Parce que si vous attendez un chiffre magique, vous allez être déçu. Mais si vous voulez une méthode pour le calculer vous-même, vous êtes au bon endroit.
Pourquoi les "règles" d'épargne sont souvent des conneries
Le fameux "3 à 6 mois de dépenses" que tout le monde répète comme un mantra ? Il vient d’une étude des années 80 sur les ménages américains. Sauf que :
En 1985, un licenciement mettait en moyenne 3 mois à être remplacé. Aujourd’hui ? Comptez plutôt 5 à 8 mois, voire plus dans certains secteurs. Le marché du travail a changé, mais les conseils, non. Et puis, ces chiffres ne tiennent pas compte des réalités françaises : chômage partiel, allocations plus généreuses qu’aux États-Unis, ou au contraire, des loyers parisiens qui bouffent 50% d’un salaire moyen.
Autre problème : ces règles supposent que tout le monde a les mêmes besoins. Or, si vous êtes freelance, propriétaire d’un bien en location, ou que vous avez trois enfants, vos dépenses imprévues ne ressemblent pas à celles d’un célibataire en CDI. Et c’est là que ça coince.
Le piège des moyennes
Les statistiques, c’est comme les régimes : ça marche sur le papier, mais pas forcément pour vous. Prenons l’exemple de Sophie, 32 ans, graphiste indépendante. Ses revenus varient de 2 000 à 4 500 € par mois. Si elle suit la règle des 3 mois de dépenses, elle devrait avoir entre 6 000 et 13 500 € de côté. Sauf que :
- Un mois à 2 000 €, c’est un mois où elle a à peine de quoi payer son loyer (1 200 €) et ses charges (800 €).
- Un mois à 4 500 €, c’est un mois où elle peut se permettre de refuser un client chiant.
Résultat : la fourchette est tellement large qu’elle ne lui sert à rien. Les moyennes, c’est bien pour les économistes. Pour vous, c’est une illusion de sécurité.
L’effet "trop épargner"
À l’inverse, certains épargnent comme des fourmis, au point de se priver de tout. Jean, 45 ans, a 80 000 € sur son Livret A. Il pourrait s’acheter une maison, mais il a peur de toucher à son bas de laine. "Et si je perds mon boulot ?" se dit-il. Sauf que :
Avec un taux à 3% (en 2024), ses 80 000 € lui rapportent 200 € par mois. Pas de quoi vivre, mais assez pour le stresser inutilement. L’épargne, c’est comme le sel : trop peu, c’est fade. Trop, c’est immangeable. (Et oui, je viens de comparer l’argent à de la nourriture. C’est fait exprès.)
La méthode qui marche (vraiment) pour calculer votre matelas de sécurité
Oubliez les règles toutes faites. Voici comment déterminer votre montant idéal, en 4 étapes. (Spoiler : ça prend 20 minutes, pas 2 heures.)
1. Listez vos dépenses fixes (et celles qui le sont moins)
Commencez par ce que vous devez payer chaque mois :
Loyer/charge de crédit, électricité, assurance habitation, abonnements (téléphone, Netflix, etc.), transports, courses alimentaires. Ajoutez-y les dépenses "semi-fixes" : frais de santé non remboursés, garde d’enfants, essence, etc.
Pour Sophie, ça donne :
| Poste | Montant (€) |
|---|---|
| Loyer + charges | 1 200 |
| Électricité/gaz | 150 |
| Assurance habitation | 30 |
| Abonnements | 50 |
| Transports | 100 |
| Courses | 400 |
| Santé (non remboursé) | 100 |
| Total | 2 030 |
Total : 2 030 € par mois. C’est votre plancher. Si vous perdez vos revenus demain, c’est ce que vous devrez sortir chaque mois.
2. Ajoutez une marge pour l’imprévu (et l’imprévu de l’imprévu)
Un frigo qui lâche. Une dent à soigner en urgence. Une panne de voiture. Ces dépenses ne sont pas mensuelles, mais elles arrivent toujours au pire moment. Comptez :
- 500 € pour les petits imprévus (type électroménager).
- 1 000 à 3 000 € pour les gros (voiture, santé, fuite d’eau).
Pour Sophie, on va prendre 2 000 €. Pourquoi pas plus ? Parce que si elle a déjà 6 mois de dépenses fixes de côté, elle peut puiser dedans en cas de gros pépin. (On y revient.)
