Pour comprendre ces dynamiques, il faut d'abord distinguer les postures déclaratives des actes concrets. Parce que, soyons honnêtes, les discours politiques regorgent de promesses qui ne résistent pas toujours à l'épreuve des faits. Entre les pays qui brandissent la menace migratoire comme un épouvantail électoral et ceux qui, malgré leurs discours, finissent par signer des accords avec l'UE, la réalité est bien plus nuancée qu'on ne le croit. Alors, qui sont vraiment les pays qui mènent la fronde contre l'immigration en Europe ? Et surtout, pourquoi leurs positions diffèrent-elles autant ?
Immigration en Europe : de quoi parle-t-on exactement ? Quand la définition devient un champ de bataille politique
Avant de dresser une liste, encore faut-il savoir de quoi on parle. L'immigration, c'est un mot-valise qui recouvre des réalités multiples : demandeurs d'asile fuyant la guerre, travailleurs étrangers en quête d'un emploi, étudiants internationaux, ou encore ressortissants de l'UE qui s'installent dans un autre pays membre. Autant le dire clairement : cette diversité de situations brouille souvent le débat. Et c'est là que le bât blesse.
La distinction cruciale entre immigration économique et demande d'asile
Les pays européens ne réagissent pas de la même manière face à ces deux types de flux. Prenez l'Allemagne : elle a accueilli plus d'un million de migrants en 2015, principalement des réfugiés syriens, ce qui a provoqué une crise politique majeure et la montée de l'AfD. Pourtant, Berlin reste très ouverte aux travailleurs qualifiés, notamment dans les secteurs en tension comme la santé ou l'ingénierie. Autre exemple, la Hongrie. Viktor Orbán a fait de l'opposition à l'immigration son fonds de commerce politique, mais il est bien plus tolérant envers les travailleurs ukrainiens – une main-d'œuvre souvent peu qualifiée, mais qui ne menace pas, selon lui, l'identité nationale. Le truc c'est que, dans ce pays, la frontière entre "bon" et "mauvais" immigrant dépend moins de la légalité de leur statut que de leur origine ethnique et religieuse. Et ça, c'est un problème.
L'espace Schengen : un leurre pour les migrants ?
L'espace Schengen, souvent présenté comme un symbole de liberté de circulation, est en réalité un casse-tête pour les migrants. Une fois entrés dans l'UE – généralement via l'Italie, la Grèce ou l'Espagne –, ils peuvent théoriquement se déplacer librement dans 26 pays. Sauf que, dans les faits, les contrôles aux frontières intérieures se sont multipliés depuis 2015. La France rétablit régulièrement des contrôles à ses frontières avec l'Italie ou l'Espagne, officiellement pour lutter contre le "terrorisme". Sauf que, dans les faits, ces mesures visent surtout à bloquer les migrants en transit. Résultat : des milliers de personnes se retrouvent bloquées dans des "zones tampons", comme à Calais, où les conditions de vie relèvent parfois de l'humanitaire d'urgence.
Et puis, il y a cette contradiction : l'UE finance des programmes comme Frontex pour surveiller les frontières extérieures, tout en exigeant des États membres qu'ils respectent le droit d'asile. Autant dire que les migrants se retrouvent pris en étau entre deux logiques qui, in fine, se renforcent mutuellement. On n'y pense pas assez : ces politiques ont un coût humain et financier exorbitant, mais aussi des conséquences géopolitiques. Quand la Pologne refuse d'accueillir des migrants relocalisés depuis l'Italie ou la Grèce, elle envoie un signal clair : l'Europe n'est pas une maison commune, mais un club où chacun fait valoir ses intérêts.
La Hongrie de Viktor Orbán : le laboratoire de l'anti-immigration radicale
Si un pays incarne la résistance à l'immigration en Europe, c'est bien la Hongrie. Depuis 2010, Viktor Orbán et son parti Fidesz ont transformé ce sujet en pilier de leur idéologie. Et leur approche est radicale, pour ne pas dire brutale.
