Mais se contenter de ce nom, c'est un peu comme regarder la météo sans comprendre d'où vient le vent. Derrière cette domination numérique se cache une mécanique administrative complexe, des accords binationaux et une géographie qui ne pardonne pas. Le truc c'est que, si le Mexique domine, le visage de l'expulsion change à une vitesse folle, poussant l'ICE à revoir ses priorités logistiques quasiment chaque trimestre.
La domination statistique du Mexique dans les registres de l'ICE
Il n'y a pas de suspense ici. Quand on ouvre le rapport de l'ERO (Enforcement and Removal Operations), le bras armé de l'ICE, les chiffres sautent aux yeux. Pour l'exercice fiscal 2023, par exemple, sur les quelque 142 580 expulsions réalisées, une part massive concernait des citoyens mexicains. C'est une constante historique. Pourquoi ? Parce que la proximité géographique facilite ce que l'administration appelle les "retours simplifiés". On n'a pas besoin d'affréter un Boeing 747 pour renvoyer quelqu'un à Tijuana ou Ciudad Juárez ; un bus suffit souvent, ce qui rend l'opération moins coûteuse et donc plus fréquente.
Un voisinage géographique qui dicte la loi des nombres
La frontière sud des États-Unis est le théâtre principal de l'activité de l'ICE. Forcément, les personnes qui franchissent cette ligne sont majoritairement issues des pays limitrophes ou proches. Le Mexique, de par sa taille et sa population, fournit le contingent le plus important de migrants en situation irrégulière, même si cette tendance s'érode légèrement face à l'arrivée massive de Sud-Américains. Reste que la logistique de l'expulsion privilégie la facilité. Expulser un Mexicain prend quelques jours, parfois quelques heures, là où expulser un ressortissant d'un pays sans accord de rapatriement peut prendre des années de bataille juridique. Et c'est précisément là que le bât blesse : l'efficacité administrative prime souvent sur la complexité des dossiers individuels.
Le poids de l'histoire migratoire et des réseaux
On oublie souvent que la migration mexicaine est circulaire depuis des décennies. Beaucoup de ceux qui sont expulsés aujourd'hui ont vécu aux États-Unis pendant dix, vingt ans. Ils ont des familles, des jobs, des racines. Mais pour l'ICE, un dossier reste un dossier. La densité des réseaux de surveillance dans les États comme la Californie, le Texas ou l'Arizona fait que les Mexicains sont plus "visibles" pour les agents fédéraux. Ils sont plus nombreux dans les secteurs d'activité ciblés par les audits de l'ICE, comme la construction ou l'agriculture. Résultat : ils se retrouvent mécaniquement en première ligne lors des arrestations administratives.
Le Triangle du Nord : un bloc qui talonne le Mexique
Si le Mexique garde la tête, le Guatemala, le Honduras et El Salvador forment un trio que les autorités américaines surveillent comme le lait sur le feu. Ces trois pays, souvent regroupés sous l'appellation "Triangle du Nord", constituent le gros des troupes après les Mexicains. Là, on change de dimension. On ne parle plus seulement de migration économique, mais de fuite face à la violence des maras et à l'instabilité politique chronique. L'ICE a d'ailleurs multiplié les vols de rapatriement vers Guatemala City et San Pedro Sula ces dernières années.
La violence des gangs et l'instabilité économique
Le Guatemala est souvent le deuxième sur la liste. Pourquoi ? Parce que la pression migratoire y est constante. Les expulsions vers ce pays ont explosé, dépassant parfois les 40 000 ou 50 000 individus par an selon les périodes. Le Honduras suit de très près. Ce qui est frappant, c'est la rapidité avec laquelle ces pays ont grimpé dans les statistiques de l'ICE. Il y a vingt ans, ils étaient marginaux. Aujourd'hui, ils sont le nerf de la guerre. Les agents de l'ICE vous diront que la gestion des ressortissants du Triangle du Nord est leur plus gros défi logistique, car elle nécessite une coordination constante avec les consulats locaux pour obtenir les documents de voyage.
Le rôle spécifique des vols de rapatriement
Contrairement aux Mexicains que l'on peut reconduire à la frontière terrestre, les Guatémaltèques et les Honduriens partent par les airs. C'est ce qu'on appelle les "ICE Air Operations". Ces vols sont devenus le symbole de la politique de fermeté américaine. On remplit des avions entiers, on menotte les passagers (souvent pour des raisons de sécurité protocolaires assez discutables, je trouve), et on les renvoie vers des capitales qu'ils ont parfois fuies au péril de leur vie. C'est une machine bien huilée, mais terriblement coûteuse. Chaque vol coûte des dizaines de milliers de dollars au contribuable américain, mais c'est le prix que Washington semble prêt à payer pour maintenir ses statistiques d'expulsion à un niveau élevé.