3. Estimez votre "délai de rebond"
Combien de temps mettriez-vous à retrouver un revenu équivalent si vous perdiez votre boulot ? Voici quelques repères :
| Situation | Délai moyen |
|---|---|
| CDI dans un secteur porteur (tech, santé) | 2 à 4 mois |
| CDI dans un secteur en crise (médias, retail) | 5 à 8 mois |
| Freelance/indépendant | 3 à 6 mois (selon votre réseau) |
| Cadre en reconversion | 8 à 12 mois |
Sophie est freelance dans le design, un secteur concurrentiel mais avec une bonne demande. Elle table sur 4 mois. Multipliez ce délai par vos dépenses fixes mensuelles.
Pour elle : 4 × 2 030 € = 8 120 €.
4. Ajustez en fonction de votre tolérance au risque
Ici, tout est question de personnalité. Posez-vous ces questions :
- Dormez-vous mal quand votre compte est dans le rouge ? → Ajoutez 20-30%.
- Avez-vous un filet de sécurité (famille, conjoint avec un bon salaire) ? → Réduisez de 10-20%.
- Votre boulot est-il stable, mais peu rémunérateur ? → Visez 10-15% de plus pour compenser.
Sophie est du genre stressée. Elle ajoute 20% : 8 120 € × 1,2 = 9 744 €. Arrondi à 10 000 € pour simplifier.
Ajoutez-y la marge pour l’imprévu (2 000 €) : 12 000 €. C’est son montant cible.
Les 3 erreurs qui vous font épargner (ou dépenser) n’importe comment
On a tous nos biais. En voici trois qui coûtent cher.
1. Confondre épargne de précaution et épargne projet
Votre Livret A, c’est pour les urgences. Pas pour vos prochaines vacances. Pourquoi ? Parce que si vous piochez dedans pour un voyage, vous n’aurez plus rien quand votre chaudière explosera.
La solution : séparez vos comptes. Un pour la sécurité, un pour les projets (voyage, achat immobilier, etc.). Les banques en ligne permettent d’ouvrir des sous-comptes en 2 clics. Utilisez-les.
2. Négliger les "dépenses fantômes"
Ces petits montants qui filent sans qu’on s’en rende compte :
- Les abonnements oubliés (Spotify, Amazon Prime, etc.).
- Les repas à emporter "juste ce soir".
- Les achats impulsifs sur Vinted ou Leboncoin.
Pour les repérer : passez vos relevés bancaires des 3 derniers mois au peigne fin. Vous allez halluciner. (Perso, j’ai trouvé 4 abonnements inutiles. Ça m’a fait 60 €/mois de gagnés.)
3. Croire que l’immobilier est une épargne
Votre appartement vaut 300 000 € ? Super. Mais si vous perdez votre boulot, vous ne pouvez pas le vendre en 48h pour payer vos factures. L’immobilier, c’est un actif illiquide. Ça ne remplace pas un matelas de sécurité.
Idem pour les placements type PEA ou assurance-vie. Si vous devez tout vendre en urgence, vous perdrez de l’argent. Gardez une partie de votre épargne de précaution sur des supports accessibles en 24h. (Livret A, LDDS, compte à terme court.)
Et si vous n’avez pas les moyens d’épargner ?
Les conseils ci-dessus, c’est bien. Mais si vous gagnez 1 800 € par mois et que votre loyer en bouffe 1 000, ça ne sert à rien de vous dire "il faut avoir 6 mois de dépenses de côté". Vous savez déjà que c’est impossible.
Voici ce que vous pouvez faire à votre échelle.
Commencez petit : la règle des 50 €
Mettez de côté 50 € par mois. Même 20 €. L’important, c’est de prendre l’habitude. Une fois que c’est automatique, augmentez progressivement.
Exemple :
- Mois 1-3 : 50 €/mois → 150 €.
- Mois 4-6 : 75 €/mois → 375 €.
- Mois 7-12 : 100 €/mois → 1 000 €.
En un an, vous aurez 1 000 €. C’est peu, mais c’est déjà un filet de sécurité. Et surtout, c’est un début.
Optimisez vos aides (vous les sous-estimez probablement)
En France, des dizaines d’aides existent, mais personne ne les connaît. Quelques exemples :
- Le chèque énergie : jusqu’à 277 €/an pour payer vos factures.