Une politique migratoire construite sur la peur de l'autre
Dès 2015, la Hongrie a érigé une clôture de 175 km le long de sa frontière avec la Serbie, équipée de caméras thermiques et de forces de police en nombre. Le message était clair : l'immigration est une menace existentielle. Orbán a même fait campagne sur le thème du "remplacement" – une théorie du complot selon laquelle les migrants musulmans chercheraient à remplacer les populations européennes. Là où ça coince, c'est que cette rhétorique a trouvé un écho bien au-delà des frontières hongroises. En Pologne, en Slovaquie, et même en Autriche, des partis d'extrême droite ont repris à leur compte ce discours.
Et puis, il y a les chiffres. En 2022, la Hongrie a enregistré seulement 21 000 demandes d'asile, un chiffre dérisoire comparé à l'Allemagne (148 000) ou à la France (137 000). Pourtant, Orbán brandit ce faible nombre comme une preuve de son succès. Sauf que, dans le même temps, son gouvernement a durci les conditions d'obtention du statut de réfugié. Depuis 2018, les demandeurs d'asile doivent prouver qu'ils sont persécutés "individuellement" – une exigence quasi impossible à remplir pour des personnes fuyant des conflits généralisés. Résultat : le taux d'acceptation des demandes d'asile en Hongrie est tombé à moins de 5 % en 2023, contre près de 40 % en moyenne dans l'UE.
L'Europe face à la stratégie d'Orbán : entre lâcheté et calcul politique
La question hongroise divise profondément l'Union européenne. La Commission européenne a lancé plusieurs procédures d'infraction contre Budapest pour non-respect du droit d'asile, mais sans jamais aller jusqu'à la suspension des fonds européens – une mesure qui, en théorie, est possible depuis le traité de Lisbonne. Car, dans les coulisses, certains États membres préfèrent fermer les yeux sur les dérives hongroises. Pourquoi ? Parce que Orbán est devenu un allié précieux dans la bataille contre l'immigration. En 2020, il a bloqué l'adoption du budget européen et du plan de relance post-Covid tant que les conditionnalités liées à l'État de droit n'étaient pas supprimées. Autrement dit, il a monnayé son soutien contre une immunité politique.
Et puis, il y a cette ironie cruelle : la Hongrie a besoin des fonds européens pour survivre économiquement, mais elle en dépense une partie pour financer sa propagande anti-immigration. En 2021, Budapest a ainsi consacré 30 millions d'euros à une campagne publicitaire intitulée "Stop Soros", du nom du milliardaire américain d'origine hongroise George Soros, accusé par Orbán de vouloir "inonder l'Europe de migrants". Une dépense qui donne le vertige quand on sait que le salaire moyen en Hongrie est de 1 200 euros par mois.
Le cas des travailleurs ukrainiens : une exception qui confirme la règle
Malgré sa rhétorique anti-immigration, la Hongrie a accueilli plus de 1 million de réfugiés ukrainiens depuis le début de la guerre en 2022. Une contradiction ? Pas pour Orbán. Lui justifie cette ouverture par le fait que les Ukrainiens sont "proches culturellement" des Hongrois – une affirmation pour le moins contestable. Autant dire que, cette politique à deux vitesses illustre bien la façon dont l'opposition à l'immigration en Europe est souvent sélective. Les migrants "utiles" sont bienvenus. Les autres, pas tant que ça.
La Pologne : entre discours anti-migrants et dépendance économique aux travailleurs étrangers
Si la Hongrie est le laboratoire de l'anti-immigration en Europe, la Pologne est devenue son épicentre politique. Depuis l'arrivée au pouvoir du parti Droit et Justice (PiS) en 2015, le pays a adopté une position de plus en plus dure contre l'immigration. Pourtant, derrière les discours, la réalité est bien plus complexe.
