Derrière le mot égalité : ce que les textes disent vraiment et la réalité du terrain
On s'imagine que tout est réglé depuis 1989. La Convention internationale des droits de l'enfant (CIDE) pose un cadre, certes, mais le truc c'est que le papier ne fait pas la réalité de la cour de récréation ou du foyer. L'égalité, dans l'esprit d'un môme de six ans, commence souvent par une part de gâteau. Si le voisin a un millimètre de plus, le monde s'écroule. Or, la définition juridique, elle, s'appuie sur la non-discrimination, un concept bien plus froid qui peine parfois à traduire l'injustice ressentie. On n'y pense pas assez, mais 17,4 % des enfants vivent sous le seuil de pauvreté en France, ce qui flingue d'entrée de jeu toute prétention à une égalité de fait dès la naissance.
La confusion tenace entre égalité et uniformité chez les plus jeunes
L'erreur classique des adultes ? Confondre "égal" et "pareil". Si vous donnez le même vélo à un enfant d'un mètre et à un adolescent d'un mètre soixante-dix, vous respectez une égalité comptable, mais vous créez une inégalité d'usage flagrante. C'est là où ça coince. L'égalité pour les enfants doit s'interpréter comme une recherche d'équité. Dans une salle de classe de 28 élèves, appliquer la même règle de silence sans tenir compte des troubles neurodéveloppementaux de certains (comme le TDAH qui touche environ 5 % des enfants d'âge scolaire) relève d'une forme d'injustice masquée en égalité de traitement. Bref, traiter tout le monde de la même manière, c'est parfois la pire façon d'être juste.
La construction de la perception d'égalité : un développement cognitif par étapes
Le sens de la justice n'apparaît pas par magie le jour du septième anniversaire. Des études en psychologie expérimentale montrent que dès l'âge de 15 mois, les bébés manifestent une surprise visuelle lorsqu'une distribution de biscuits est inéquitable entre deux adultes. Mais, car il y a un mais, leur propre sens du partage est bien plus tardif. Jusqu'à 4 ou 5 ans, l'enfant est un dictateur de son propre bien-être. C'est ce qu'on appelle l'égocentrisme cognitif. Vers 7 ou 8 ans, le basculement s'opère : ils commencent à préférer détruire une ressource plutôt que de voir un camarade en recevoir plus qu'eux. Étonnant ? Pas tant que ça, c'est la naissance du sentiment d'équité sociale qui prime sur le gain personnel.
L'influence de l'environnement familial sur la définition de l'égalité pour les enfants
On est loin du compte si l'on pense que l'école fait tout le travail de définition. La fratrie est le premier laboratoire de l'inégalité. "Pourquoi lui il a le droit de se coucher à 21h et pas moi ?" Cette question, que tout parent a entendue 400 fois, est la base de la réflexion politique de l'enfant. À ceci près que l'enfant ne perçoit pas la notion de responsabilité liée à l'âge, il ne voit que le privilège. Résultat : la définition de l'égalité pour les enfants se forge dans la négociation permanente des limites domestiques. (Il est d'ailleurs fascinant de voir comment un enfant de 10 ans peut utiliser des arguments juridiques dignes d'un avocat pour obtenir dix minutes de console supplémentaires au nom de l'égalité avec son grand frère).
L'égalité des chances à l'école : le grand mythe face aux chiffres
Parlons franchement, l'égalité à l'école est souvent une promesse qui sonne creux. En France, le système éducatif est l'un de ceux où l'origine sociale pèse le plus sur la réussite, selon les rapports PISA successifs. Là où ça coince vraiment, c'est dans l'accès aux ressources périphériques. Un enfant qui bénéficie de 2 heures de cours particuliers par semaine n'est pas l'égal de celui qui fait ses devoirs seul sur la table de la cuisine au milieu du bruit. Quelle est la définition de l'égalité pour les enfants dans un tel contexte ? Honnêtement, c'est flou. On essaie de compenser avec les zones d'éducation prioritaire (REP et REP+), mais l'écart de vocabulaire entre un enfant de cadre et un enfant d'ouvrier à l'entrée au CP est déjà de plusieurs milliers de mots.
Les dispositifs de compensation : une égalité de moyens plutôt que de résultats
Le truc, c'est que l'État mise sur les moyens. On dédouble les classes de CP dans les zones difficiles, on injecte des budgets, on réduit les effectifs à 12 ou 15 élèves. Ça change la donne pour certains, mais cela suffit-il à définir l'égalité ? Non. L'égalité réelle impliquerait que le point d'arrivée soit indépendant du point de départ. Sauf que les déterminismes culturels sont des racines profondes. Est-ce qu'on doit donner plus à ceux qui ont moins ? La réponse est oui, mais cette discrimination positive est souvent mal vécue par ceux qui se sentent "lésés" par ce qu'ils perçoivent comme un avantage injuste accordé aux autres. C'est tout le paradoxe de la justice sociale appliquée à l'enfance.
Égalité fille-garçon : un chantier qui commence dans le bac à sable
On ne peut pas traiter de la définition de l'égalité pour les enfants sans aborder la fracture de genre. Dès l'âge de 6 ans, les filles commencent à se percevoir comme "moins brillantes" que les garçons dans les domaines des sciences ou des mathématiques, selon une étude parue dans Science. Pourquoi ? Parce que l'égalité n'est pas qu'une question de droits, c'est une question d'imaginaires. Si les catalogues de jouets séparent encore les mondes en bleu et rose, le message envoyé est clair : vous n'êtes pas destinés aux mêmes rôles. Les garçons occupent 80 % de l'espace central des cours de récréation avec le football, reléguant les filles à la périphérie. C'est une occupation spatiale de l'inégalité qui s'installe physiquement dans leurs corps.
La déconstruction des stéréotypes : une urgence pédagogique
Certains pensent que l'égalité fille-garçon est acquise parce qu'elles ont accès à l'éducation. Quelle blague. L'égalité, c'est aussi ne pas subir de remarques sur sa tenue ou ne pas être incitée à la discrétion quand les garçons sont encouragés à l'affirmation. On voit bien que les attentes sociales divergent radicalement. Pourtant, la plasticité cérébrale à cet âge est immense. Mais (et j'insiste sur ce point), tant que les manuels scolaires présenteront 90 % de figures historiques masculines, l'enfant intégrera que l'égalité est un concept théorique, mais que la grandeur est une affaire d'hommes. Reste que la nouvelle génération semble plus alerte, bousculant ces codes avec une aisance qui nous dépasse parfois.