- Les aides locales : certaines villes offrent des subventions pour les travaux, les transports, ou même les courses.
- Le Fonds de solidarité logement (FSL) : pour payer un loyer ou une caution.
Pour les trouver : tapez "aides [votre département]" sur Google. Ou utilisez le simulateur de la CAF. Ça prend 10 minutes, et ça peut vous faire gagner des centaines d’euros.
Vendez ce que vous n’utilisez pas
On a tous des trucs qui traînent :
- Un vieux téléphone dans un tiroir.
- Des vêtements jamais portés (avec les étiquettes).
- Des livres, des jeux vidéo, des meubles.
Vendez-les sur Leboncoin, Vinted, ou Facebook Marketplace. En 2024, un iPhone 11 se vend encore 150-200 €. Une paire de baskets neuves, 50-80 €. En une semaine, vous pouvez récupérer 300-500 €. Sans effort.
Les placements pour faire fructifier votre épargne (sans prendre de risques)
Votre matelas de sécurité est constitué ? Parfait. Maintenant, comment le faire grossir sans tout perdre ?
Le trio gagnant : Livret A, LDDS, et compte à terme
Ces placements sont sans risque, disponibles à tout moment (ou presque), et défiscalisés. Voici comment les utiliser :
| Placement | Taux (2024) | Plafond | Pour qui ? |
|---|---|---|---|
| Livret A | 3% | 22 950 € | Épargne de précaution (jusqu’à 3-6 mois de dépenses). |
| LDDS | 3% | 12 000 € | Complément du Livret A (même taux, plafond différent). |
| Compte à terme | 3 à 4% | Illimité | Épargne à moyen terme (1-3 ans), bloquée mais mieux rémunérée. |
Stratégie :
- Remplissez d’abord votre Livret A (22 950 €).
- Puis votre LDDS (12 000 €).
- Le reste, placez-le sur un compte à terme (chez une banque en ligne comme Fortuneo ou Boursorama).
Avec cette méthode, vous pouvez placer jusqu’à 35 000 € sans risque, avec un rendement de 3-4%. C’est peu, mais c’est mieux que rien.
L’assurance-vie en fonds euros : le compromis sécurité/rendement
Si vous avez déjà rempli vos livrets, l’assurance-vie en fonds euros est une bonne option. Pourquoi ?
- Le capital est garanti (contrairement aux actions).
- Le rendement est supérieur au Livret A (2-3% en 2024, hors frais).
- Vous pouvez retirer votre argent à tout moment (même si c’est moins rapide qu’un livret).
Exemple : avec 20 000 € placés sur un fonds euros à 2,5%, vous gagnez 500 € par an. Sans rien faire.
Attention : comparez les frais. Certains contrats prennent 0,5% par an, d’autres 1%. Sur 10 ans, ça fait une différence de 1 000 €.
Les ETF : pour ceux qui veulent plus (et qui acceptent le risque)
Si vous avez déjà un matelas de sécurité solide (1 an de dépenses), vous pouvez vous permettre d’investir une partie de votre épargne en Bourse. Mais pas n’importe comment.
Les ETF (fonds indiciels) sont la solution la plus simple et la moins chère. Exemple : un ETF monde (comme le CW8 ou l’EWLD) vous permet d’investir dans des centaines d’entreprises en une seule fois. Le rendement moyen sur 10 ans ? 7-8% par an.
Mais attention :
- La Bourse peut baisser de 20-30% en un an (comme en 2022).
- Ne mettez pas tout votre argent dedans. Règle d’or : n’investissez que ce que vous êtes prêt à perdre.
- Privilégiez les ETF "physiques" (qui achètent vraiment les actions) plutôt que les synthétiques.
Exemple de répartition :
- 60% en fonds euros (sécurité).
- 40% en ETF monde (croissance).
Avec cette stratégie, vous limitez les risques tout en profitant de la hausse des marchés.
Questions fréquentes (celles que tout le monde se pose)
Faut-il vider son épargne pour rembourser ses dettes ?
Ça dépend du taux de votre dette. Règle simple :
- Si votre dette coûte plus cher que ce que rapporte votre épargne → remboursez.