Le PiS et l'immigration : un virage à 180 degrés
Avant 2015, la Pologne était plutôt accueillante envers les migrants. En 2013, elle avait même voté en faveur de la relocalisation de 120 000 demandeurs d'asile depuis l'Italie et la Grèce. Mais tout a changé avec l'arrivée au pouvoir de Jarosław Kaczyński et de son parti. Aujourd'hui, Varsovie refuse catégoriquement toute forme de quotas migratoires imposés par l'UE. En 2018, le gouvernement polonais a même organisé des "zones libres de migrants" dans certaines villes, une initiative largement symbolique, mais qui a marqué les esprits.
Et puis, il y a les chiffres. En 2022, la Pologne a enregistré seulement 12 000 demandes d'asile, un chiffre ridiculement bas pour un pays de 38 millions d'habitants. Pourtant, le pays manque cruellement de main-d'œuvre. Selon la chambre de commerce polonaise, il manquait 300 000 travailleurs dans le pays en 2023, un chiffre qui pourrait atteindre 700 000 d'ici 2025. Alors, comment expliquer cette contradiction ?
Une économie addictive aux travailleurs étrangers
La réponse est simple : la Pologne a massivement recours à la main-d'œuvre immigrée... mais de manière discrète. Depuis 2014, le pays a attiré des centaines de milliers de travailleurs ukrainiens, biélorusses et moldaves, souvent en situation irrégulière. Ces travailleurs occupent des emplois dans la construction, l'agriculture, ou encore les soins à domicile, des secteurs où les Polonais refusent de travailler. Le problème, c'est que cette dépendance crée une forme de schizophrénie politique. D'un côté, le gouvernement affiche une posture anti-immigration. De l'autre, il ferme les yeux sur l'emploi massif de travailleurs étrangers, souvent exploités et sans papiers.
Et puis, il y a la question des réfugiés ukrainiens. Depuis le début de la guerre en 2022, plus de 1 million d'Ukrainiens ont trouvé refuge en Pologne. Une ouverture qui contraste avec la fermeture envers les migrants d'Afrique ou du Moyen-Orient. Pourtant, cette générosité a un coût : Varsovie dépense des milliards d'euros pour accueillir ces réfugiés, tout en refusant de participer aux programmes de relocalisation de l'UE pour les autres migrants. Une politique qui, là encore, révèle une approche à géométrie variable.
Le mur anti-migrants à la frontière biélorusse : un symbole coûteux
En 2021, la Pologne a construit un mur de 60 km le long de sa frontière avec la Biélorussie, officiellement pour empêcher l'arrivée de migrants en provenance d'Irak, d'Afghanistan ou de Syrie. Coût de l'opération : 350 millions d'euros. Un investissement qui, selon les experts, n'a eu qu'un impact limité sur les flux migratoires. Car, dans le même temps, des milliers de migrants continuent d'entrer en Pologne par d'autres voies, notamment via l'aéroport de Varsovie.
Et puis, il y a l'ironie : ce mur a été construit avec l'aide de l'UE, qui a débloqué 30 millions d'euros pour financer le projet. Autrement dit, l'Europe paie pour que la Pologne puisse afficher une posture anti-immigration radicale. Une situation qui en dit long sur les divisions au sein de l'Union.
L'Italie : entre populisme anti-migrants et dépendance économique à la main-d'œuvre étrangère
En Italie, l'immigration est devenue un sujet toxique. Depuis des décennies, le pays est une porte d'entrée majeure pour les migrants en provenance d'Afrique et du Moyen-Orient. Résultat : un tiers des Italiens considèrent l'immigration comme le problème numéro un du pays, selon un sondage Ipsos de 2023. Pourtant, derrière les discours enflammés des partis d'extrême droite, la réalité italienne est bien plus nuancée.
