquentiels. La nuance est de taille. Les États-Unis ne plaisantent pas avec la monogamie légale, même si la morale privée des présidents a souvent été, disons, élastique.
François Mitterrand : la double vie comme art politique
En France, on a une approche très particulière de la vie privée des dirigeants. "On s'en fout", diront certains avec une pointe de fierté gauloise. Pourtant, l'affaire François Mitterrand a marqué une rupture. Pendant ses deux septennats, soit 14 ans de pouvoir, il a mené une existence scindée en deux. D'un côté, Danielle Mitterrand, l'épouse officielle, la compagne des luttes politiques. De l'autre, Anne Pingeot, la femme de l'ombre, et leur fille Mazarine. Mitterrand avait deux familles, deux foyers, financés en partie par les fonds secrets de l'Élysée. C'est un secret de Polichinelle qui n'a été révélé au grand public qu'en 1994 par le magazine Paris Match.
Le choc de la révélation et l'hypocrisie médiatique
Le truc, c'est que tout le milieu journalistique parisien savait. Mais personne ne disait rien. Pourquoi ? Parce qu'une forme de pacte tacite existait entre le pouvoir et la presse. Ce n'est qu'à la fin de son second mandat que la digue a lâché. Je trouve ça fascinant de voir comment un homme a pu maintenir cet équilibre précaire pendant trois décennies sans que rien ne fuite officiellement. La photo de Mazarine sortant d'un restaurant avec son père a tout changé. Elle a humanisé le président tout en soulevant des questions éthiques majeures sur l'utilisation des moyens de l'État pour protéger une vie clandestine.
La logistique de la double vie élyséenne
Maintenir deux foyers demande une organisation millimétrée. Des chauffeurs, des gardes du corps du GSPR (Groupe de sécurité de la présidence de la République) affectés à deux adresses différentes. Le coût pour le contribuable n'a jamais été officiellement chiffré, mais il est colossal. On parle de logements de fonction mis à disposition, de protection 24h/24 pour une enfant dont l'existence même était niée par l'administration. C'est là que la "vie privée" devient une affaire d'État.
Les erreurs courantes : ne confondez pas épouses et maîtresses
Il faut mettre les points sur les i. Avoir plusieurs femmes n'est pas la même chose qu'être polygame. Beaucoup d'internautes cherchent "quel président avait deux épouses" en pensant à John F. Kennedy ou à Bill Clinton. Sauf que là, on parle d'infidélités, pas de statut matrimonial. La différence est juridique. Un président polygame comme Zuma a des obligations légales envers toutes ses femmes. Un président volage comme JFK n'en a qu'envers une seule. La confusion vient souvent du fait que certaines maîtresses ont eu un rôle politique tellement prépondérant qu'elles ont fini par occulter l'épouse légitime dans l'imaginaire collectif.
Andrew Jackson et le scandale de la bigamie involontaire
C'est une histoire incroyable que l'on oublie souvent. En 1828, lors de la campagne présidentielle, les adversaires d'Andrew Jackson l'ont accusé d'être un adultère et un bigame. Pourquoi ? Parce que sa femme, Rachel, pensait être divorcée de son premier mari lorsqu'elle a épousé Jackson. Sauf que les papiers n'avaient pas été finalisés. Technique, non ? Mais à l'époque, c'était une bombe atomique politique. Rachel est morte de chagrin quelques jours après l'élection, avant même l'investiture. Jackson a passé sa présidence à maudire ceux qui avaient traîné le nom de sa femme dans la boue. Comme quoi, une erreur administrative peut briser une destinée.
Warren G. Harding et les lettres de l'ombre
Harding est souvent classé parmi les pires présidents américains, et sa vie privée n'a rien arrangé. Marié à Florence Harding, il entretenait une relation suivie avec Nan Britton, avec qui il a eu une fille. Le scandale n'a éclaté qu'après sa mort, mais il illustre bien cette tendance des présidents à vouloir "beurrer leur tartine des deux côtés", pour utiliser une expression un peu familière. Mais encore une fois, juridiquement, il n'avait qu'une seule épouse. La nuance est capitale pour comprendre les mécanismes du pouvoir.