L'aspect psychologique du renvoi aérien
Il y a une dimension punitive dans ces vols. Le fait d'être renvoyé par avion, loin de la frontière, rend toute tentative de retour immédiat beaucoup plus difficile. Pour l'ICE, c'est un outil de dissuasion. Pour les expulsés, c'est un déracinement brutal. On les dépose sur le tarmac avec un sac en plastique contenant leurs maigres possessions, et c'est tout. Débrouillez-vous. Cette méthode radicale explique pourquoi les chiffres du Triangle du Nord restent si élevés : l'ICE veut vider ses centres de détention le plus vite possible pour faire de la place aux nouveaux arrivants.
L'imbroglio des chiffres : expulsions vs retours simplifiés
Attention, là où ça coince, c'est dans la définition même du mot "expulsion". Si vous écoutez les politiques, tout est mélangé. Mais techniquement, il y a une différence majeure entre une "Removal" (expulsion formelle avec interdiction de territoire) et un "Return" (retour volontaire ou refoulement immédiat). Pendant la période du Titre 42, une mesure sanitaire liée au Covid-19, les chiffres ont été totalement chamboulés. On ne parlait plus d'expulsions classiques, mais d'expulsions immédiates au nom de la santé publique. Le Mexique a accepté de récupérer non seulement ses citoyens, mais aussi des ressortissants d'autres pays, ce qui a artificiellement gonflé certaines statistiques.
Je reste convaincu que ces statistiques ne racontent qu'une moitié de l'histoire. Elles montrent qui l'ICE attrape et renvoie, pas qui réussit à rester. Par exemple, pendant que les Mexicains sont expulsés en masse, des citoyens d'autres pays comme le Venezuela ou le Nicaragua bénéficient parfois de statuts de protection temporaires ou de processus de libération conditionnelle (parole) qui les protègent des griffes de l'ICE. Donc, être la nationalité la plus expulsée ne signifie pas forcément être la plus présente illégalement ; cela signifie souvent être la plus facile à expulser légalement.
Les nouvelles vagues : le cas complexe du Venezuela et de Cuba
Depuis deux ou trois ans, le paysage change. On voit apparaître des nationalités que l'ICE avait du mal à gérer auparavant : les Vénézuéliens, les Cubains, les Nicaraguayens. Pendant longtemps, ces pays refusaient tout simplement de reprendre leurs ressortissants. Résultat ? L'ICE les arrêtait, puis devait les relâcher avec un bracelet électronique ou une convocation au tribunal, faute de pouvoir les mettre dans un avion. Mais les choses bougent. Des accords diplomatiques secrets ou officiels ont été passés.
Le Venezuela est l'exemple parfait de ce casse-tête. Comment expulser vers un pays avec lequel on n'a plus de relations diplomatiques officielles ? On passe par des pays tiers, ou on négocie des vols directs au compte-gouttes. Du coup, même si le nombre de Vénézuéliens entrant aux USA est colossal, ils ne sont pas (encore) en haut du classement des expulsions de l'ICE. Mais ne vous y trompez pas : dès que les vannes diplomatiques s'ouvrent, les chiffres explosent. On l'a vu récemment avec la reprise de certains vols vers Caracas. L'administration Biden, malgré ses promesses de plus d'humanité, utilise l'expulsion comme un levier de gestion des flux migratoires tout aussi fermement que ses prédécesseurs.
Comment l'ICE procède techniquement pour expulser ?
Ce n'est pas juste frapper à une porte et emmener quelqu'un. C'est une chorégraphie administrative lourde. D'abord, il y a l'arrestation, souvent gérée par l'ERO. Ensuite, le placement en centre de détention. C'est là que le temps s'étire. Pour un Mexicain, le consulat confirme l'identité très vite. Pour d'autres, c'est le début d'un marathon. L'ICE doit obtenir un "travel document". Sans ce papier, l'avion ne décolle pas. Certains pays font traîner les choses pour ne pas récupérer leurs citoyens, ce qui rend l'ICE furieuse.