Le rôle central de la Méditerranée dans les flux migratoires européens
L'Italie est le pays européen qui reçoit le plus de migrants en provenance d'Afrique. En 2023, plus de 160 000 personnes ont débarqué sur ses côtes, principalement depuis la Libye et la Tunisie. Une situation qui a mis le pays sous pression, notamment sur le plan politique. Depuis 2018, plusieurs gouvernements italiens ont tenté de durcir leur politique migratoire, avec des résultats mitigés.
Le gouvernement de Giorgia Meloni, en place depuis 2022, a fait de la lutte contre l'immigration une priorité. Elle a multiplié les accords avec des pays comme la Libye ou la Tunisie pour externaliser le contrôle des frontières. Elle a aussi durci les conditions d'accueil des migrants, en réduisant les places dans les centres d'accueil et en facilitant les expulsions. Résultat : le nombre d'arrivées a légèrement diminué en 2023, mais le nombre de morts en Méditerranée a, lui, explosé. Selon l'ONU, plus de 2 500 personnes ont péri en mer en 2023, un chiffre record depuis 2016.
Et puis, il y a cette réalité que beaucoup oublient : l'Italie a besoin de la main-d'œuvre immigrée. Selon l'Institut national italien de la statistique (Istat), les étrangers représentent 9 % de la population active du pays, un chiffre qui atteint 20 % dans les grandes villes comme Milan ou Rome. Sans eux, de nombreux secteurs – agriculture, hôtellerie, soins à domicile – s'effondreraient.
La Lega et Fratelli d'Italia : deux visages de l'anti-immigration italienne
Les deux principaux partis anti-migrants en Italie sont la Lega, dirigée par Matteo Salvini, et Fratelli d'Italia, le parti de Giorgia Meloni. Leurs discours sont tout aussi radicaux, mais leurs méthodes diffèrent.
Salvini, qui a été ministre de l'Intérieur de 2018 à 2019, est connu pour ses positions les plus dures. En 2019, il a refusé d'accueillir un navire de migrants, le Sea-Watch 3, et a menacé de faire tirer sur les ONG qui sauvaient des migrants en Méditerranée. Une posture qui lui a valu une inculpation pour séquestration, mais aussi une popularité record dans les sondages. Meloni, elle, a adopté une approche plus subtile. Elle a évité les provocations de Salvini, mais a durci les lois migratoires, notamment en facilitant les expulsions et en réduisant les droits des demandeurs d'asile.
Pourtant, malgré leurs discours, ni Salvini ni Meloni n'ont réussi à réduire significativement les arrivées de migrants. En 2023, l'Italie a enregistré plus de 130 000 demandes d'asile – un chiffre en hausse par rapport à 2022. Autrement dit, on est loin du compte.
Les centres d'accueil : un système à bout de souffle
L'Italie compte plus de 1 800 centres d'accueil pour migrants, des structures souvent surpeuplées et mal gérées. En 2023, le gouvernement Meloni a réduit de 30 % le budget alloué à ces centres, ce qui a provoqué une crise humanitaire dans certaines régions. Résultat : des milliers de migrants se retrouvent à la rue, sans accès aux soins ni à la nourriture. Une situation qui a poussé plusieurs maires, comme celui de Naples, à ouvrir des cantines solidaires pour nourrir les migrants affamés.
Et puis, il y a l'absurdité de la situation : l'Italie dépense des milliards d'euros pour externaliser le contrôle de ses frontières, mais peine à intégrer les migrants déjà présents sur son territoire. Selon Caritas, une ONG catholique, seulement 10 % des demandeurs d'asile obtiennent une protection internationale après cinq ans de procédure. Le reste se retrouve dans une forme de précarité administrative, condamnés à travailler au noir pour survivre.