- Si votre épargne rapporte plus que le coût de votre dette → gardez-la.
Exemple :
- Vous avez un crédit à la consommation à 8% et un Livret A à 3%. Remboursez le crédit.
- Vous avez un prêt étudiant à 1% et un fonds euros à 2,5%. Gardez votre épargne.
Exception : si votre dette vous stresse au point de ne plus dormir, remboursez-la même si c’est moins rentable. La tranquillité d’esprit n’a pas de prix.
Dois-je épargner même si je gagne peu ?
Oui. Même 10 € par mois, c’est mieux que rien. Pourquoi ?
- Ça crée une habitude. Quand vos revenus augmenteront, vous continuerez à épargner.
- Ça vous protège contre les imprévus (même petits).
- Ça vous évite de tomber dans le piège du "je n’ai pas assez, alors je ne commence pas".
Astuce : utilisez un virement automatique le jour de votre paie. Comme ça, vous ne voyez même pas l’argent.
Comment épargner quand on a des enfants ?
Les enfants, c’est cher. Très cher. Voici comment faire :
- Ouvrez un Livret A pour chacun de vos enfants (plafond : 22 950 €). Les intérêts sont défiscalisés.
- Profitez des aides : allocations familiales, prime à la naissance, etc.
- Vendez les affaires que vos enfants ne utilisent plus (vêtements, jouets, poussette).
- Réduisez les dépenses superflues (abonnements, sorties). Un enfant, c’est un budget, mais ce n’est pas une excuse pour ne pas épargner.
Exemple : avec 2 enfants, vous pouvez toucher jusqu’à 130 €/mois d’allocations familiales. Mettez-les de côté dès que vous les recevez.
Faut-il épargner pour la retraite quand on est jeune ?
Oui, mais pas n’importe comment. Voici la stratégie :
- D’abord, constituez votre matelas de sécurité (3-6 mois de dépenses).
- Ensuite, ouvrez un PER (Plan d’Épargne Retraite) si vous payez des impôts. Pourquoi ? Parce que les versements sont déductibles de votre revenu imposable.
- Si vous ne payez pas d’impôts, privilégiez l’assurance-vie ou les ETF.
Exemple : si vous versez 200 €/mois sur un PER et que vous êtes imposé à 30%, vous économisez 60 € d’impôts par mois. Votre effort réel n’est que de 140 €.
Verdict : combien faut-il vraiment avoir de côté ?
Vous attendiez un chiffre ? Désolé, je ne vais pas vous le donner. Parce qu’il n’existe pas.
Ce qui compte, c’est :
- Votre situation : CDI, freelance, parent solo, propriétaire, locataire… Chaque cas est différent.
- Votre tolérance au risque : certains dorment mal avec 5 000 € de côté, d’autres se sentent en sécurité avec 50 000 €.
- Vos projets : acheter une maison, changer de boulot, voyager… Tout ça influence votre épargne.
Alors voici ce que je vous propose :
1. Calculez vos dépenses fixes mensuelles (comme expliqué plus haut).
2. Multipliez-les par 3 (si vous êtes en CDI) ou 6 (si vous êtes freelance ou dans un secteur instable).
3. Ajoutez 2 000 à 5 000 € pour les imprévus.
4. Ajustez en fonction de votre stress (ajoutez 20-30% si vous êtes du genre anxieux).
Exemple concret :
- Dépenses fixes : 2 000 €/mois.
- Délai de rebond : 4 mois (freelance).
- Imprévus : 3 000 €.
- Stress : +20%.
Calcul : (2 000 × 4) + 3 000 = 11 000 €. Avec 20% de marge : 13 200 €. C’est votre montant cible.
Une fois ce montant atteint, vous pouvez :
- Placer le surplus sur des supports plus rentables (assurance-vie, ETF).
- Épargner pour un projet (maison, voyage, formation).
- Vous faire plaisir (parce que l’argent, c’est aussi fait pour être dépensé).
Le truc, c’est de ne pas tomber dans l’excès. Épargner, c’est bien. Mais si vous vous privez de tout pour avoir 100 000 € sur un Livret A, vous passez à côté de la vie. L’objectif, c’est l’équilibre.
Alors, prêt à calculer votre montant ? Prenez une feuille, un stylo, et lancez-vous. Vous verrez, c’est moins compliqué que ça en a l’air.