Pourquoi la polygamie présidentielle est-elle si rare ?
Reste que, globalement, la figure du couple présidentiel monogame est un standard mondial quasi intouchable. Pourquoi ? Parce que c'est un outil de diplomatie. Un président avec plusieurs épouses, c'est un cauchemar pour les services de sécurité étrangers et une source de critiques pour les organisations de défense des droits des femmes. La polygamie est souvent perçue, à tort ou à raison, comme un archaïsme incompatible avec la modernité politique. Même dans les pays où elle est légale, les chefs d'État ont tendance à se présenter avec une seule "First Lady" pour lisser leur image à l'international.
La pression de l'image internationale
Prenez les dirigeants du Golfe ou certains rois africains. Ils ont souvent plusieurs épouses, mais lors des voyages officiels à Washington, Paris ou Londres, ils n'en emmènent qu'une. C'est une forme de camouflage culturel. Jacob Zuma a été l'exception qui confirme la règle, en refusant de plier ses traditions aux exigences de l'étiquette occidentale. C'était un acte politique en soi, une affirmation de son identité zouloue face au reste du monde.
L'évolution des mœurs et le cas français récent
La France a encore innové avec François Hollande. Pas d'épouse, mais une compagne officielle (Valérie Trierweiler), puis une rupture fracassante en plein mandat pour une autre relation (Julie Gayet). On n'est pas dans la polygamie, mais dans ce que les sociologues appellent la "monogamie sérielle rapide". Le problème, c'est que nos institutions sont construites sur le modèle du couple stable. Quand le cadre explose, c'est toute la machine élyséenne qui s'enraye. Résultat : le statut de "Première Dame" est devenu un sujet de débat national alors qu'il n'a aucune existence juridique.
Questions fréquentes sur les présidents et leurs épouses
Quel président américain a eu le plus de femmes ?
Si l'on parle de mariages successifs, c'est Donald Trump avec trois épouses (Ivana, Marla et Melania). Si l'on parle de liaisons, la liste s'allonge considérablement et devient plus spéculative, mais Kennedy et Roosevelt sont souvent cités en tête de peloton.
Est-il légal pour un président d'être polygame ?
Tout dépend du pays. En Afrique du Sud ou dans certains pays du Moyen-Orient, c'est parfaitement légal et constitutionnel. En Europe ou aux États-Unis, c'est un délit pénal. Un président qui tenterait de se marier deux fois sans divorcer serait immédiatement destitué et poursuivi.
Qui était la plus jeune épouse d'un président ?
Frances Cleveland détient le record aux États-Unis. Elle avait 21 ans lorsqu'elle a épousé Grover Cleveland à la Maison-Blanche en 1886. Lui en avait 49. C'est une autre forme de "scandale" qui a beaucoup fait jaser à l'époque.
Un président peut-il divorcer pendant son mandat ?
Oui, c'est possible, mais c'est un suicide politique dans beaucoup de pays conservateurs. En France, Nicolas Sarkozy l'a fait en 2007, divorçant de Cécilia pour épouser Carla Bruni quelques mois plus tard. C'était une première sous la Ve République et cela a profondément modifié le rapport des Français à la vie privée de leur président.
L'essentiel à retenir
Au final, si vous devez retenir un nom pour la question "quel président avait deux épouses", c'est celui de Jacob Zuma pour la polygamie officielle, ou de John Tyler et Woodrow Wilson pour le cumul de deux épouses successives durant un même mandat. Le cas de François Mitterrand reste à part : il n'avait qu'une seule épouse légale, mais deux vies de famille menées de front avec une rigueur quasi administrative. La réalité, c'est que le pouvoir est un puissant aphrodisiaque qui s'accommode souvent assez mal des limites imposées par le mariage traditionnel. Que ce soit par tradition culturelle ou par choix personnel caché, ces chefs d'État ont prouvé que la gestion d'un pays est parfois moins complexe que la gestion de leur propre foyer. Mais n'allez pas croire que c'est la norme : pour la majorité des dirigeants, une seule épouse suffit largement à remplir l'agenda et à occuper les colonnes de la presse people.