L'Autriche : entre peur de l'islam et dépendance aux travailleurs étrangers
En Autriche, l'immigration est un sujet qui divise profondément la société. Depuis des années, le pays est le théâtre de violentes manifestations contre la présence musulmane, portées par le parti FPÖ (Parti de la liberté), un mouvement d'extrême droite ouvertement anti-immigration. Pourtant, comme en Pologne ou en Italie, la réalité économique du pays contredit souvent les discours politiques.
Le FPÖ : un parti qui a normalisé l'anti-immigration
Fondé en 1956 par d'anciens nazis, le FPÖ a longtemps été un parti marginal. Mais depuis les années 2000, il a su capitaliser sur les peurs liées à l'immigration pour devenir une force politique majeure. En 2017, il a obtenu 26 % des voix aux législatives, un score historique. Et depuis, son influence ne cesse de grandir. En 2023, le FPÖ est crédité de 30 % dans les sondages, devant les deux grands partis traditionnels, le SPÖ (sociaux-démocrates) et l'ÖVP (conservateurs).
Le parti a fait de la lutte contre l'islam son cheval de bataille. En 2017, il a lancé une campagne intitulée "L'islamisation? Non merci !", reprenant un slogan popularisé par les mouvements d'extrême droite européens. Il a aussi milité pour l'interdiction du voile islamique dans l'espace public, une mesure finalement adoptée en 2017. Une loi qui, selon ses détracteurs, stigmatise une partie de la population sans résoudre les problèmes de fond.
Et puis, il y a les chiffres. En 2022, l'Autriche a enregistré 115 000 demandes d'asile, un chiffre en hausse de 60 % par rapport à 2021. Pourtant, le gouvernement autrichien a durci les conditions d'obtention du statut de réfugié, en réduisant les délais de traitement des demandes et en facilitant les expulsions. Résultat : le taux d'acceptation est tombé à 23 %, contre 40 % en moyenne dans l'UE.
Une économie qui dépend des travailleurs étrangers
Malgré son discours anti-immigration, l'Autriche a massivement recours à la main-d'œuvre étrangère. Selon l'Office statistique autrichien, les étrangers représentent 17 % de la population active du pays, un chiffre qui atteint 30 % dans les grandes villes comme Vienne. Sans eux, des secteurs comme l'hôtellerie, la construction ou les soins à domicile s'effondreraient.
Le problème, c'est que cette dépendance crée une forme de schizophrénie politique. D'un côté, le gouvernement autrichien affiche une posture anti-immigration radicale. De l'autre, il ferme les yeux sur l'emploi massif de travailleurs étrangers, souvent exploités et sans papiers. En 2023, une enquête de l'ONG Caritas a révélé que plus de 200 000 travailleurs étrangers en Autriche étaient en situation irrégulière, principalement originaires des Balkans et de Turquie.
Et puis, il y a la question des réfugiés ukrainiens. Depuis le début de la guerre en 2022, plus de 100 000 Ukrainiens ont trouvé refuge en Autriche. Une ouverture qui contraste avec la fermeture envers les migrants d'Afrique ou du Moyen-Orient. Pourtant, cette générosité a un coût : Vienne dépense des centaines de millions d'euros pour accueillir ces réfugiés, tout en refusant de participer aux programmes de relocalisation de l'UE pour les autres migrants.
Le modèle viennois : entre intégration et rejet
Vienne est souvent présentée comme un modèle d'intégration des migrants. Pourtant, la réalité est bien plus contrastée. La ville compte plus de 30 % d'habitants issus de l'immigration, principalement des Turcs, des Serbes et des Syriens. Pourtant, les inégalités sociales entre Autrichiens et étrangers restent criantes. Selon une étude de l'Université de Vienne, un enfant issu de l'immigration a deux fois moins de chances de réussir à l'école qu'un enfant autrichien.
Et puis, il y a l'absurdité de la situation : Vienne dépense des millions d'euros pour des programmes d'intégration, mais peine à lutter contre les discriminations à l'embauche. En 2023, une enquête de l'ONG SOS Mitmensch a révélé que 40 % des employeurs autrichiens refusaient d'embaucher des candidats portant un nom à consonance étrangère. Une preuve, s'il en était besoin, que l'intégration ne se décrète pas.