Et puis, il y a la priorité. L'ICE ne court pas après tout le monde de la même façon. Ils se concentrent (en théorie) sur ceux qui ont un casier judiciaire. Mais honnêtement, c'est flou. Dans la pratique, si vous êtes au mauvais endroit au mauvais moment lors d'un contrôle routier dans un État non-sanctuaire, votre nationalité jouera contre vous. Si vous êtes Mexicain, la machine s'emballera plus vite car le chemin vers la sortie est déjà tout tracé. C'est une forme d'efficacité bureaucratique qui frise l'injustice statistique.
Les erreurs de lecture des rapports annuels de l'immigration
Beaucoup de gens pensent que si l'ICE expulse 150 000 personnes, c'est que la frontière est passoire. C'est plus complexe. Ces chiffres incluent des gens arrêtés à l'intérieur du pays (parfois des années après leur arrivée) et des gens arrêtés juste après avoir traversé. Une erreur courante est de croire que l'expulsion est la seule fin possible. Or, beaucoup de dossiers se terminent par un départ volontaire, ce qui n'apparaît pas toujours dans les mêmes colonnes des rapports. Mais au final, le Mexique reste le grand perdant de ce décompte, année après année.
Une autre idée reçue est de croire que l'expulsion concerne uniquement des hommes seuls. Faux. Les familles mexicaines et centraméricaines sont de plus en plus touchées. L'ICE a même des unités spécialisées pour gérer les unités familiales, ce qui est, soit dit en passant, l'un des aspects les plus critiqués de leur travail. On sépare, on traite, on renvoie. La nationalité n'est alors qu'un code sur un formulaire de vol.
Questions fréquentes sur les expulsions de l'ICE
Est-ce que les Mexicains sont toujours les plus expulsés ?
Oui, sans aucune interruption notable depuis des décennies. Leur proximité géographique et les accords de rapatriement fluides entre Washington et Mexico garantissent cette première place statistique. Même si les flux de migrants venant d'autres pays augmentent, la facilité logistique de renvoyer un citoyen mexicain maintient ce volume à un niveau très élevé.
Pourquoi certaines nationalités ne sont-elles presque jamais expulsées ?
C'est une question de diplomatie. Des pays comme la Chine, le Vietnam ou, pendant longtemps, Cuba, ont été classés comme "récalcitrants". Ils refusent de délivrer les documents nécessaires au retour de leurs citoyens. Si le pays d'origine dit non, l'ICE ne peut pas légalement forcer un avion à atterrir sur leur sol. Ces personnes restent donc souvent aux États-Unis avec un statut de surveillance, mais sans être expulsées.
L'ICE expulse-t-elle plus sous les démocrates ou les républicains ?
C'est la grande ironie de la politique américaine. Barack Obama a été surnommé "Deporter-in-Chief" car ses chiffres d'expulsion étaient records, dépassant souvent ceux de George W. Bush. Donald Trump a beaucoup communiqué sur les expulsions, mais les chiffres réels n'ont pas toujours suivi ses discours à cause des batailles juridiques. Joe Biden, malgré une rhétorique plus douce, a maintenu un rythme très soutenu, notamment en utilisant des mesures d'urgence à la frontière.
Quel est le coût moyen d'une expulsion pour l'ICE ?
On estime qu'une expulsion formelle coûte environ 12 000 dollars par personne. Ce chiffre grimpe en flèche si l'individu reste longtemps en centre de détention ou s'il faut organiser un vol charter vers un pays lointain. Pour les Mexicains, le coût est bien moindre, ce qui explique aussi pourquoi ils sont la cible privilégiée pour atteindre les quotas de performance de l'agence.
Verdict : une machine qui tourne à plein régime
L'essentiel à retenir, c'est que la nationalité la plus expulsée par l'ICE n'est pas seulement le reflet de qui entre aux États-Unis, mais surtout de qui est le plus facile à renvoyer. Le Mexique paie le prix de sa frontière commune. C'est une réalité brutale, mécanique. On est loin du compte si l'on pense que l'ICE traite chaque dossier avec la même célérité. Les nationalités du Triangle du Nord (Guatemala, Honduras) complètent ce tableau d'une Amérique qui ferme ses portes avec une efficacité redoutable pour ses voisins directs, tout en peinant à gérer les nouvelles crises migratoires venant de plus loin.
Bref, si vous regardez les chiffres demain, le Mexique sera encore en tête. Mais gardez un œil sur le Venezuela et les pays d'Asie. Le jour où la diplomatie s'alignera sur la volonté de l'ICE, le classement pourrait bien être bouleversé. En attendant, la machine continue de tourner, bus après bus, vol après vol, transformant des destins humains en simples colonnes de données dans un fichier Excel fédéral.