La Suède : quand le modèle social-démocrate vacille face à l'immigration
La Suède a longtemps incarné le modèle de l'intégration réussie. Avec son système de protection sociale généreux et son approche inclusive, le pays scandinave était considéré comme une référence en matière d'accueil des migrants. Pourtant, depuis une dizaine d'années, cette image de marque a été sérieusement écornée. Et c'est là que ça devient fascinant.
Le tournant populiste de 2015
En 2015, la Suède a accueilli plus de 160 000 demandeurs d'asile, principalement en provenance de Syrie, d'Irak et d'Afghanistan. Un record pour un pays de 10 millions d'habitants. Cette arrivée massive a provoqué une crise politique et sociale sans précédent. Les partis d'extrême droite, comme les Démocrates de Suède, ont surfé sur la peur de l'immigration pour monter dans les sondages. Résultat : en 2022, ils sont devenus la deuxième force politique du pays, avec 20 % des voix.
Depuis, la Suède a radicalement durci sa politique migratoire. En 2021, le gouvernement de centre-droit a adopté une loi permettant de refuser les permis de séjour pour des motifs liés à "l'intégration" des migrants – une notion floue qui donne une grande marge d'interprétation aux autorités. Résultat : le nombre de demandes d'asile a chuté de 70 % entre 2015 et 2023. Pourtant, le pays continue d'accueillir des milliers de migrants chaque année, principalement via des programmes de regroupement familial ou des quotas humanitaires.
Un système d'accueil en crise
La Suède a longtemps été fière de son système d'accueil des migrants, avec des logements sociaux, des cours de langue et des programmes d'intégration professionnelle. Pourtant, depuis 2015, ce système est sous tension. Les centres d'accueil sont saturés, les délais pour obtenir un logement social s'allongent, et les inégalités entre Suédois et migrants se creusent.
Selon une étude de l'Université de Stockholm, le taux de pauvreté chez les migrants est trois fois plus élevé que chez les Suédois. Et puis, il y a la question de la ségrégation urbaine. Dans certaines villes comme Malmö, les quartiers à forte concentration d'immigrés sont devenus des ghettos, où la criminalité et le chômage battent des records. Une situation qui a poussé le gouvernement à lancer en 2023 un plan de "déségrégation" controversé, consistant à disperser les migrants dans des villes moins touchées par la pauvreté.
Et puis, il y a le paradoxe suédois : malgré ses lois anti-immigration, le pays continue d'accueillir des milliers de migrants chaque année. En 2023, la Suède a enregistré plus de 30 000 demandes d'asile, un chiffre en hausse par rapport à 2022. Une preuve, s'il en était besoin, que les politiques migratoires ne peuvent pas se contenter de durcir les lois sans s'attaquer aux causes profondes des migrations.
Le modèle des "zones à risque" : une mesure controversée
En 2023, le gouvernement suédois a classé 60 quartiers comme "zones à risque", principalement en raison de la forte concentration de migrants et de la criminalité qui y règne. Dans ces zones, les policiers ont des pouvoirs élargis, et les aides sociales peuvent être réduites pour les familles qui refusent de coopérer avec les autorités. Une mesure qui, selon ses détracteurs, stigmatise encore davantage les migrants et risque d'aggraver les tensions sociales.
Pourtant, le gouvernement défend cette politique au nom de la "sécurité". Car, dans les faits, la criminalité dans ces quartiers est bien réelle. Selon la police suédoise, les crimes violents y sont deux fois plus fréquents que dans le reste du pays. Mais comme souvent en matière d'immigration, les solutions ne sont pas aussi simples qu'il y paraît.
Les pays qui résistent : pourquoi la France, l'Allemagne et l'Espagne ne font pas partie du même camp
Si la Hongrie, la Pologne, l'Italie, l'Autriche et la Suède incarnent la fronde anti-immigration en Europe, d'autres pays adoptent des positions bien différentes. La France, l'Allemagne et l'Espagne, par exemple, sont souvent présentées comme des bastions de l'accueil des migrants. Pourtant, leurs politiques migratoires sont bien plus nuancées qu'il n'y paraît.
L'Allemagne : entre accueil généreux et montée des tensions
L'Allemagne a été le premier pays européen à ouvrir largement ses frontières aux migrants en 2015. Avec plus d'un million de demandeurs d'asile accueillis cette année-là, Berlin est devenu le symbole de la solidarité européenne. Pourtant, depuis, le pays a radicalement durci sa politique migratoire. En 2023, le gouvernement de coalition mené par Olaf Scholz a adopté une loi controversée qui facilite les expulsions et durcit les conditions d'obtention du statut de réfugié.
Cette volte-face s'explique en grande partie par la montée de l'AfD (Alternative für Deutschland), un parti d'extrême droite qui, dans certains Länder de l'Est, frôle les 30 % dans les sondages. Scholz a donc cédé à la pression populiste, en espérant éviter une déroute électorale. Résultat : l'Allemagne, qui avait longtemps incarné l'accueil des migrants, est aujourd'hui le pays européen qui expulsé le plus de réfugiés – plus de 20 000 en 2023.
Pourtant, malgré ces durcissements, l'Allemagne reste le premier pays européen en nombre de demandes d'asile. Avec 148 000 demandes en 2023, elle devance largement la France (137 000) et la Suède (30 000). Une preuve que, même dans les pays les plus réticents à l'immigration, les flux migratoires ne s'arrêtent pas du jour au lendemain.
La France : entre discours républicain et réalité des expulsions
La France se targue d'avoir une politique migratoire "équilibrée". Pourtant, derrière les discours, les chiffres sont accablants. En 2023, la France a enregistré 137 000 demandes d'asile, un chiffre en hausse de 10 % par rapport à 2022. Pourtant, le taux d'acceptation est tombé à 25 %, contre 40 % en moyenne dans l'UE. Et puis, il y a les expulsions. En 2023, la France a expulsé plus de 25 000 étrangers en situation irrégulière, un chiffre record depuis 2012.
Cette politique s'explique en partie par la pression exercée par l'extrême droite, notamment le Rassemblement National. Marine Le Pen a fait de l'immigration son thème de campagne numéro un, et Emmanuel Macron a largement repris à son compte une partie de ce discours. Résultat : la France, qui se présente comme une "terre d'asile", est aujourd'hui l'un des pays européens qui expulsent le plus de migrants.
Et puis, il y a la question des accords avec des pays tiers. Depuis 2020, la France a signé des partenariats avec des pays comme la Libye, la Turquie ou le Niger pour externaliser le contrôle de ses frontières. Des accords qui, selon les ONG, exposent les migrants à des violations graves de leurs droits fondamentaux. Pourtant, ces mesures sont présentées par le gouvernement comme un "mal nécessaire" pour lutter contre l'immigration irrégulière.
Les centres de rétention : un système à bout de souffle
La France compte 25 centres de rétention administrative (CRA), où sont enfermés les étrangers en situation irrégulière en attente d'expulsion. Ces centres, souvent comparés à des prisons, sont régulièrement dénoncés pour leurs conditions de vie indignes. En 2023, une enquête de l'ONG Cimade a révélé que plus de 40 % des détenus dans les CRA souffraient de troubles psychologiques. Pourtant, le gouvernement français continue de miser sur ces structures, plutôt que sur des solutions alternatives comme les assignations à résidence.
Et puis, il y a l'absurdité de la situation : la France dépense des centaines de millions d'euros chaque année pour expulser des migrants, mais peine à les intégrer. Selon l'INSEE, le taux de chômage chez les étrangers est deux fois plus élevé que chez les Français. Une preuve, s'il en était besoin, que les politiques migratoires ne peuvent pas se contenter de durcir les lois sans s'attaquer aux causes profondes des inégalités.
L'Espagne : entre solidarité méditerranéenne et externalisation des frontières
L'Espagne est souvent présentée comme un modèle d'accueil des migrants. Pourtant, derrière cette image, le pays mène une politique migratoire de plus en plus restrictive. Depuis 2020, Madrid a durci les conditions d'accès à l'asile, réduit les aides aux migrants et externalisé le contrôle de ses frontières avec des pays comme le Maroc ou la Mauritanie.
Cette volte-face s'explique en partie par l'arrivée massive de migrants en provenance d'Afrique subsaharienne. En 2023, plus de 50 000 personnes ont débarqué sur les côtes espagnoles, principalement depuis le Maroc et la Mauritanie. Une situation qui a mis le pays sous pression, notamment sur le plan politique. Résultat : le gouvernement espagnol a adopté en 2023 une loi controversée qui facilite les expulsions et durcit les conditions d'obtention du statut de réfugié.
Pourtant, malgré ces durcissements, l'Espagne reste l'un des rares pays européens à maintenir une politique d'accueil relativement ouverte. En 2023, le pays a enregistré plus de 150 000 demandes d'asile, un chiffre en hausse de 20 % par rapport à 2022. Une preuve que, même dans les pays les plus réticents à l'immigration, les flux migratoires ne s'arrêtent pas du jour au lendemain.
Les accords avec le Maroc : une externalisation coûteuse et controversée
Depuis 2022, l'Espagne a signé plusieurs accords avec le Maroc pour externaliser le contrôle de ses frontières. Ces accords, qui prévoient le versement de millions d'euros au Maroc en échange de la lutte contre l'immigration irrégulière, sont régulièrement dénoncés par les ONG. Car, dans les faits, ils exposent les migrants à des violations graves de leurs droits fondamentaux. En 2023, une enquête de l'ONG Human Rights Watch a révélé que des milliers de migrants étaient abandonnés dans le désert marocain, sans eau ni nourriture, après avoir été interceptés par les autorités marocaines.
Et puis, il y a le paradoxe espagnol : malgré ses accords avec le Maroc, le pays continue d'accueillir des milliers de migrants chaque année. En 2023, plus de 40 000 personnes ont débarqué sur les îles Canaries, un record depuis 2006. Une preuve, s'il en était besoin, que les politiques migratoires ne peuvent pas se contenter d'externaliser les frontières sans s'attaquer aux causes profondes des migrations.
Immigration et partidos politiques : comment l'extrême droite a conquis l'Europe
Si l'opposition à l'immigration a pris une telle ampleur en Europe, c'est en grande partie grâce à la montée en puissance des partis d'extrême droite. Ces dernières années, ces mouvements ont su transformer la question migratoire en un étendard électoral, avec un succès croissant. Pourtant, leur influence ne se limite pas à la sphère politique. Elle s'étend aussi aux politiques publiques, où leurs idées ont souvent imprégné les discours et les lois.
Le cas hongrois : quand l'extrême droite dicte l'agenda politique
En Hongrie, Viktor Orbán a fait de l'immigration le pilier de son idéologie. Depuis 2010, il a transformé ce sujet en un outil de mobilisation politique, avec un succès record. Son parti, Fidesz, a remporté toutes les élections depuis 2010, et ses idées ont imprégné l'ensemble de la société hongroise. Résultat : aujourd'hui, plus de 60 % des Hongrois considèrent l'immigration comme une menace pour leur identité nationale, selon un sondage de 2023.
Et puis, il y a la question des alliances. Orbán a su créer un réseau d'alliances avec d'autres partis d'extrême droite en Europe, comme la Lega en Italie ou le FPÖ en Aut
